La Métropole Toulon Provence Méditerranée franchit une étape majeure dans la transition écologique de son littoral. Avec le projet de connexion électrique des navires à quai, baptisé CENAQ, Toulon est devenu le premier port de Méditerranée à électrifier l’ensemble de ses postes d’accostage. Concrètement, les bateaux qui font escale peuvent désormais se brancher sur le réseau terrestre et couper leurs groupes électrogènes pendant toute la durée de leur arrêt. C’est un changement profond pour une ville portuaire où le trafic de ferries et de croisières rythme la vie économique depuis des décennies.
Pour comprendre l’enjeu, il faut rappeler ce qui se passait jusque-là. Un navire à quai garde habituellement ses moteurs auxiliaires allumés pour alimenter l’éclairage, la climatisation et l’ensemble des équipements de bord. Ces moteurs fonctionnent au fioul et rejettent en continu des particules fines, des oxydes d’azote et du soufre, à quelques mètres seulement des habitations et des promeneurs. Le branchement électrique à quai supprime cette source de pollution pendant l’escale. Selon la Métropole, le dispositif permet une réduction de 80 % du temps d’émission de polluants à quai. En outre, il fait disparaître le bruit sourd des machines et les vibrations qui gênaient les riverains, tout en améliorant nettement la qualité de l’air respiré sur le front de mer.
Le projet ne se limite pas à une simple prise de courant géante. Il repose en effet sur une architecture énergétique pensée pour durer. L’électricité distribuée provient d’abord du réseau ENEDIS, mais elle s’appuie aussi sur un champ photovoltaïque installé sur le parking du terminal. Cette ombrière abrite 700 à 800 véhicules en attente d’embarquement et produit, dans le même temps, une part de l’énergie consommée par les navires. Une pile à hydrogène viendra compléter ce trio dans une phase ultérieure. L’installation délivre une puissance considérable, avec une alimentation en 6 600 et 11 000 volts et une distribution comprise entre 1 et 12 mégawattheures, de quoi répondre aux besoins des plus gros ferries comme des paquebots de croisière.
Le calendrier témoigne d’une montée en charge progressive. Dès l’automne 2024, le système est devenu opérationnel pour les premiers ferries. L’année 2025 a ensuite marqué la mise en service élargie, à la fois pour les ferries et pour les escales de croisière, accompagnée de tests supplémentaires destinés à fiabiliser l’ensemble. Désormais, l’exploitation quotidienne suit son cours. Depuis février 2025, la Chambre de commerce et d’industrie du Var assure la gestion de l’infrastructure, un rôle naturel pour l’organisme qui administre déjà les installations portuaires du territoire.
Du côté des compagnies maritimes, l’adoption se poursuit pas à pas. Corsica Ferries, premier transporteur de passagers entre le continent et la Corse, raccorde sa flotte au fur et à mesure. L’ensemble de ses dix navires doit être rendu connectable au cours de l’année 2026. Cette adaptation des bateaux représente un investissement lourd pour les armateurs, car elle suppose de modifier les installations électriques de bord. Elle conditionne pourtant l’efficacité réelle du dispositif, puisqu’un quai électrifié ne sert pleinement que si les navires qui s’y amarrent sont eux-mêmes équipés pour s’y brancher.
Un tel chantier n’aurait pas vu le jour sans un financement partagé entre plusieurs partenaires publics. Le coût total atteint 22 millions d’euros. L’Europe a contribué à hauteur de 4,3 millions, l’État pour 3,18 millions, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur pour 2,3 millions et le Département du Var pour 3,6 millions. Cette mobilisation conjointe illustre la dimension stratégique du projet, qui dépasse largement le seul cadre toulonnais. Le CENAQ s’inscrit en effet dans le plan régional Escales Zéro Fumée, une démarche qui vise à généraliser l’électrification des ports de la façade méditerranéenne pour assainir l’air des villes côtières.
Pour les habitants de Toulon et de son agglomération, le bénéfice se mesure d’abord à hauteur de quotidien. Les quartiers proches du port respirent un air plus sain et retrouvent un calme longtemps perturbé par le ronronnement des moteurs à l’arrêt. La Métropole montre ainsi qu’une grande infrastructure de transport peut se réconcilier avec son environnement urbain immédiat. En prenant les devants sur la Méditerranée, le territoire varois se place parmi les pionniers d’une navigation plus propre, dont l’exemple pourrait inspirer d’autres ports confrontés aux mêmes défis.

