Le Musée du Louvre se métamorphose le temps d’un week-end en un véritable laboratoire d’imagination débridée avec la « Fête du dessin, avec Hervé Tullet ! ».
Du 21 au 22 février 2026, familles entières, enfants curieux dès 6 ans et parents aventuriers sont appelés à troquer leurs regards contemplatifs pour des crayons, pinceaux et papiers, afin de célébrer l’art du trait sous l’égide d’un des plus malicieux créateurs contemporains. Il s’agit d’une invitation à co-créer, à superposer couleurs et formes dans un joyeux chaos collectif, transformant les espaces du Studio en une explosion de créativité participative.
Prolongée sans interruption par les activités des vacances d’hiver jusqu’au 8 mars, cette programmation fait du dessin un fil rouge reliant les splendeurs antiques du Louvre à l’énergie brute des gambettes enfantines. Imaginez : sarcophages, sculptures grecques ou portraits royaux ne sont plus intouchables, mais sources vives d’inspiration pour gribouiller librement, raconter des histoires et redécouvrir le plaisir tactile de l’art, loin des écrans omniprésents.
Tout commence par le clou du spectacle : les ateliers géants pilotés en personne par Hervé Tullet, l’artiste normand né en 1958 qui a redéfini la littérature jeunesse comme un espace de jeu interactif. Diplômé des arts plastiques et décoratifs, il a d’abord brillé dans la pub pendant une décennie avant de se lancer en 1994 dans une œuvre prolifique – plus de 80 livres publiés, traduits dans toutes les langues. Des classiques comme Un Livre (Bayard Jeunesse, 2010) ne se lisent pas : ils s’activent. On y appuie sur des points pour les faire saillir, on secoue les pages pour voir les couleurs danser, on invente des suites infinies. Tullet, c’est la philosophie de l’art vivant, où le spectateur n’est plus passif mais complice essentiel. Au Louvre, cette magie opère les 21 et 22 février à 11h et 15h : une lecture d’albums emblématiques ouvre sur un atelier collectif d’une heure et demie. Au crayon ou à la peinture, chacun trace des lignes folles, superpose des formes inattendues, éclabousse de couleurs primaires pour engendrer des compositions graphiques uniques. Puis, miracle collectif : toutes ces créations s’agrègent en une immense exposition éphémère, accrochée sur-le-champ au Studio, formant un mur vibrant de l’énergie de dizaines de familles.
Tenue d’artiste chaudement conseillée – béret, tablier taché, manches retroussées –, gratuité totale mais réservation obligatoire sur louvre.fr tant les places filent vite. Et pour clore en beauté ce samedi 21, une séance de dédicaces à la librairie-boutique du musée à 17h permet de repartir avec un trésor tullettien signé de la main de l’artiste lui-même.
Cette effervescence ne s’essouffle pas : les vacances d’hiver prennent le relais au Studio, cette oasis de calme et de détente nichée au milieu des collections permanentes. Ouvert à tous en accès libre et gratuit, l’espace déborde de supports variés – grands formats, transparents, texturés – et d’outils prêts à l’emploi : crayons de couleur, feutres indélébiles, aquarelles vives, encres pétillantes. Inspirés par les trésors environnants – bijoux précieux sumériens, armures médiévales rutilantes, nus antiques sculptés dans le marbre –, les visiteurs gribouillent, esquissent, crayonnent sans contrainte horaire ni surveillance tatillonne.
Tous les après-midi, des plasticiennes du Louvre interviennent pour animer des prolongements spontanés : conseils pour mixer les techniques, astuces pour superposer les transparents et créer des effets optiques magiques, ou défis thématiques comme « dessine-moi un pharaon rockeur ». Au fil des jours, ces créations alimentent une exposition évolutive, grandissante, qui métamorphose le Studio en un kaléidoscope vivant, reflet fidèle de l’imaginaire familial parisien. C’est l’essence même du dessin célébré ici : non pas un art élitiste réservé aux croquis préparatoires des grands maîtres, mais une pratique universelle, joyeuse, qui permet de représenter le monde, d’inventer des récits personnels et de libérer les émotions à travers un simple trait. Dans un musée où le dessin occupe une place royale – des esquisses de Léonard aux études anatomiques de Michel-Ange –, cette immersion rend hommage aux beaux-arts tout en les rendant accessibles, démocratiques, presque domestiques.
