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Le préfet du Var reconduit l’interdiction du protoxyde d’azote dans l’espace public

Par Jonathan Caron
Publié le 25 janvier 2026 à 13h17 – Temps de lecture : 6 minutes

Le préfet du Var a reconduit, par arrêté du 20 janvier 2026, l’interdiction de détention, de transport et de consommation de protoxyde d’azote à des fins détournées sur l’ensemble des voies et espaces publics du département. Cette décision, applicable tous les jours de la semaine jusqu’au 2 février 2026, s’inscrit dans une volonté affirmée de lutter contre un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur et dont les conséquences sanitaires, sécuritaires et environnementales deviennent de plus en plus préoccupantes. L’arrêté interdit également de jeter ou d’abandonner dans l’espace public des cartouches ou tout autre récipient sous pression ayant contenu ce gaz, répondant ainsi à une pollution visible et récurrente constatée dans de nombreuses communes.

Utilisé à l’origine comme gaz propulseur dans les siphons à chantilly ou en médecine pour ses propriétés anesthésiantes, le protoxyde d’azote connaît depuis quelques années un usage détourné inquiétant. Inhalé pour ses effets euphorisants, ce gaz incolore et peu coûteux est devenu une substance prisée dans les milieux festifs, notamment chez les jeunes. Les autorités sanitaires alertent sur les dangers de cette pratique, qui expose à deux types de risques majeurs. Les risques immédiats comprennent l’asphyxie par manque d’oxygène, la perte de connaissance, les brûlures dues au froid du gaz expulsé de la cartouche, la perte du réflexe de toux avec risque de fausse route, ainsi que la désorientation et les vertiges pouvant entraîner des chutes. En cas d’utilisation régulière ou à forte dose, les consommateurs s’exposent à des atteintes de la moelle épinière, des carences en vitamine B12, une anémie et des troubles psychiques parfois durables.

Ce phénomène, identifié depuis de nombreuses années, notamment dans le milieu festif, connaît une recrudescence inquiétante chez les jeunes, parfois en dehors de tout contexte festif, accentuant la banalisation de son usage. L’évolution des pratiques de consommation en fait désormais la troisième substance la plus consommée, malgré son inscription sur la liste des substances vénéneuses par arrêté du 17 août 2001. Cette pratique se développe massivement et régulièrement en divers lieux de l’espace public, multipliant les comportements anormalement agités de certaines personnes et les risques associés de troubles à l’ordre public, tels que les nuisances sonores, les troubles à la tranquillité publique, les rixes et les accidents de la circulation.

Dans le Var, les services de police et de gendarmerie, comme les élus et les associations, signalent régulièrement des faits liés à la vente et à la consommation de protoxyde d’azote pour un usage détourné de son usage initial. Les forces de l’ordre constatent une augmentation très nette de la conduite sous l’effet de substances psychoactives dans le département. La consommation détournée du protoxyde d’azote produit des effets qui altèrent considérablement et dangereusement la capacité à conduire un véhicule, notamment la perte des réflexes, les troubles de la vision, l’augmentation du temps de réaction, la perte de contrôle et de coordination motrice, la somnolence, les vertiges ou encore la confusion mentale.

Au cours de l’année 2025, une forte suspicion de consommation de protoxyde d’azote au volant s’est fait jour dans le cadre de plusieurs accidents de la voie publique. Le 1er janvier 2025, une bouteille de protoxyde d’azote a été retrouvée dans le véhicule à l’origine d’un accident ayant engendré des dégâts sur le domaine public, place Noël Blanche, à Toulon. Le 9 novembre 2025, le conducteur d’un véhicule retrouvé accidenté au petit péage de Bandol avait été signalé peu avant comme consommant du protoxyde d’azote et conduisant dangereusement. En décembre 2025, un contrôle routier a révélé que trois personnes transportaient du protoxyde d’azote à bord de leur véhicule. Le 6 décembre 2025, trois personnes ont été interpellées à bord de deux véhicules qui circulaient à vive allure dans le quartier de la Beaucaire à Toulon. Lors du contrôle, il s’est avéré qu’elles tenaient à la main des ballons gonflés avec deux bonbonnes de protoxyde d’azote.

Ces incidents illustrent la dangerosité de cette pratique, qui met en danger non seulement les consommateurs eux-mêmes, mais également les autres usagers de la route. Le 30 décembre 2025, seize bonbonnes de protoxyde d’azote accompagnées de 1 595 ballons et embouts prêts à la vente ont été découverts à la suite d’un contrôle dans une épicerie toulonnaise, démontrant l’ampleur du trafic et la facilité d’accès à ces produits malgré les restrictions existantes.

L’usage détourné du protoxyde d’azote génère également une pollution environnementale récurrente, visible et incitative, qui peut s’avérer dangereuse pour les usagers de la voie publique, notamment les piétons. Les cartouches métalliques abandonnées jonchent régulièrement les espaces publics, créant une forme de pollution spécifique qui banalise visuellement la consommation et encourage de nouveaux usages. Cette pollution pose par ailleurs des problèmes techniques majeurs pour les services de gestion des déchets, les petites bonbonnes pouvant exploser lorsqu’elles sont compactées, mettant en danger les installations et les agents.

L’arrêté préfectoral autorise les forces de l’ordre à verbaliser les contrevenants et à procéder à la saisie des contenants de protoxyde d’azote. Les infractions exposent leurs auteurs aux sanctions prévues par la réglementation en vigueur. Inciter un mineur à faire un usage détourné du protoxyde d’azote est puni de 15 000 euros d’amende, conformément à l’article L.3611-1 du code de la santé publique. Le fait de déposer, d’abandonner, de jeter ou de déverser illégalement ces déchets en lieu public ou privé est passible d’une amende de troisième et quatrième classes, selon l’article R.634-2 du code pénal.

Les dispositions du présent arrêté ne s’appliquent pas aux usages professionnels ou médicaux dûment justifiés du protoxyde d’azote, préservant ainsi les utilisations légitimes de ce gaz dans les secteurs de la santé, de l’industrie ou de la restauration. Cette distinction permet de cibler spécifiquement les usages récréatifs détournés sans pénaliser les professionnels qui en ont un usage régulier et encadré.

Cette mesure préfectorale s’inscrit dans le cadre de la loi du 1er juin 2021 tendant à prévenir les usages dangereux du protoxyde d’azote, qui a renforcé l’arsenal juridique permettant aux autorités de lutter contre ce phénomène. Face à un usage qui se banalise et dont les conséquences se multiplient, les pouvoirs publics tentent d’endiguer une pratique qui menace la santé des jeunes et la sécurité collective, tout en appelant à une prise de conscience généralisée sur les dangers réels associés à cette substance.