Judith Godrèche a présenté Mémoire de fille ce samedi 16 mai au Festival de Cannes, dans la section Un certain regard. Avec ce nouveau long métrage, la réalisatrice adapte le livre autobiographique d’Annie Ernaux, publié en 2016. Elle revient ainsi sur un épisode décisif de la jeunesse de l’écrivaine.
Le récit nous emmène en août 1958. Annie Duchesne, qui deviendra plus tard Annie Ernaux, quitte Yvetot et l’épicerie familiale de ses parents. Elle a 17 ans et part travailler comme monitrice dans une colonie de vacances. Cette parenthèse doit lui offrir une forme de liberté. Pourtant, elle se transforme vite en expérience rude, marquée par le désir, la honte et le rejet.
Dans cette colonie, la jeune Annie vit sa première relation sexuelle avec un homme. Ce moment la bouleverse. Ensuite, l’homme la repousse, mais elle continue de chercher son regard. Autour d’elle, le groupe ne la protège pas. Au contraire, plusieurs animateurs la jugent, la raillent et l’isolent. Judith Godrèche filme cette violence sociale avec une grande attention portée au corps et au visage de son héroïne.
Le rôle principal revient à Tess Barthélemy, fille de la réalisatrice. Elle apparaît dans presque toutes les scènes et porte le film avec une présence très intime. La caméra reste souvent près d’elle, parfois comme si le spectateur se trouvait dans sa tête. Ce choix donne au récit une dimension sensible et presque physique. Il permet aussi de suivre le trouble de cette adolescente qui tente de comprendre ce qu’elle traverse.
Avant la projection, Judith Godrèche a pris la parole sur la scène du Théâtre Debussy. Elle a rappelé combien les livres d’Annie Ernaux l’avaient accompagnée dans sa vie de femme et d’artiste. Selon elle, la violence cherche à transformer les personnes en objets. Face à cela, chacun doit lutter pour redevenir un sujet libre. Cette idée traverse le film et donne son axe à cette adaptation.
La présence d’Annie Ernaux à Cannes a renforcé la portée symbolique de la soirée. Prix Nobel de littérature en 2022, l’écrivaine a vu son texte passer de la page à l’écran. Ce passage se fait sous le regard d’une cinéaste devenue l’une des voix majeures du mouvement #MeToo dans le cinéma français. Judith Godrèche a porté cette cause au premier plan après sa plainte pour viol sur mineur contre le réalisateur Benoît Jacquot en 2024.
Mémoire de fille arrive donc dans un contexte très particulier. Le film ne se contente pas de raconter un souvenir intime. Il interroge aussi la manière dont une jeune femme peut se reconstruire après une humiliation. Puis, il montre comment elle peut reprendre la maîtrise de son histoire. En adaptant ce livre, Judith Godrèche relie l’expérience d’Annie Ernaux à des débats très actuels sur le consentement, la domination et la parole des femmes.
Le film sortira en salles le 30 septembre 2026. D’ici là, son passage à Cannes devrait nourrir les discussions autour de l’adaptation. Il devrait aussi relancer les échanges sur le regard féminin et sur la place accordée aux récits de jeunesse blessée.

