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Le Val-de-Grâce rouvre ses jardins

Par Anais Malise
Publié le 28 janvier 2026 à 15h21 – Temps de lecture : 5 minutes

Longtemps refermé sur lui-même, le Val-de-Grâce s’apprête à renouer avec la ville. Après près de dix ans de silence, depuis la fermeture de l’hôpital militaire à l’été 2016, ce vaste ensemble du cœur de Paris s’ouvre de nouveau aux regards et aux pas. Fin janvier 2026 marque une étape décisive : la Ville de Paris met à disposition du public 16 000 mètres carrés de jardins entièrement réhabilités. L’entrée se fait désormais au 74 ter du boulevard du Port-Royal, offrant aux habitants et aux visiteurs une respiration bienvenue dans un arrondissement parmi les plus denses de la capitale.

Cette ouverture transforme en profondeur le rapport du quartier à ce site longtemps perçu comme clos et minéral. Les aménagements redessinent les perspectives et donnent du relief à la promenade. Les allées sont ponctuées de chênes verts et blancs, de tilleuls, de magnolias, de lilas ou encore d’arbres de Judée, dont les floraisons rythment les saisons. À leurs pieds, une mosaïque de vivaces, d’arbustes et de prairies fleuries vient enrichir le paysage, apportant fraîcheur, couleurs et continuités écologiques dans un environnement urbain très contraint.

La végétalisation constitue le fil conducteur de l’ensemble du projet. Les travaux ont clairement inversé la logique dominante du minéral. La part des surfaces plantées progresse nettement, passant de 61 % à 72 % du site. Cette évolution s’appuie à la fois sur la création de nouvelles zones enherbées et sur un vaste chantier de désimperméabilisation, portant sur 4 370 mètres carrés. En parallèle, les équipes ont procédé à des plantations massives : 252 arbres supplémentaires ont été mis en terre, venant s’ajouter aux 180 déjà présents. Le jardin compte désormais 429 arbres, auxquels s’ajoutent 12 ifs conservés pour leur valeur patrimoniale. Une large majorité des nouvelles plantations, à hauteur de 82 %, relève d’essences indigènes d’Île-de-France, un choix assumé pour renforcer la résilience écologique du lieu.

Au sol, les chiffres témoignent de l’ampleur de l’intervention. Près de 50 000 plantes vivaces ont été introduites, accompagnées de plus de 12 600 arbustes et de 40 plantes grimpantes. Certaines surfaces sont ouvertes aux usages quotidiens, comme les 2 174 mètres carrés de pelouses accessibles au public. D’autres, volontairement protégées, restent non accessibles : 2 975 mètres carrés de prairies fleuries et de pelouses sèches sont ainsi sanctuarisés afin de favoriser la biodiversité. Sous le quinconce, un couvert herbacé de 2 362 mètres carrés complète l’ensemble, tandis que le couvert végétal diversifié atteint au total 11 584 mètres carrés. Les massifs plantés, enfin, s’étendent sur plus de 4 000 mètres carrés.

Cette requalification paysagère s’inscrit pleinement dans les orientations climatiques portées par la capitale. En augmentant sensiblement les surfaces végétalisées, la Ville contribue aux objectifs du plan local d’urbanisme bioclimatique, qui vise à multiplier les îlots de fraîcheur et à adapter Paris aux effets du réchauffement climatique. Le Val-de-Grâce devient ainsi un maillon supplémentaire du réseau d’espaces verts urbains, tout en assumant un rôle de refuge pour la faune et la flore.

Le projet n’efface pas pour autant l’épaisseur historique du lieu. Le Val-de-Grâce plonge ses racines au XVIIe siècle, avec la fondation de l’abbaye voulue par Anne d’Autriche. Désaffectée à la Révolution, elle est transformée en hôpital militaire en 1796, fonction qu’elle conserve jusqu’au XXIe siècle. Les jardins, classés au titre des Monuments historiques depuis 1972, bénéficient à ce titre d’une attention particulière. En 2025 et au début de l’année 2026, les paysagistes ont renforcé les alignements, consolidé les pelouses et redessiné les cheminements, tout en reconstituant un bassin central à partir de vestiges archéologiques découverts sur place.

L’ouverture au public n’est toutefois qu’une étape dans l’évolution du site. Le Val-de-Grâce se projette déjà vers l’avenir. Dans les prochaines années, il accueillera le PariSanté Campus, un centre de recherche consacré à la santé numérique. À partir de 2029, ce pôle réunira instituts, chercheurs et projets innovants, faisant cohabiter jardins accessibles à tous et campus scientifique de premier plan. Cette dualité entre patrimoine, nature et innovation constitue l’un des marqueurs forts du projet.

Sur le plan institutionnel, l’opération repose sur une convention entre la Ville de Paris et l’État. Ce dernier demeure propriétaire du site, tandis que la municipalité en assure l’intégration dans la vie du 5e arrondissement. Le projet associe plusieurs acteurs publics : la Ville, la préfecture de la région d’Île-de-France et de Paris, le ministère des Armées, ainsi que le ministère de l’Enseignement supérieur, qui apporte également son concours.

L’effort financier engagé reflète l’ambition de cette transformation. L’investissement global s’élève à 9,6 millions d’euros, dont 8,6 millions consacrés spécifiquement à la rénovation et à la restauration des jardins. L’État soutient l’opération à hauteur de 4,2 millions d’euros de subventions, complétés par 3 millions d’euros issus du Fonds vert. À travers ces chiffres, le Val-de-Grâce apparaît désormais comme un projet emblématique, à la croisée des enjeux patrimoniaux, environnementaux et urbains.

Crédit photo : Joséphine Brueder / Ville de Paris