La cité phocéenne célèbre son passé millénaire à l’occasion de la dix-septième édition des Journées européennes de l’Archéologie, un événement d’envergure nationale coordonné par l’Institut national de recherches archéologiques préventives. Du mardi 9 au dimanche 14 juin 2026, cette manifestation culturelle et scientifique invite les Marseillais et les visiteurs à s’immerger dans les coulisses d’une discipline qui façonne notre compréhension du territoire. À travers une programmation riche et diversifiée, les institutions municipales ouvrent leurs portes pour favoriser une réappropriation collective du patrimoine local, tout en sensibilisant le public aux enjeux cruciaux de sa préservation. Cette semaine dédiée à la recherche et à la transmission propose une immersion totale, allant des sites historiques emblématiques aux laboratoires des musées, où experts, chercheurs et étudiants se mobilisent pour partager leurs savoir-faire et leurs découvertes les plus récentes.
Le Musée d’Histoire de Marseille constitue l’un des pôles centraux de cette édition, proposant des activités qui lient l’aspect ludique à la rigueur scientifique. Les familles et le jeune public sont invités à découvrir l’histoire antique de la région par le biais d’ateliers interactifs, tels que le jeu du Grecaulois qui met en scène les rivalités historiques entre l’équipe grecque de Massalia et les populations gauloises locales. Cette approche sensorielle se poursuit avec une initiation à la géologie urbaine permettant de manipuler les matériaux de construction qui ont bâti la ville de l’Antiquité à nos jours. L’artisanat ancien n’est pas en reste, avec des démonstrations consacrées à la céramique à figures rouges et noires, ainsi qu’à la fabrication de fibules, ces ancêtres de l’épingle à nourrice indispensables à la mode de l’âge du bronze. L’histoire de la ville est également abordée sous l’angle des tragédies et des modes de vie quotidiens, avec des visites thématiques consacrées à la vie au Moyen Âge et aux traces laissées par la grande peste de 1720.
Une attention particulière est portée aux avancées récentes de la recherche, notamment à travers une conférence présentant les résultats d’une fouille majeure menée en 2025 dans les quartiers nord de Marseille. Cette opération a révélé un vignoble grec antique, offrant un éclairage inédit sur les pratiques agraires de la chôra massaliète entre le cinquième et le deuxième siècle avant notre ère. Parallèlement, l’exposition Archéochrono s’attache à déconstruire les clichés persistants sur les peuples gaulois, en dressant le portrait d’une civilisation celtique complexe, dotée d’une structure sociale sophistiquée et d’un réseau commercial s’étendant à travers l’Europe. Cette volonté de restitution historique s’exprime également par le travail artistique et scientifique de Jean-Claude Golvin, dont les aquarelles permettent de visualiser l’évolution urbaine de Marseille de l’époque grecque à l’ère moderne.
Le Muséum d’Histoire naturelle propose quant à lui un voyage dans le temps plus lointain, explorant les relations entre l’homme, l’animal et l’environnement. L’histoire fascinante des équidés est retracée depuis les premiers fossiles jusqu’aux espèces sauvages actuelles, tandis que des ateliers d’archéo-anthropologie initient le public aux pratiques funéraires du Paléolithique à l’âge du Bronze. Les participants peuvent ainsi s’exercer à la fouille de sépultures anciennes pour comprendre comment nos ancêtres traitaient leurs défunts. La découverte de l’évolution humaine se poursuit par l’observation de moulages de fossiles et l’initiation à l’art pariétal, permettant de toucher du doigt les réalités matérielles de la Préhistoire.
L’archéologie méditerranéenne et navale occupe une place prépondérante dans la programmation, avec des présentations exceptionnelles à la Vieille Charité, comme celle de la monumentale Description de l’Égypte issue de l’expédition de Bonaparte. À Cosquer Méditerranée, l’immersion devient technologique grâce à des visites d’épaves en réalité virtuelle et des ateliers de construction de répliques de navires, illustrant la dimension expérimentale de la recherche sous-marine. Des jeux et puzzles éducatifs permettent également d’appréhender le monde maritime antique et l’importance des échanges en Méditerranée orientale, notamment à travers l’exemple de l’île de Délos. Ces activités soulignent combien les choix économiques et politiques des sociétés passées étaient intimement liés à leur environnement naturel.
La dimension territoriale de l’archéologie se déploie enfin hors des murs des musées, avec des visites de la carrière antique de la Corderie et des balades urbaines sur les traces du genre dans les sociétés anciennes. L’oppidum du Baou de Saint-Marcel, village fortifié occupé du sixième au deuxième siècle avant notre ère, ouvre ses remparts pour des démonstrations de tissage et de poterie, tandis que le quartier de Verduron propose une lecture du paysage alliée à des chants lyriques. En multipliant les points de vue, depuis les archives municipales jusqu’aux belvédères des collines, ces journées témoignent de la richesse stratigraphique de Marseille. L’ensemble de ces manifestations, dont certaines nécessitent une inscription préalable en raison de leur jauge limitée, constitue une opportunité rare pour le public de comprendre comment l’étude méticuleuse du passé aide à forger l’identité de la cité phocéenne d’aujourd’hui. Chaque atelier et chaque conférence participent ainsi à l’édification d’une mémoire collective solide et partagée.
Crédit photo : Ville de Marseille

