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Quatre ans après la guerre, les Ukrainiens cherchent leur place sur la Côte d’Azur

Par Moira O'Deorain
Publié le 26 février 2026 à 14h34 – Temps de lecture : 4 minutes

Le 24 février 2022, la Russie lançait une offensive d’ampleur contre l’Ukraine. Depuis, le conflit a bouleversé des millions de vies. Dans les Alpes-Maritimes, près de 16.000 Ukrainiens vivent aujourd’hui sur la Côte d’Azur. Ainsi, quatre ans après le début de la guerre, beaucoup tentent encore de trouver un équilibre entre intégration et espoir de retour.

Dès le printemps 2022, le département s’est organisé pour accueillir les familles qui fuyaient les bombardements. Très vite, la Côte d’Azur est devenue un point de chute pour celles et ceux qui rejoignaient des proches installés à Nice, Cannes ou Antibes. Selon la préfecture, plus de 54.000 autorisations provisoires de séjour ont été délivrées depuis mars 2022, dont plus de 13.000 premières demandes. En moyenne, près de 14.000 titres sont accordés chaque année.

Aujourd’hui, le flux ne diminue pas. Au contraire, les services de l’État constatent une hausse des premières demandes depuis le début de l’année 2025. Par ailleurs, certains Ukrainiens reviennent dans les Alpes-Maritimes après avoir tenté leur chance dans d’autres régions. La fermeture de dispositifs d’hébergement ailleurs en France explique en partie ces retours.

Sur le terrain, l’intégration passe avant tout par l’apprentissage du français. À Nice, Zhanet, 47 ans, attend son rendez-vous administratif. Arrivée de Kiev au début du conflit, elle vit désormais avec son fils de 10 ans, scolarisé dans une école locale. Pourtant, la langue reste un obstacle majeur. Elle apprend, s’exerce, persévère. Son objectif est clair : s’installer durablement malgré les difficultés.

Dans la même salle, Igor, 44 ans, originaire de Kherson, vient renouveler son titre de séjour. Installé depuis trois ans et demi avec sa famille, il se sent en sécurité sur la Côte d’Azur. D’ailleurs, il parle d’une seconde maison. Toutefois, il reconnaît que son intégration reste incomplète. Comme beaucoup, il ne maîtrise pas encore suffisamment le français pour évoluer professionnellement.

Face à cette demande croissante, l’association franco-ukrainienne Côte d’Azur multiplie les initiatives. Dès qu’un nouveau cours ouvre, les inscriptions affichent complet. De plus, la présidente Iryna Bourdelles observe une forte motivation chez les plus jeunes. La majorité cherche un emploi et souhaite devenir autonome rapidement.

En revanche, la situation diffère pour les plus de 60 ans. Pour ces réfugiés, apprendre une nouvelle langue représente un défi considérable. En outre, recommencer une vie loin de son pays pèse lourdement. Beaucoup gardent donc les yeux tournés vers l’Ukraine et espèrent un retour dès que la situation le permettra.

Parallèlement, les Ukrainiens occupent une place importante parmi les demandeurs d’asile du département. En 2024, ils représentaient près de 28 % des dossiers. Un an plus tard, cette proportion atteint 39 %, soit une hausse de 12 points. Afin de répondre à l’afflux, les autorités organisent régulièrement des opérations spécifiques pour traiter les demandes plus rapidement.

Sur le plan professionnel, les parcours varient. Certains trouvent un emploi dans la beauté, le bâtiment ou les services. D’autres rencontrent davantage d’obstacles, notamment à cause de la langue ou de la reconnaissance des diplômes. Néanmoins, l’entraide joue un rôle clé. Des bénévoles, comme Natalia, accompagnent les familles dans leurs démarches. Dans son bureau, les dossiers s’empilent, soigneusement classés. Chaque document raconte une histoire d’exil, mais aussi de reconstruction.

Quatre ans après le début de la guerre, la réalité reste donc contrastée. D’un côté, la sécurité et la stabilité offertes par la France rassurent. De l’autre, l’attachement au pays d’origine demeure fort. En attendant une issue au conflit, ces femmes et ces hommes avancent pas à pas. Progressivement, ils façonnent une nouvelle vie sur la Côte d’Azur, entre adaptation, solidarité et patience.