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Versailles : restauration du bosquet de la Salle des Marronniers

Par Assia Bedja
Publié le 12 janvier 2026 à 00h09 – Temps de lecture : 5 minutes

Le bosquet de la Salle des Marronniers, discret mais emblématique, situé au cœur des jardins du château de Versailles entre la Colonnade et le Jardin du Roi, fait actuellement l’objet d’une restauration complète. Cette opération, qui a débuté en novembre 2025 et devrait se conclure à l’été 2026, vise à restaurer l’ensemble des sols, des treillages, des éléments de marbre et des plantations, en particulier le double alignement de marronniers qui constitue la signature de ce bosquet. Elle s’inscrit dans la continuité de la recomposition générale des jardins de Versailles entreprise depuis les années 1990 et répond à l’état de dégradation avancé que présentait le site, menaçant à la fois sa stabilité et son intégrité esthétique.

Le bosquet de la Salle des Marronniers possède une histoire complexe, reflet des goûts et des usages successifs des jardins sous l’Ancien Régime. Conçu dès 1678 par André Le Nôtre, il fut d’abord connu sous le nom de galerie d’Eau, puis rebaptisé galerie des Antiques en 1680 lorsque des copies de sculptures antiques y furent installées. À cette époque, le bosquet affichait un décor particulièrement riche et élaboré : une île centrale pavée de marbre polychrome, entourée d’un canal ponctué de jets d’eau et de sculptures disposées sur des piédestaux. À l’une des extrémités, un « gouffre » en spirale servait à évacuer l’eau vers le bassin du char d’Apollon, légèrement en contrebas. L’ensemble était complété par deux groupes de bronze, des Amours de Jean-Baptiste Tuby et deux dauphins de Jacques Houzeau, aujourd’hui disparus. Ces éléments témoignaient de la sophistication des aménagements et de la volonté de créer un espace à la fois décoratif et théâtral, où l’eau, la pierre et la végétation étaient harmonieusement combinées.

En 1704, le bosquet prend son nom actuel lors de sa transformation par Jules Hardouin-Mansart. Cette refonte marque une simplification du décor, adaptée aux nouvelles sensibilités esthétiques de l’époque. La forme longue et étroite du bosquet est conservée, tout comme ses hauts treillages qui structurent l’espace végétal. Six niches sont ajoutées dans les treillages pour accueillir des statues et les extrémités hémicycliques sont ornées de deux vastes bassins surmontés de vasques de marbre. L’île centrale, qui constituait le point focal du site, est remplacée par deux alignements de marronniers, conférant au bosquet sa silhouette caractéristique. Le décor antique disparaît, et un nouveau programme sculptural s’installe avec huit bustes de marbre sur gaines disposés dans quatre niches latérales, tandis que des bancs de marbre sont ajoutés pour le confort et l’esthétique.

Au fil des siècles, le bosquet a connu des interventions ponctuelles, dont la palissade de treillage restaurée en 1915-1916 sous une forme basse. En 1989, une nouvelle restauration a été menée pour restituer l’état de 1704, avec un rehaussement des treillages basé sur une gravure du XVIIIe siècle choisie comme référence. Malgré ces interventions, le site a progressivement souffert de l’usure du temps et des éléments, nécessitant aujourd’hui une restauration complète et cohérente.

Avant l’intervention de 2025, le bosquet présentait un état de dégradation préoccupant. Les sols étaient fortement ravinés par le ruissellement, avec des fondations apparentes et une perte de planéité qui compliquait la circulation et mettait en péril la stabilité des aménagements. Les plantations, notamment les marronniers et les charmilles, montraient des signes de dépérissement avancé, parfois irréversibles. Les éléments bâtis et décoratifs, tels que les treillages, les bassins, la statuaire et le mobilier, étaient également très altérés : treillages en fin de vie, bassins fracturés, déchaussement des marbres, socles et gaines fragilisés, supports métalliques oxydés, mobilier encrassé et dégradé.

Pour répondre à cette situation, la restauration 2025-2026 est structurée en trois grandes étapes. La première concerne la composition paysagère : remise à niveau des sols, remplacement ou taille adaptée des plantations et conservation des alignements de marronniers et des charmilles selon leur disposition historique. La seconde étape porte sur les treillages, entièrement remplacés pour garantir leur stabilité et leur esthétique. Enfin, la troisième étape concerne les ouvrages de maçonnerie et de marbrerie, incluant les bassins, les vasques et les éléments décoratifs en pierre, afin de restituer l’intégralité de la scénographie du bosquet. Cette intervention permet non seulement de préserver le patrimoine architectural et végétal, mais aussi de restituer la cohérence historique de l’ensemble.

La restauration est rendue possible grâce à l’appui de mécènes engagés. La Fondation Philanthropia, la Maison Hennessy et Madame Marie-Catherine Anouilh ont apporté leur soutien financier, témoignant de l’importance du partenariat entre institutions publiques et acteurs privés dans la préservation du patrimoine national. Leur contribution permet de garantir que le bosquet retrouvera son éclat et sa fonction originale, offrant aux visiteurs un espace à la fois esthétique et pédagogique.

Crédit photo : Château de Versailles / T. Garnier