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Musée d’Art moderne : Otobong Nkanga

Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 12 janvier 2026 à 11h30 – Temps de lecture : 4 minutes

Le Musée d’Art moderne de Paris consacre jusqu’au 22 février 2026 la première exposition monographique parisienne à Otobong Nkanga avec « I dreamt of you in colours », traduisible par « J’ai rêvé de toi en couleurs ». Cette rétrospective offre une plongée complète dans l’univers foisonnant de l’artiste, dont le travail, depuis la fin des années 1990, se déploie autour de questions écologiques, corporelles et territoriales, révélant une sensibilité profonde aux liens entre les êtres humains et les paysages qui les entourent. Née à Kano, au Nigeria, en 1974, et résidant aujourd’hui à Anvers, Otobong Nkanga mêle dans ses créations influences personnelles et héritages transhistoriques pour former des constellations où se croisent mémoire, ressources naturelles et capacité de régénération des systèmes vivants et relationnels.
Son parcours académique a nourri cette réflexion. Après des études à l’université Obafemi Awolowo d’Ife-Ife au Nigeria, elle poursuit sa formation à l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris et à la Rijksakademie d’Amsterdam, expériences qui alimentent son questionnement sur l’exploitation des sols et du corps dans leur rapport à l’espace, aux ressources et à la terre. À travers une pratique résolument pluridisciplinaire – incluant peinture, installation, tapisserie, performance et poésie – elle explore les relations sociales, politiques, économiques et historiques qui déterminent notre interaction avec le territoire et les matériaux. La notion de strates traverse son travail : elle apparaît dans la matérialité même de ses œuvres, mais aussi dans sa manière d’aborder les échanges entre corps et terres, illustrant les transformations réciproques et les circulations des matériaux, des biens, des personnes et de leurs histoires imbriquées, tout en interrogeant les séquelles des violences environnementales et les possibilités de réparation.
L’exposition propose un parcours riche et transversal, rassemblant installations emblématiques, séries photographiques, œuvres récentes et nombreux dessins, dont certains inédits issus des premières années de création de l’artiste. Elle trace ainsi une généalogie des thématiques centrales de son œuvre, telles que l’extraction minière et les rapports culturels et symboliques aux ressources naturelles, tout en montrant comment ces motifs se renouvellent plastiquement au fil du temps. Dans cette perspective, Otobong Nkanga réactive certaines œuvres majeures en y intégrant des éléments réalisés sur place, favorisant un dialogue entre formes, matières et idées et créant une poétique de l’entrelacement où le passé et le présent se rencontrent.
Les œuvres présentées proviennent à la fois de collections publiques et privées, nationales et internationales, parmi lesquelles le Castello di Rivoli à Rivoli, le Stedelijk Museum à Amsterdam, la Fondation Beyeler à Bâle, le Henie Onstad Kunstsenter à Sandvika, M Uka à Anvers, ainsi que le Centre Pompidou à Paris. Les collections particulières et le studio de l’artiste complètent l’ensemble. L’exposition accueille également l’œuvre majeure From Where I Stand (2015), acquise lors du dîner des Amis du musée d’Art moderne de Paris en 2022, qui illustre parfaitement la puissance et la densité conceptuelle de son travail.
Le catalogue bilingue français-anglais, publié par les éditions Paris Musées, accompagne cette rétrospective avec trois essais de Noam Gramlich, Sandrine Honliasso et Maya Tounta, ainsi qu’un long entretien entre Otobong Nkanga et les commissaires Odile Burluraux et Nicole Schweizer. Vues d’œuvres in situ et reproductions complètent ce volume, offrant une lecture approfondie de l’exposition et de la démarche de l’artiste, et permettant au public de prolonger l’expérience de son univers complexe et poétique.