La ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, a salué la conclusion des négociations conventionnelles entre l’Assurance maladie et les organisations représentatives des infirmiers libéraux, finalisées le 1er avril 2026. Cet accord, qui s’inscrit dans le prolongement de la loi du 27 juin 2025 réformant la profession, redessine en profondeur les contours de l’exercice infirmier en ville. Il repose sur trois orientations majeures : une revalorisation des actes les plus courants, un élargissement des compétences et une amélioration de l’organisation des soins sur l’ensemble du territoire. Cette évolution intervient dans un contexte de pression croissante sur le système de santé, liée notamment au vieillissement de la population et aux tensions démographiques dans certaines zones.
Au cœur de cet accord figure une augmentation des tarifs des actes techniques les plus fréquemment réalisés. Les soins du quotidien, tels que les injections, les pansements ou les prélèvements, bénéficient d’une revalorisation globale proche de 10 %. Cette mesure, attendue de longue date, vise à mieux reconnaître l’importance de ces interventions, qui constituent une part essentielle de l’activité des infirmiers à domicile. Elle contribue également à renforcer l’attractivité de l’exercice libéral, en particulier pour les jeunes diplômés susceptibles de s’installer dans des territoires où l’offre de soins est insuffisante. En améliorant les conditions économiques de la profession, l’accord cherche à garantir une présence durable de ces acteurs de proximité.
Parallèlement, le champ des compétences s’élargit avec l’introduction progressive de consultations infirmières structurées. Ces rendez-vous, dont le déploiement s’étendra entre 2026 et 2028, seront rémunérés à hauteur de 20 euros. Ils s’adressent en priorité aux patients atteints de maladies chroniques, comme le diabète ou les pathologies cardiovasculaires, et visent à renforcer le suivi des traitements ainsi que les actions de prévention. Dans cette logique, la création du rôle d’infirmier référent constitue une innovation importante. Ce professionnel devient un interlocuteur privilégié pour les patients les plus fragiles, assurant une coordination renforcée avec le médecin traitant et contribuant à éviter les ruptures de parcours de soins.
L’accord introduit également des mesures destinées à améliorer l’accès aux soins, en particulier dans les territoires où l’offre médicale est limitée. Il devient possible, dans certaines situations, de consulter directement un infirmier sans prescription préalable. Cette évolution concerne notamment la prise en charge des plaies, dont le niveau de complexité détermine la tarification, mais aussi certaines situations relevant des soins non programmés. Des protocoles spécifiques permettent ainsi d’intervenir rapidement pour des affections courantes, comme des blessures légères ou des traumatismes bénins. Ce dispositif répond à une demande croissante de soins immédiats, notamment dans les zones rurales où les délais pour obtenir un rendez-vous médical peuvent être particulièrement longs.
Les patients les plus dépendants font également l’objet d’une attention renforcée. Le bilan de soins infirmiers a été révisé afin de mieux prendre en compte la complexité des situations, en intégrant des dimensions comme la mobilité ou l’état nutritionnel. De nouveaux actes de suivi sont introduits pour les besoins intermédiaires, notamment en matière de surveillance à distance ou de soins post-opératoires. Les infirmiers en pratique avancée, dont la formation correspond à un niveau master, voient leurs missions élargies. Ils peuvent désormais intervenir plus directement auprès des patients, avec une revalorisation significative de leurs consultations et des possibilités accrues de renouvellement des traitements. Leur rôle devient central dans la prise en charge des maladies chroniques, contribuant à désengorger les cabinets médicaux.
L’organisation du travail est également adaptée pour garantir la continuité des soins. Les règles encadrant le recours aux remplaçants sont ajustées afin d’assurer une présence constante, y compris dans les territoires les plus isolés. Cet aspect est essentiel pour maintenir un service de qualité en cas d’absence temporaire des titulaires.
L’ensemble de ces mesures s’inscrit dans un cadre budgétaire de près de 500 millions d’euros sur la période 2026-2029. Ce financement traduit une volonté de moderniser le système de santé en renforçant la place des infirmiers libéraux, qui représentent aujourd’hui un maillon essentiel du parcours de soins. Avec environ 110 000 professionnels réalisant près de 800 millions d’actes chaque année, leur rôle apparaît déterminant pour répondre aux besoins croissants de la population.
Concrètement, la revalorisation des actes techniques se traduit par une augmentation des tarifs, passant par exemple d’environ 6,50 euros à plus de 7 euros en moyenne. Les nouvelles consultations infirmières, limitées dans un premier temps à un certain nombre par patient, devraient générer une activité significative, notamment auprès des millions de personnes atteintes de maladies chroniques. Le dispositif d’infirmier référent, intégré au dossier médical partagé, permettra un suivi plus efficace de nombreux patients en affection de longue durée, avec un impact attendu sur la réduction des hospitalisations évitables.
L’accès direct aux soins infirmiers, inspiré de pratiques déjà en vigueur dans d’autres pays, couvre désormais une part importante des demandes courantes. Les protocoles encadrant ces interventions garantissent leur sécurité et leur efficacité, tout en offrant une réponse rapide aux besoins des patients. Les soins non programmés, organisés à l’échelle régionale, permettent une prise en charge rapide, y compris en dehors des horaires habituels.
Les infirmiers en pratique avancée voient également leur rôle renforcé, avec une hausse notable de leurs honoraires et une capacité accrue à suivre les patients sur le long terme. Cette évolution contribue à alléger la charge pesant sur les médecins généralistes, en particulier dans les zones où l’offre médicale est insuffisante.
Au-delà des aspects financiers et organisationnels, cette réforme marque une transformation structurelle du système de santé. Elle positionne les infirmiers libéraux comme des acteurs à part entière de la coordination des soins, capables d’intervenir à différents niveaux du parcours patient. Les effets attendus incluent une amélioration de l’accès aux soins, notamment en milieu rural, ainsi qu’une réduction des hospitalisations évitables et des coûts associés.
Cette dynamique s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’avenir du système de santé, confronté à des défis multiples. En valorisant les compétences des infirmiers et en renforçant leur rôle, les pouvoirs publics cherchent à construire un modèle plus résilient, fondé sur la proximité et la prévention. Les investissements engagés témoignent de cette ambition, avec l’objectif de répondre de manière durable aux besoins de la population tout en maîtrisant les dépenses publiques.

