Le retour de la Vénus d’Arles

Par Christof Lorenzo
Publié le 28 avril 2026 à 15h56 – Temps de lecture : 5 minutes

Depuis son ouverture officielle le 24 avril dernier, le musée départemental Arles antique – affectueusement surnommé le Musée Bleu – vit au rythme d’un événement culturel d’une ampleur exceptionnelle. Grâce à un prêt historique et particulièrement rare consenti par le Musée du Louvre, la célèbre Vénus d’Arles a temporairement quitté ses quartiers parisiens pour retrouver sa terre natale. Ce retour aux sources revêt une résonance presque poétique dans cette cité rhodanienne où la sculpture n’a jamais cessé de hanter l’imaginaire collectif. Véritable référence locale d’équilibre et de perfection esthétique pour les Arlésiennes et les Arlésiens, elle fut autrefois la muse de grandes figures littéraires régionales et nationales. Des auteurs et poètes de renom, tels qu’Alphonse Daudet, Frédéric Mistral, Prosper Mérimée ou encore Théodore Aubanel ont ainsi célébré dans leurs œuvres cette silhouette divine, dont l’absence prolongée n’a fait que nourrir le mythe au fil des générations.

Exhumée en 1651 lors de fouilles archéologiques menées dans les ruines du Théâtre antique d’Arles, cette œuvre d’art magistrale s’impose comme l’une des incarnations les plus saisissantes et les plus pures de la déesse Aphrodite. Héritière directe des canons esthétiques et du génie du célèbre sculpteur grec Praxitèle, la statue est jalousement conservée et exposée par le musée du Louvre depuis maintenant plus de deux siècles, à proximité immédiate de la mythique Vénus de Milo. Pour ce retour temporaire programmé jusqu’au 31 octobre 2026, l’œuvre est mise en scène à travers une scénographie ambitieuse conçue par Nathalie Crinière, au sein d’une exposition d’envergure coproduite par les deux institutions muséales. Pour sublimer sa présence, la Vénus est entourée d’un impressionnant cortège de près de quatre-vingts chefs-d’œuvre majeurs de l’histoire de l’art, dont trente-trois ont été méticuleusement sélectionnés au sein des propres collections du Louvre. Le parcours d’exposition offre un dialogue permanent entre les époques, les styles et les techniques, croisant des objets de l’Antiquité avec des créations modernes et contemporaines, à l’image des toiles de Gustave Moreau, des photographies de Man Ray ou des réinterprétations pop art d’Andy Warhol.

Le parcours muséographique s’articule également autour d’une section historique et documentaire passionnante, visant à lever le voile sur le contexte de sa découverte au XVIIe siècle. Les visiteurs peuvent y découvrir les détails de son invention, les premières représentations graphiques ou les moulages dont elle fit l’objet, mais aussi l’histoire mouvementée de ses restaurations successives. Une large place est ainsi accordée à l’intervention particulièrement audacieuse de François Girardon, sculpteur officiel du roi Louis XIV, qui modifia profondément l’aspect originel de la statue en lui ajoutant des bras, ainsi que deux attributs symboliques : une pomme et un miroir. En parallèle à cette approche historique, l’exposition donne la parole à la création vivante. Seize artistes contemporains majeurs – parmi lesquels Chantal Akerman, Annette Messager, ORLAN, Niki de Saint Phalle ou encore Michelangelo Pistoletto – se réapproprient la figure de la déesse pour interroger notre rapport au corps nu, les origines archaïques des mythes ou le glissement vers le kitsch provoqué par sa popularité extrême. Cette richesse artistique est rendue possible grâce à la contribution de prêteurs prestigieux, incluant de grands musées parisiens, lyonnais, nîmois et azuréens, ainsi que l’Altes Museum de Berlin.

Pour le public souhaitant se rendre au musée d’ici l’automne, l’accès à cette exposition – placée sous le commissariat conjoint de Romy Wyche, Ludovic Laugier et Jean de Loisy – s’effectue sans réservation préalable, dans la limite des places disponibles à l’intérieur des salles. Les tarifs d’entrée sont fixés à 8 € pour le plein tarif et 5 € pour le tarif réduit, les billets étant d’ores et déjà disponibles à l’achat sur la plateforme en ligne du musée. Afin d’accompagner au mieux les visiteurs individuels, un service régulier de visites guidées est mis en place tous les dimanches à 11h, moyennant un supplément de 3 € (l’activité restant gratuite pour les abonnés du musée). Ce calendrier culturel s’intensifiera de manière significative durant la haute saison estivale : du 6 juillet au 31 août, une visite guidée supplémentaire sera ainsi proposée chaque lundi à 11h. Enfin, des temps forts thématiques et entièrement gratuits viendront rythmer l’agenda de l’exposition lors des Journées européennes de l’archéologie les samedi 13 et dimanche 14 juin, puis à l’occasion des Journées européennes du patrimoine les 19 et 20 septembre 2026, avec des visites guidées programmées à 11h dans la limite de la jauge d’accueil.

Crédit photo : Marie-Lan Nguyen