La ministre de la Culture, Rachida Dati, et la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, ont décidé de lancer une mission d’expertise scientifique consacrée aux effets des jeux vidéo sur les mineurs. Cette étude est confiée au Conseil de l’Intelligence artificielle et du Numérique et s’inscrit dans la continuité des réflexions engagées au plus haut niveau de l’État sur les enjeux du numérique et de la démocratie. Les conclusions de cette mission sont attendues au mois de mai 2026 et devraient contribuer à orienter les décisions publiques, notamment en matière de régulation, tout en veillant à préserver la vitalité d’un secteur économique important.
Les travaux porteront en priorité sur l’efficacité des dispositifs de protection actuellement en place pour les jeunes utilisateurs. Parmi ces outils figurent notamment les classifications PEGI, les systèmes de contrôle parental et les obligations d’information imposées aux éditeurs. L’objectif consiste à évaluer leur pertinence dans un environnement en constante évolution et, le cas échéant, à proposer des ajustements concrets. Cette réflexion s’inscrit dans un contexte où l’industrie du jeu vidéo représente un poids économique significatif en France, avec un chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros et des dizaines de milliers d’emplois.
La mission mobilisera des spécialistes issus de disciplines variées, notamment les neurosciences, la psychologie du développement et l’économie comportementale. Elle s’appuiera également sur les compétences des inspections générales concernées. Cette approche pluridisciplinaire vise à fournir une analyse complète et nuancée, capable de dépasser les débats souvent polarisés autour des jeux vidéo. L’intention affichée est d’éviter toute stigmatisation, en s’appuyant sur des données scientifiques pour mieux comprendre les effets réels de ces pratiques.
L’étude intervient dans un contexte marqué par l’évolution rapide des modèles économiques du secteur. Les mécanismes tels que les microtransactions, les récompenses aléatoires ou les interactions en ligne soulèvent de nouvelles questions quant à la protection des mineurs. Ces pratiques, largement développées à l’échelle internationale, interrogent l’adéquation des dispositifs de régulation conçus à une époque où ces fonctionnalités étaient moins répandues. La mission devra ainsi examiner dans quelle mesure ces évolutions nécessitent un encadrement renforcé.
Par ailleurs, l’analyse portera sur les usages numériques des jeunes, notamment en ce qui concerne les interactions en ligne. Les environnements multijoueurs, souvent caractérisés par un certain anonymat, peuvent exposer les mineurs à des comportements inappropriés, comme le harcèlement ou les tentatives de manipulation. L’émergence de nouvelles technologies, telles que la réalité virtuelle, sera également étudiée, en particulier chez les publics les plus jeunes. Ces éléments pourraient conduire à formuler des recommandations visant à améliorer la sécurité des utilisateurs, par exemple à travers des dispositifs de vérification d’âge ou des outils de modération plus performants.
La mission ne se limitera pas à l’identification des risques. Elle s’attachera également à mettre en évidence les effets positifs des jeux vidéo sur le développement des enfants et des adolescents. Certaines études montrent en effet que ces activités peuvent favoriser des compétences telles que la coordination, la résolution de problèmes ou la créativité. Les jeux collaboratifs, en particulier, peuvent encourager le travail en équipe et les interactions sociales. Une pratique encadrée et modérée apparaît ainsi susceptible de présenter des bénéfices, à condition de rester compatible avec d’autres activités essentielles.
Le secteur français du jeu vidéo constitue par ailleurs un acteur économique et culturel majeur. Il se distingue par une production diversifiée et une capacité d’innovation reconnue à l’international. Des entreprises comme Ubisoft participent largement à ce rayonnement, aux côtés de nombreux studios indépendants. Dans ce contexte, les pouvoirs publics cherchent à concilier protection des publics et soutien à une industrie créative, afin d’éviter qu’une régulation inadaptée ne freine son développement ou n’encourage une délocalisation des activités.
La méthodologie retenue reposera sur plusieurs sources d’information complémentaires. Des études longitudinales permettront de suivre l’évolution des comportements sur la durée, tandis que des analyses comparatives à l’échelle européenne et internationale offriront un éclairage sur les pratiques adoptées dans d’autres pays. Des enquêtes qualitatives seront également menées auprès de jeunes joueurs et de leurs familles afin de mieux comprendre les usages et les attentes. Cette approche globale vise à produire des recommandations fondées sur des données solides et diversifiées.
Au-delà du cadre national, cette initiative pourrait avoir des répercussions plus larges. Les enjeux liés à la régulation des jeux vidéo concernent en effet l’ensemble des pays européens, qui cherchent à harmoniser leurs approches dans un contexte marqué par la circulation des contenus numériques. En se positionnant sur ce sujet, la France pourrait jouer un rôle moteur dans l’élaboration de standards communs, notamment en matière de protection des mineurs.

