À Beausoleil, la campagne des municipales de 2026 prend une tournure inhabituelle. Dans cette commune des Alpes-Maritimes d’environ 14 000 habitants, les électeurs devront trancher entre deux candidats qui partagent le même nom, mais pas la même vision. Gérard Spinelli, maire depuis plusieurs décennies, brigue un nouveau mandat. En face, son fils Nicolas Spinelli se lance pour la première fois comme tête de liste.
Depuis plus de trente ans, Gérard Spinelli occupe une place centrale dans la vie politique locale. Âgé de 71 ans, il a dirigé la ville durant sept mandats, avec une longue interruption au début des années 2000. Sans étiquette, il revendique une expérience solide et une connaissance fine du territoire. En janvier 2026, il a officialisé sa candidature, convaincu de pouvoir poursuivre son action municipale.
Cependant, cette nouvelle campagne se déroule dans un contexte inédit. Nicolas Spinelli, 39 ans, ancien adjoint de son père, a décidé de se présenter contre lui. Pendant plusieurs années, les deux hommes ont travaillé ensemble au sein de l’équipe municipale. Puis, un désaccord profond a marqué la rupture. Le nouveau Plan local d’urbanisme a cristallisé les tensions. Selon Nicolas Spinelli, le document prévoyait environ 1 100 constructions supplémentaires alors que la commune a perdu près de 2 000 habitants en dix ans. Face à ce qu’il juge incohérent, il a choisi de quitter la majorité municipale.
À partir de là, le fils s’est engagé sur une autre voie. Il a déclaré sa candidature au printemps et lancé une campagne de terrain à l’automne. Pour lui, cette élection représente à la fois un défi politique et personnel. Malgré le lien familial, il insiste sur la nécessité de proposer une alternative. Il reconnaît la difficulté du contexte, mais rappelle que chacun reste libre de se présenter dans une démocratie locale.
Les tensions ne se limitent pas à des divergences de projets. Nicolas Spinelli a également accusé son père de harcèlement sexuel à l’encontre d’employées municipales. L’an dernier, il a transmis un courrier aux élus de la commune pour les alerter. Ces accusations ont profondément marqué la campagne. Par ailleurs, Gérard Spinelli a été condamné en 2023 pour détournement de fonds publics, favoritisme et complicité d’abus de confiance. Il a en revanche été relaxé dans une autre affaire liée à des soupçons de corruption. Ces éléments judiciaires pèsent aujourd’hui sur le débat local.
Dans la ville, les habitants réagissent de manière contrastée. Certains préfèrent rester en retrait et estiment que les conflits familiaux ne devraient pas s’inviter dans l’espace public. D’autres regardent davantage les programmes que les querelles. Une partie de l’électorat exprime aussi l’envie de changement. Un troisième candidat, sans étiquette lui aussi, tente de capter cette attente et de s’imposer comme une alternative.
Les préoccupations des Beausoleillois dépassent largement ce duel familial. Beaucoup évoquent le manque de places de stationnement, les difficultés de circulation ou l’insuffisance des équipements pour les familles. La question du logement revient souvent dans les discussions. Les prix élevés inquiètent, notamment pour les jeunes actifs et les parents. Certains habitants estiment que la ville se développe, mais sans répondre à leurs besoins quotidiens.
Dans ce contexte, Nicolas Spinelli affirme vouloir rompre avec ce qu’il décrit comme un système en fin de course. Il promet un climat apaisé, une gestion plus sereine et une municipalité débarrassée des affaires judiciaires. De son côté, Gérard Spinelli s’appuie sur son bilan et sur sa longévité politique pour convaincre. Malgré un nom commun, les deux projets affichent des orientations différentes. Les 15 et 22 mars 2026, les électeurs de Beausoleil devront choisir entre continuité et renouveau.

