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Environnement : une forêt libre naît à Ferrières

Par Renaud Morelli
Publié le 11 juillet 2026 à 09h10 – Temps de lecture : 4 minutes

La forêt régionale de Ferrières, dans l’est de la Seine-et-Marne, abrite désormais un espace où la nature reprend seule le dessus. Par un arrêté interministériel du 28 mai 2026, une réserve biologique intégrale a été créée sur le massif, à cheval sur les communes de Bussy-Saint-Georges et de Favières. Baptisée réserve des Buronnières, elle couvre environ 84 hectares que la gestion forestière classique ne viendra plus perturber. C’est la première réserve de ce type instaurée sur un espace naturel appartenant à la Région Île-de-France.
Le principe d’une réserve biologique intégrale est simple dans son intention, exigeant dans ses conséquences. Sur le périmètre concerné, la forêt n’est plus exploitée. Les arbres ne sont ni coupés ni ramassés une fois tombés. Ils vieillissent, meurent debout ou s’effondrent, puis se décomposent lentement sur place. Ce bois mort, souvent perçu comme un signe d’abandon, devient au contraire le socle d’un cycle naturel où champignons, insectes et micro-organismes participent au renouvellement du milieu. L’objectif affiché par les gestionnaires est de laisser s’exprimer librement les dynamiques d’une forêt représentative de la Brie.
Les 84 hectares correspondent à des habitats forestiers caractéristiques de l’est francilien, notamment des hêtraies-chênaies et des chênaies pédonculées. Ces formations, longtemps façonnées par la main de l’homme, doivent progressivement retrouver une évolution spontanée. À terme, la réserve doit offrir un aperçu de ce que devient un boisement laissé à lui-même sur plusieurs décennies, un état rare et précieux dans une région aussi densément peuplée que l’Île-de-France.
L’intérêt écologique du site tient d’abord à sa faune. Les inventaires menés sur place ont recensé une grande diversité d’oiseaux forestiers, parmi lesquels le pic noir, le pic mar, le rougequeue à front blanc ou le gobemouche gris. Sept espèces d’amphibiens y ont également été relevées, dont la salamandre tachetée et le triton alpestre, deux animaux discrets attachés aux milieux humides et boisés préservés.
Ce sont toutefois les coléoptères qui donnent au lieu sa valeur scientifique la plus remarquable. Près de 400 espèces de ces insectes ont été identifiées dans le secteur. Une vingtaine d’entre elles est considérée comme déterminantes, c’est-à-dire suffisamment sensibles pour signaler la richesse d’un milieu, et une dizaine est qualifiée de reliques de forêts naturelles. Ces dernières témoignent de la présence ancienne et peu perturbée d’un couvert boisé, un héritage qui ne se reconstitue pas en quelques années. Le responsable de la gestion forestière, Loïc Eon, souligne d’ailleurs que cette biodiversité constitue l’un des principaux intérêts scientifiques de la réserve.
Cette protection a un revers pour les promeneurs. La réserve des Buronnières ne sera plus librement accessible au public. La fréquentation y sera limitée à des visites guidées ponctuelles, encadrées par les gestionnaires du site. Il s’agit d’éviter le piétinement, le dérangement de la faune et toute atteinte à des milieux appelés à se régénérer sans intervention. Le reste du massif de Ferrières, très prisé des habitants du secteur pour la marche et les loisirs de plein air, conserve en revanche sa vocation d’accueil.
La décision repose sur plus de dix années de travail conjoint entre Île-de-France Nature, gestionnaire de la forêt pour le compte de la Région, et l’Office national des forêts. Études écologiques, inventaires naturalistes et élaboration d’un plan de gestion ont précédé la reconnaissance officielle. Pour Sophie Deschiens, présidente d’Île-de-France Nature, cette création affirme la volonté de préserver durablement les espaces naturels régionaux.