La guerre des mots fait rage entre les élus des Alpes-Maritimes. En effet, la suppression prévue dès le 1er septembre de deux lignes de bus nocturnes et du transport à la demande dans l’arrière-pays a déclenché une violente passe d’armes politique. Renaud Muselier, Éric Ciotti et Charles-Ange Ginésy s’écharpent ainsi à coups de communiqués incendiaires. Au milieu de cette bataille, les habitants des vallées s’inquiètent pour leurs déplacements quotidiens.
Concrètement, deux décisions concentrent la colère. D’une part, les lignes de bus nocturnes reliant Cannes à Nice et Cannes à Grasse disparaîtront le 1er septembre. D’autre part, la région abandonnera le service de transport à la demande (TAD) dans la communauté de communes Alpes d’Azur. Cette intercommunalité regroupe en tout 34 communes rurales de l’arrière-pays. Pour leurs habitants, le TAD représente bien souvent le seul moyen de se déplacer sans voiture.
Charles-Ange Ginésy a tiré le premier dans ce conflit. Le président du département et de l’intercommunalité Alpes d’Azur dénonce en effet un désengagement brutal de la région. Selon lui, la communauté de communes ne peut pas assumer seule un TAD indispensable aux populations rurales. C’est pourquoi il martèle que cette compétence revient à la région. Il déplore par ailleurs l’agressivité de Renaud Muselier dans ses échanges sur ce dossier.
Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ne se laisse toutefois pas faire. Dans un courrier cinglant, Renaud Muselier rappelle en premier lieu un fait précis. En 2021, Alpes d’Azur avait elle-même demandé et obtenu la compétence des transports. Depuis cette date, la région assure donc le TAD sans y être juridiquement tenue. Autrement dit, elle rendait un service qu’elle n’avait plus l’obligation de fournir. En conséquence, le président de région accuse Ginésy de refuser d’assumer ses propres compétences. Il qualifie même sa mauvaise foi d’effrayante.
Éric Ciotti s’est ensuite mêlé au conflit vendredi soir. Le maire de Nice a notamment pris position sur X en faveur des habitants des vallées. Il réclame ainsi le maintien du transport à la demande. Sur le fond, il rejoint donc Ginésy. Sur la forme cependant, il va plus loin en accusant Muselier de vulgarité crasse. Cette attaque personnelle élève encore davantage le niveau de tension.
Ce conflit ne se limite d’ailleurs pas au clivage droite-gauche. Le député Rassemblement National Lionel Tivoli et Virginie Escalier, maire de Toudon, ont également adressé un courrier commun à Muselier. Ils rejettent en particulier le motif de faible fréquentation avancé pour justifier la suppression. Leur argument est simple : on ne peut pas demander aux habitants de réduire l’usage de la voiture tout en leur supprimant les transports en commun. Cette contradiction frappe en effet au cœur du discours écologique porté par les institutions.
Ce nouvel épisode s’ajoute de surcroît à une série de tensions entre la région et les Alpes-Maritimes. Au printemps dernier, Muselier et Ciotti s’étaient déjà violemment affrontés. Le sujet portait alors sur le retrait de Nice de l’organisation des JO d’Hiver 2030. Chacun rejetait la faute sur l’autre. La relation entre les deux hommes ne s’est visiblement pas améliorée depuis.
Pour les 34 communes rurales d’Alpes d’Azur, l’enjeu dépasse néanmoins largement la querelle politique. En réalité, ces villages disposent de peu d’alternatives au TAD. Les routes de montagne rendent les trajets longs et parfois dangereux. De plus, beaucoup d’habitants âgés ne conduisent plus. Sans transport à la demande, leur isolement risque par conséquent de s’aggraver considérablement.
La suppression des deux lignes nocturnes Cannes-Nice et Cannes-Grasse pose quant à elle un autre problème. En effet, ces bus permettaient aux travailleurs de nuit et aux fêtards de rentrer en sécurité. Sans cette option, certains prendront donc leur voiture après une soirée. D’autres renonceront tout simplement à se déplacer.
À dix jours de l’entrée en vigueur de ces suppressions, aucune solution de remplacement ne semble pourtant se dessiner. Le bras de fer politique entre la région et les élus locaux monopolise encore le débat. En attendant, les habitants des vallées espèrent que leurs représentants trouveront un terrain d’entente avant le 1er septembre. Le temps presse.

