L’intelligence artificielle s’apprête à franchir les portes des mairies, des départements et des intercommunalités pour s’installer durablement au cœur de l’action publique de proximité. À l’occasion de l’événement annuel du Printemps des Territoires, carrefour d’échanges majeurs pour les décideurs locaux, David Amiel, le ministre de l’Action et des Comptes publics, a officialisé une alliance stratégique d’envergure. L’État s’associe formellement avec la Banque des Territoires, une direction de la Caisse des Dépôts, autour du programme d’accompagnement national intitulé « Territoires d’IA ». Cette initiative conjointe a pour ambition d’accélérer de façon massive, méthodique et sécurisée le déploiement opérationnel des technologies d’intelligence artificielle au sein des services publics décentralisés.
Ce rapprochement inédit repose sur un constat pragmatique et empirique : dans leur quotidien opérationnel, l’État central et les collectivités territoriales font face à des défis administratifs et logistiques quasi identiques. Qu’il s’agisse d’instruire les dossiers de demandes d’aides sociales, de piloter et d’optimiser la maintenance préventive des infrastructures urbaines, de trier et traiter les signalements d’incidents remontés par les riverains, ou encore de simplifier la rédaction des actes administratifs complexes, les métiers et les processus sont profondément similaires. Les solutions logicielles et algorithmiques développées par une administration ont donc vocation à bénéficier instantanément à toutes les autres. Cette convergence appelle une coopération industrielle renforcée afin de faire bénéficier les territoires de solutions logicielles souveraines et performantes, tout en structurant et en soutenant activement la croissance d’une filière économique française et européenne de l’intelligence artificielle.
Pour organiser efficacement ce transfert de compétences et de technologies, la collaboration entre les services étatiques et la Banque des Territoires se structure rigoureusement autour de trois axes de travail complémentaires. Le premier axe est dédié au partage horizontal des cas d’usage concret et à la capitalisation des retours d’expérience. Les applications pratiques validées par l’État serviront de modèles réutilisables, portables et facilement redéployables par les collectivités, tandis que les innovations agiles nées sur le terrain local enrichiront en retour les réflexions de l’administration centrale. Ce patrimoine numérique partagé formera une bibliothèque de biens communs technologiques mis à la libre disposition de l’ensemble des agents publics pour moderniser leurs outils de travail professionnels.
Le deuxième grand pilier de cette convention concerne la garantie absolue de la souveraineté numérique. L’État a consolidé au cours des dernières années une expertise technique de premier plan en matière d’outils d’intelligence artificielle de confiance, matérialisée par la création et l’exploitation de son Socle interministériel d’IA générative (SIIAG). Ce savoir-faire technologique de pointe sera mis à profit pour enrichir l’offre d’accompagnement du programme « Territoires d’IA », permettant aux élus locaux d’identifier et de déployer des solutions éthiques, transparentes et hautement sécurisées, garantissant une protection stricte des données confidentielles des citoyens face aux solutions propriétaires des géants technologiques étrangers. Enfin, le troisième axe organise une mise en commun de la connaissance fine de l’écosystème industriel. En croisant les données issues de l’appel à manifestation d’intérêt « Solutions d’IA pour le secteur public » mené par l’État et la veille permanente des ingénieurs de la Banque des Territoires, les partenaires disposeront d’une cartographie unique des entreprises innovantes du secteur.
L’incarnation opérationnelle et le pilotage politique de cette ambition seront directement assurés par la Direction interministérielle du numérique (Dinum). L’organisme siégera de manière permanente au sein du comité partenarial du programme « Territoires d’IA », une position stratégique et charnière alors que l’institution s’apprête à vivre une mutation institutionnelle d’envergure pour se transformer en « Ariane », la future Autorité de l’intelligence artificielle et du numérique de l’État. Dans le cadre de ses futures prérogatives, l’autorité apportera également aux collectivités territoriales la visibilité issue de la structuration de la Base industrielle et technologique du numérique (BITN). Par cette gouvernance unifiée et transverse, les pouvoirs publics entendent faire de l’intelligence artificielle un puissant levier de modernisation éthique et de performance pour toutes les administrations, garantissant un service public plus rapide, plus accessible et plus proche des besoins réels des citoyens sur l’ensemble du territoire.

