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Plaine Commune : le territoire change de mains

Par Assia Bedja
Publié le 27 avril 2026 à 15h24 – Temps de lecture : 4 minutes

Le 21 avril 2026 restera une date marquante dans l’histoire politique de la Seine-Saint-Denis. Ce soir-là, au terme d’un scrutin très attendu, Bally Bagayoko a été élu à la présidence de Plaine Commune, l’intercommunalité qui regroupe neuf villes du nord de la petite couronne parisienne. Avec 46 voix obtenues face aux 32 de son rival Karim Bouamrane, maire socialiste de Saint-Ouen, le nouveau maire de Saint-Denis a confirmé l’ascension d’une gauche radicale qui s’impose désormais comme la force dominante de ce territoire. Cette élection marque un tournant dans un département qui a longtemps incarné les contradictions et les recompositions d’une gauche française en quête de repères, et qui se retrouve aujourd’hui à l’avant-garde d’une nouvelle expérience politique.
Pour comprendre la portée de ce résultat, il faut revenir aux élections municipales de mars 2026. Bally Bagayoko, à la tête d’une liste portée par l’alliance entre La France insoumise et le Parti communiste français, a remporté la mairie de Saint-Denis dès le premier tour avec 50,9 % des suffrages exprimés, un score qui ne laissait aucun doute sur l’ampleur de la vague. Sa victoire a mis fin à plusieurs décennies de gestion socialiste dans la ville, faisant tomber Mathieu Hanotin, le maire sortant qui avait conquis la mairie en 2020 en battant les communistes qui la détenaient de longue date. Saint-Denis passait ainsi en quelques années du Parti communiste au Parti socialiste, puis du PS à LFI, épousant les recompositions profondes d’une gauche en pleine mutation. Ce glissement illustre la rapidité avec laquelle les équilibres politiques peuvent se redistribuer dans un territoire aussi dense et aussi divers que la Seine-Saint-Denis.
Le passage de la mairie à la présidence de l’intercommunalité n’était pas automatique, et c’est là que les choses se sont compliquées. Plaine Commune est une structure complexe, une coopérative de villes comme ses dirigeants aiment à la qualifier, où les équilibres politiques entre les différentes communes membres jouent un rôle déterminant. Or, Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen et figure montante du Parti socialiste, n’entendait pas laisser le champ libre à LFI sans se battre. Il a brandi une menace lourde de conséquences : si Bagayoko était élu, Saint-Ouen pourrait cesser de verser ses contributions financières à l’intercommunalité, soit plus de 26 millions d’euros par an, impactant directement les villes les plus pauvres du territoire. Cette posture offensive, jugée par certains élus comme une forme de chantage, a contribué à cristalliser les tensions autour d’un scrutin qui dépassait largement les frontières de la Seine-Saint-Denis.
De son côté, Bally Bagayoko a tenu une ligne constante tout au long de la campagne. Il a promis de respecter le principe coopératif qui fonde Plaine Commune, d’associer toutes les communes membres aux décisions et de ne pas transformer l’intercommunalité en instrument au service d’une seule formation politique. Un discours de rassemblement qui a visiblement convaincu une majorité des élus : 46 voix se sont portées sur son nom, contre 32 pour Bouamrane et une voix isolée pour Sofia Boutrih, maire-adjointe de Saint-Denis, qui n’était pas candidate.
L’élection de Bally Bagayoko à la tête de Plaine Commune ouvre une période inédite pour ce territoire qui concentre certains des enjeux les plus aigus de la métropole parisienne : logement, emploi, rénovation urbaine, héritage des Jeux olympiques de 2024, arrivée du Grand Paris Express. La menace de Saint-Ouen de se retirer des contributions financières rappelle que les équilibres au sein de Plaine Commune restent fragiles et que la gouvernance de ce territoire exigera sens du compromis autant que volonté politique. Pour LFI, cette double victoire représente une implantation locale d’une portée symbolique considérable : gouverner une intercommunalité de cette taille, au cœur de l’Île-de-France, à quelques kilomètres de Paris, c’est disposer d’un terrain d’expérimentation et d’une tribune dont peu de mouvements politiques peuvent se prévaloir.