Huit dauphins ont quitté Antibes dans la nuit du 22 au 23 juillet 2026. Destination : le parc Selwo Marina à Benalmádena, près de Malaga en Andalousie. Cette opération nocturne, menée sous escorte policière et sous la supervision de l’État, marque une étape majeure dans la fermeture définitive du Marineland. Elle relance aussi un vif débat sur le sort des cétacés en captivité.
Le transfert a débuté aux alentours de 22 heures le mercredi soir. Les soigneurs ont placé les dauphins sur des brancards souples, puis une grue les a chargés dans des camions spécialement équipés pour le transport d’animaux vivants. Le convoi a ensuite rejoint l’aéroport de Nice Côte d’Azur sous escorte. De là, un avion-cargo a acheminé les huit cétacés vers l’aéroport de Malaga-Costa del Sol. Dès le lendemain midi, tous nageaient dans leur nouveau bassin à Selwo Marina, seul delphinarium d’Andalousie.
Les organisateurs ont choisi la nuit pour une raison précise. En effet, les fortes chaleurs estivales multiplient les risques pour la santé des dauphins lors d’un transport. Marineland a d’ailleurs confirmé que le transfert s’est déroulé en toute sécurité. Les animaux entament désormais une période d’acclimatation sous la surveillance attentive des équipes vétérinaires espagnoles.
Pourquoi cette urgence ? Le Marineland d’Antibes a définitivement fermé ses portes au public en janvier 2025. La loi française du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale interdisait en effet les spectacles de cétacés et programmait la fin de leur captivité. Cependant, douze dauphins et deux orques restaient sur place dans des bassins de plus en plus dégradés. Un rapport vétérinaire a révélé que certains bassins présentaient un risque de rupture en raison de mouvements du sous-sol. La préfecture des Alpes-Maritimes a donc invoqué une urgence vitale pour autoriser ce départ vers des installations fonctionnelles.
Sur les douze dauphins encore présents avant le transfert, huit ont rejoint Selwo Marina. Les quatre restants prendront quant à eux la direction de la région de Valence. À plus long terme, le ZooParc de Beauval travaille sur un projet de bassin d’accueil spécialisé en France pour accueillir des dauphins.
Du côté des autorités, le ministère de la Transition écologique salue une opération menée dans de parfaites conditions de sécurité sanitaire et vétérinaire. La préfecture souligne aussi le contrôle permanent de l’État tout au long du processus. Pour le gouvernement, la priorité absolue reste la survie des animaux.
Les associations de protection animale portent en revanche un regard très différent sur cette opération. Sea Shepherd et One Voice dénoncent un simple transfert d’un delphinarium vers un autre. Selon elles, les dauphins quittent des bassins dégradés pour rejoindre des installations plus petites et parfois vétustes. Aucune solution de sanctuaire marin n’a été retenue, ce qu’elles déplorent vivement. Les ONG réclamaient un environnement semi-naturel, loin des parcs commerciaux.
Le sort des deux orques Wikie (24 ans) et son fils Keijo (12 ans) suscite encore plus d’inquiétude. Ces deux cétacés restent pour l’instant à Antibes dans des bassins au bord de l’effondrement. Le projet prévoit de les transférer vers Loro Parque à Tenerife, aux Canaries. Toutefois, les scientifiques espagnols de la CITES ont émis un avis défavorable, jugeant ce parc inapte à les accueillir. Sea Shepherd dénonce les conditions du parc canarien, où quatre orques sont mortes ces dernières années. One Voice milite de son côté pour une relocalisation dans un sanctuaire marin au Canada.
Cette affaire illustre les contradictions de la loi de 2021. La France a interdit la captivité des cétacés sur son sol. Pourtant, les animaux concernés rejoignent des parcs étrangers où ils continueront à vivre en captivité. Les associations y voient une forme d’hypocrisie législative. Le gouvernement répond que l’urgence structurelle des bassins ne laissait pas d’autre choix réaliste à court terme.
Alors que les huit dauphins entament leur nouvelle vie en Andalousie, les regards se tournent vers Antibes. Wikie et Keijo attendent toujours une décision définitive sur leur avenir. Les prochaines semaines seront déterminantes pour ces deux orques, derniers grands cétacés encore présents sur le sol français.

