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Tour Eiffel : 72 femmes de sciences en lettres d’or

Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 2 février 2026 à 11h46 – Temps de lecture : 5 minutes

Pendant longtemps, la tour Eiffel a raconté une histoire incomplète. Depuis son inauguration en 1889, le monument célébrait le progrès scientifique en inscrivant, en lettres d’or, 72 noms de savants français autour de son premier étage. Une frise prestigieuse, pensée comme un hommage à la science et à l’ingénierie, mais qui ne faisait apparaître qu’une seule moitié de cette histoire : celle des hommes. Plus d’un siècle après, cette vision s’apprête à évoluer avec l’arrivée annoncée de 72 femmes scientifiques, dont les noms viendront désormais dialoguer avec ceux déjà présents sur l’un des monuments les plus visités au monde.
Ce projet d’envergure est né au printemps 2025 à l’initiative conjointe de la Ville de Paris, de la Société d’exploitation de la Tour Eiffel (SETE) et de l’association Femmes & Sciences. L’objectif affiché est clair : redonner leur place à des femmes qui ont marqué durablement la recherche scientifique et l’ingénierie en France, mais qui ont trop souvent été invisibilisées dans les récits officiels au profit de leurs homologues masculins. À travers cette nouvelle frise, la tour Eiffel s’apprête à devenir le support d’une reconnaissance symbolique forte, à la fois patrimoniale, culturelle et politique.
La sélection des 72 noms proposés est le fruit d’un travail collectif approfondi mené par l’association Femmes & Sciences. Huit réunions se sont tenues à partir de juin 2025, sous l’égide d’un comité coprésidé par Isabelle Vauglin, astrophysicienne et vice-présidente de l’association, et Jean-François Martins, président de la SETE. Les critères retenus, rendus publics dans un rapport diffusé en septembre 2025, ont permis d’aboutir à une liste équilibrée, couvrant environ 250 ans d’histoire scientifique sur le territoire français et représentant l’ensemble des grandes disciplines.
Le principe d’égalité a guidé l’ensemble de la démarche. Les noms des femmes seront inscrits dans les mêmes conditions que ceux des savants déjà présents : au premier étage de la tour Eiffel, en lettres d’or, avec une typographie strictement identique. Il s’agit donc d’une intégration pleine et entière dans ce Panthéon scientifique imaginé par Gustave Eiffel.
Pour la maire de Paris, Anne Hidalgo, cette décision porte une dimension profondément inspirante. Elle souligne l’importance de permettre aux jeunes générations, et en particulier aux jeunes filles, de se projeter dans des carrières scientifiques en voyant des noms féminins associés à un monument universellement reconnu. Médecine, mathématiques, chimie, biologie, informatique, ingénierie, physique, astrophysique ou climatologie : toutes ces disciplines trouvent leur place dans cette liste, rappelant que les grands défis contemporains ne pourront être relevés sans la science ni sans les femmes.
Jean-François Martins inscrit, quant à lui, cette initiative dans la continuité du sens même de la tour Eiffel. Conçue comme une célébration du génie humain et de la foi dans le progrès, la tour affirme aujourd’hui que l’égalité est une condition essentielle pour relever les enjeux de la connaissance, du climat et de l’avenir.
Isabelle Vauglin insiste sur la portée historique de cette reconnaissance. Inscrire autant de savantes que de savants sur un monument d’une telle visibilité internationale contribue, selon elle, à intégrer pleinement les femmes dans le récit des découvertes scientifiques. Ce geste, appelé à marquer durablement les esprits, pourrait servir d’exemple dans d’autres domaines où les femmes demeurent insuffisamment reconnues.
La liste remise officiellement à la maire de Paris s’étend de l’Ancien Régime à l’époque contemporaine. Elle commence avec Angélique Du Coudray, obstétricienne née en 1712, et s’achève avec Yvonne Choquet-Bruhat, physicienne et mathématicienne disparue en 2025. Elle rassemble 72 noms : Denise Albe-Fessard, Yvette Amice, Jeanne Baret, Denise Barthomeuf, Madeleine Brès, Yvonne Choquet-Bruhat, Simonne Caillère, Yvette Cauchois, Edmée Chandon, Marthe Condat, Anita Conti, Eugénie Cotton, Radhia Cousot, Odile Croissant, Marie Curie, Augusta Déjérine, Henriette Delamarre, Georgette Délibrias, Nathalie Demassieux, Rose Dieng, Angélique Du Coudray, Louise Du Pierry, Henriette Mathieu-Faraggi, Jacqueline Ferrand, Jacqueline Ficini, Rosalind Franklin, Marthe Gautier, Sophie Germain, Jeanne Guiot, Geneviève Guitel, Sébastienne Guyot, Claudine Hermann, Andrée Hoppilliard, Marie-Louise Dubreil-Jacotin, Irène Joliot-Curie, Geneviève Jourdain, Dorothéa Klumpke, Lydie Koch, Colette Kreder, Nicole Laroche, Cornélie Lebon-de Brambilla, Yolande Le Calvez, Paulette Libermann, Marianne Grunberg-Manago, Nicole Mangin, Cécile Morette, Edith Mourier, Ethel Moustacchi, Suzanne Noël, Yvonne Odic, Isabelle Olivieri, Marie-Louise Paris, Marguerite Perey, Claudine Picardet, Alberte Pullman, Pauline Ramart, Lucie Randoin, Alice Recouque, Michelle Schatzman, Anne-Marcelle Schrameck, Marie-Hélène Schwartz, Josiane Serre, Alice Sollier, Hélène Sparrow, Bianca Tchoubar, Marie-Antoinette Tonnelat, Thérèse Tréfouël, Agnès Ullmann, Arlette Vassy, Suzanne Veil, Jeanne Villepreux et Toshiko Yuasa.
Avant toute inscription définitive, cette liste sera soumise pour avis aux Académies des Sciences, des Technologies et de Médecine. Une fois la validation obtenue, les travaux nécessaires à l’installation de cette nouvelle frise pourront être engagés sur le monument historique.
Parallèlement, la Ville de Paris a lancé un appel à contribution afin de pallier le manque d’archives concernant certaines de ces scientifiques. Une adresse électronique dédiée a été mise en place pour recueillir témoignages, documents et informations, notamment auprès des descendants, afin d’enrichir la mémoire collective et de rendre un hommage aussi complet que possible.