Bien sûr, la Fête s’inscrit dans un écosystème plus vaste d’activités familiales qui font du Louvre une destination idéale pour les week-ends pluvieux ou ensoleillés. Dès le plus jeune âge – dès 3 ou 4 ans pour les plus téméraires –, les visites guidées en famille (1 h 30) entraînent petits et grands dans les méandres d’une civilisation oubliée, d’une époque baroque ou d’une thématique comme les « reines guerrières ». Animées par des conférenciers complices, elles transforment les salles en chasses au trésor : à l’affût d’un sarcophage aux motifs cryptiques, d’une Vénus espiègle ou d’un sceptre scintillant, les enfants deviennent détectives d’histoire.
Pour les amateurs de merveilleux, les visites contées (de 50 minutes à 1 h 30) ressuscitent mythes et légendes face aux œuvres : un conteur donne vie à Persée terrassant Méduse ou à Cléopâtre ourlant son destin, éveillant l’imaginaire sans un mot superflu. Et pour les mains prêtes à s’activer, les visites-ateliers (1 h 30 à 2h) passent seamless de l’observation à la pratique : modeler une amphore en argile après avoir admiré les originales, peindre un portrait royal façon Ingres, ou dessiner les contours d’une frise assyrienne.
Tarifs doux – de 9 à 12 euros hors entrée au musée –, tout se réserve en ligne sur louvre.fr, où l’on trouve aussi les créneaux d’ouverture flexibles : 9h-18h les jours courants, jusqu’à 21h les mercredis et vendredis, fermé le mardi. Gratuité pour les moins de 26 ans de l’Espace économique européen, et soirées portes ouvertes le premier vendredi du mois (sauf été), de 18h à 21h sur réservation.
L’apothéose théâtrale arrive dès le 21 février à l’Auditorium Michel-Laclotte avec Dessine-moi un chef-d’œuvre ! un spectacle familial irrésistible accessible dès 7 ans jusqu’aux « 107 ans », comme le clament les organisateurs. Après une première saison triomphale, Laetitia Coryn – l’illustratrice pétillante des Sœurs d’Hippocrate et Le Péril vieux –, Nicolas Lattuada le conteur-producteur radiophonique (France Musique), et Axl-s le musicien multi-instrumentiste reviennent pour une heure de pur délice. À 11h et 15h, ils décortiquent en live Le Tricheur à l’as de carreau de Georges de La Tour : la dessinatrice traduit en traits vifs les descriptions rocambolesques du bonimenteur, saupoudrées de musiques improvisées par Axl-s, le tout en complicité totale avec le public. Rires garantis quand un spectateur mimique un as de trèfle géant ou invente une tricherie baroque ! Soutenu par la Société des Amis du Louvre, ce cycle poétique et didactique (tarifs 8-17 €) prouve que l’art peut être un cirque ludique : analyser clair-obscur, ruse et lumière devient un jeu collectif, un éclairage neuf sur un tableau iconique.
Au-delà des dates précises, cette programmation 2026 marque un tournant profond pour le Louvre : exit le sanctuaire solennel, place à une agora vibrante où l’art se touche, se vit, se partage entre générations. Hervé Tullet en est l’âme : son mantra – « l’art comme dialogue permanent » – infuse chaque atelier, chaque gribouillis, rappelant que dessiner, c’est d’abord observer le monde avec malice et le réinventer sans peur du trait bancal. Dans un contexte où les enfants naviguent entre pixels et algorithmes, offrir crayons et papiers au pied de la Joconde, c’est raviver le geste originel de la créativité : spontané, manuel, collectif. Familles d’Île-de-France ou touristes de passage, préparez bérets et enthousiasme – le Louvre n’attend plus que vos couleurs pour co-écrire son prochain chef-d’œuvre éphémère.
Musée du Louvre : fête du dessin
Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 16 février 2026 à 12h13 – Temps de lecture : 7 minutes
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