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Le CGLPL alerte sur les suicides et les décès en détention

Couloir de cellules derrière des barreaux, symbole des suicides en prison
Par Marc Blanc
Publié le 1 octobre 2026 à 10h00 – Temps de lecture : 6 minutes

Ce mercredi 30 septembre 2026, le site officiel Vie publique revient sur deux avis que le Contrôleur général des lieux de privation de liberté a fait paraître au Journal officiel du 25 septembre. L’autorité indépendante y dresse un constat sévère sur la prévention des décès dans les lieux d’enfermement et, plus particulièrement, sur les suicides en prison. Elle avait transmis ses conclusions dès le 19 août aux ministres de la Justice, de la Santé et de l’Intérieur, afin qu’ils puissent formuler leurs observations. Le CGLPL indique par ailleurs recevoir un nombre croissant de signalements sur ce sujet.

Les chiffres donnent la mesure du problème. En 2025, l’administration a recensé 275 décès en détention. Chaque année, le suicide en représente plus de la moitié. Un quart relève d’une cause naturelle, le reste renvoyant à une cause inconnue, à un incendie volontaire ou à une mort violente. Le taux de suicide atteint ainsi 19,4 pour 10 000 détenus, contre une médiane européenne de 7,3. Selon l’étude SPACE du Conseil de l’Europe, la France figure donc parmi les pays européens où ce taux est le plus élevé. En outre, de début 2022 à avril 2026, 24 personnes détenues sont mortes après une agression commise par un ou plusieurs codétenus, en cellule ou en promenade.

Pour le Contrôleur général, ce bilan s’inscrit dans un contexte de surpopulation carcérale qui ne cesse de s’aggraver. Celle-ci allonge les délais d’accès à l’unité sanitaire et accroît le risque de violences entre détenus. De plus, la justice continue d’incarcérer des personnes qui ont besoin de soins psychiatriques urgents, parfois un week-end, alors qu’aucune permanence de soins n’existe dans les établissements. Selon les prisons, il faut attendre de quatre à six mois, et jusqu’à huit mois, pour obtenir un premier rendez-vous avec un psychiatre. Les surveillants eux-mêmes disent souvent leur impuissance face à des détenus dont la place relèverait, à leurs yeux, de l’hôpital.

Concrètement, la prévention repose surtout sur la surveillance et la gestion de crise. Une personne jugée vulnérable fait l’objet de quatre rondes de nuit, avec allumage de la lumière de sa cellule. Le Comité européen pour la prévention de la torture estime pourtant que cette pratique, prolongée sur des mois, peut nuire à la santé et aggraver le risque suicidaire. Après un geste suicidaire, l’administration place le détenu en cellule de protection d’urgence, le temps qu’un médecin l’examine. Le CGLPL juge ces cellules particulièrement indignes. Dans certaines interrégions pénitentiaires, leur usage a pourtant nettement progressé entre 2023 et 2024.

Face aux suicides en prison, les agents reçoivent surtout une formation initiale au repérage de la crise suicidaire, rarement actualisée. Le sous-effectif les empêche souvent de suivre les sessions de formation continue. Les plans de protection individualisés, censés organiser la prise en charge d’un détenu à haut risque, restent fréquemment des coquilles vides faute de soignants. Dans l’immense majorité des établissements, les détenus n’ont pas non plus accès au 3114, la ligne nationale de prévention du suicide, ni au dispositif VigilanS, qui assure un suivi après une tentative. Enfin, des personnes souffrant de troubles mentaux sont toujours placées au quartier disciplinaire. En 2024, un suicide sur cinq y est survenu. D’après l’administration pénitentiaire elle-même, le risque y est multiplié par vingt, et par quarante le jour du placement.

Le constat dépasse les murs des prisons. Dans les établissements de santé, les patients hospitalisés ne bénéficient généralement ni d’un examen somatique complet ni d’un accès suffisant aux soins psychiatriques. Beaucoup d’établissements n’ont pas de psychiatre référent. Surtout, plusieurs personnes placées à l’isolement ou sous contention sont mortes sans surveillance ni moyen d’appeler à l’aide. Le Contrôleur général relève aussi un manque de traçabilité. Les lieux d’enfermement dépendent de trois ministères, qui ne recensent pas les décès de la même façon. Leur nombre n’est donc ni complètement connu ni toujours rendu public. Quant aux suicides, ils restent certainement sous-estimés, car une intoxication médicamenteuse ou un incendie demeurent souvent classés comme litigieux. L’autorité cite enfin des cas où la dignité du défunt n’a pas été respectée et où les proches ont appris la nouvelle tardivement.

Sur le plan du droit, une personne privée de liberté ne perd que sa liberté d’aller et venir. L’article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme lui garantit le droit à la vie, et l’État doit protéger son intégrité physique et psychique. La Cour européenne a d’ailleurs rappelé cette obligation à la France à plusieurs reprises. C’est pourquoi le CGLPL formule plusieurs recommandations. Il demande de ne plus incarcérer les personnes dont l’état psychiatrique est manifestement incompatible avec la détention, et de les soigner sans délai. Il réclame aussi la fin de la contention mécanique des patients. Il souhaite enfin que les détenus en fin de vie puissent mourir libres, entourés de leurs proches, grâce à une suspension de peine ou à une remise en liberté. Le détail de ces constats figure dans l’avis relatif à la prévention du suicide en prison.

Ces deux textes prolongent une série d’alertes sur les suicides en prison et les conditions de détention. Fin mai, le rapport annuel du Contrôleur général décrivait déjà la situation pénitentiaire comme une catastrophe. Puis, le 4 août, le Conseil d’État a enjoint au préfet de police de Paris de respecter la durée maximale de 48 heures de placement à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture, après des recommandations en urgence du CGLPL. Les ministères concernés disposent désormais d’un diagnostic détaillé, établissement par établissement, sur des vies qui restent sous la responsabilité directe de l’État.