Le baroque rayonne à Marseille

Par Marcel Grenay
Publié le 27 février 2026 à 11h24 – Temps de lecture : 4 minutes

Du 1er au 27 mars 2026, le festival Mars en Baroque investira de nombreux lieux culturels marseillais ainsi que plusieurs sites du département, confirmant la place centrale qu’il occupe désormais dans la vie artistique locale. Jour après jour, selon une programmation spécifique à chaque espace, concerts et propositions musicales rythmeront cette nouvelle édition, attendue comme un temps fort de la saison.

Au fil des années, Mars en Baroque s’est affirmé comme un rendez-vous structurant pour les amateurs d’art lyrique et de musique classique. L’édition 2026 entend poursuivre cette dynamique en promettant une succession de fastes, de magnificences tragiques et de métamorphoses sonores. La ligne artistique repose sur une approche pluridisciplinaire des arts baroques, envisagés non comme un simple héritage patrimonial, mais comme une matière vivante, toujours en mouvement.

La programmation réunira un ensemble d’interprètes et de formations reconnus pour leur engagement dans la redécouverte des répertoires anciens. Seront présents Orfeo Futuro, La Chapelle Rhénane, Les Kapsber’girls, Canto Fiorito, Les Émissaires, l’Ensemble Jacques Moderne dirigé par Joël Suhubiette, l’Ensemble Irini ainsi que Concerto Soave. À leurs côtés, des artistes invités viendront enrichir cette constellation musicale : la violoniste Amandine Beyer, à qui une carte blanche offrira un espace d’expression privilégié, mais aussi Flore Seube, Salomé Gasselin et Arnaud de Pasquale. Tous participeront à la construction d’un parcours où la voix et les instruments dialoguent au service d’esthétiques multiples.

La géographie du festival contribue largement à son identité. Les concerts se déploieront dans des lieux emblématiques et variés : le Temple Grignan, le Théâtre La Colonne à Miramas, l’Église Notre-Dame du Mont, le Foyer de l’Opéra de Marseille, les Archives départementales Gaston Deferre, le Palais du Pharo, l’Hôtel Hubaud, le Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille, certains espaces des Hôpitaux de Marseille (AP-HM), La Cômerie ainsi que la Médiathèque de Meyrargues. Cette diversité d’écrins architecturaux permet de multiplier les ambiances et de faire résonner la musique baroque dans des contextes patrimoniaux contrastés.

Au cœur de l’édition 2026 se trouve une réflexion sur la nature même du baroque. Né en Italie, ce courant artistique s’est rapidement diffusé à travers l’Europe avant d’atteindre des territoires plus lointains, du Japon à l’Amérique latine, de la Russie au Canada. Chaque région l’a modelé selon ses propres traditions, intégrant des influences vernaculaires qui en ont transformé les contours. Pourtant, malgré ces adaptations successives, une identité demeure perceptible, immédiatement reconnaissable à l’écoute ou au regard.

La musique baroque illustre parfaitement ce phénomène. On peut souligner les différences entre le style français et le style italien, analyser les singularités allemandes, espagnoles ou anglaises, mais tous ces langages partagent un fondement commun : l’usage de la basse continue, apparue en Italie au début du Seicento. Cette innovation structurelle irrigue l’ensemble des répertoires et constitue l’un des socles de l’esthétique baroque, quelles que soient les nuances nationales.

Le festival a choisi, pour 2026, de mettre en lumière ces circulations et ces influences croisées. Il s’agira d’examiner comment la musique italienne de Claudio Monteverdi a été reprise en Allemagne par Heinrich Schütz, révélant un jeu d’appropriations et de transformations. L’exploration se poursuivra à la fin du XVIIe siècle avec Philipp Heinrich Erlebach et Lorenzo Veneziano, puis au début du XVIIIe siècle avec Johann Sebastian Bach et Alessandro Scarlatti. À travers ces rapprochements, le festival entend montrer comment deux compositeurs contemporains, situés dans des contextes géographiques distincts, peuvent traiter la musique vocale selon des perspectives à la fois convergentes et singulières.

L’Espagne, pour sa part, sera évoquée dans sa capacité à suivre un chemin propre en intégrant des éléments issus de sa musique populaire. Le parcours mettra également en évidence la trajectoire d’un musicien saxon, Georg Friedrich Haendel, qui trouve à Rome les conditions d’affirmation de son style. D’autres territoires, comme la Lituanie et la Pologne, seront abordés pour illustrer l’intégration de la musique italienne dans des contextes culturels variés. Le duo vocal, né avec le baroque, sera présenté comme une forme emblématique de cette diffusion, depuis Venise jusqu’à Vienne. Enfin, l’idée d’un rapprochement ponctuel entre Venise et Constantinople viendra souligner la dimension transfrontalière de cette esthétique.