La ville de Miramas vient de tourner une page attendue de longue date. Ce printemps, la municipalité, propriétaire des dix-neuf hectares du domaine Saint-Désiré, a trouvé les deux agriculteurs qui vont redonner vie à ces terres restées longtemps en friche. Léa Broucaret et Enis Gharbi, un jeune couple, s’installent sur une première partie du domaine, dans le quartier de Pougnois. Ils y élèvent des poules et s’apprêtent à cultiver une large gamme de fruits, de légumes et de plantes, entièrement en bio.
L’installation est déjà bien engagée. En ce mois de juin 2026, quelque deux cent cinquante poules ont pris leurs quartiers en plein air sur le domaine Saint-Désiré. D’ici le début du mois de juillet, elles devraient pondre leurs premiers œufs, entièrement produits sur place. Il faudra en revanche patienter davantage pour les récoltes. Les agriculteurs prévoient de planter une quarantaine d’espèces différentes dans la plaine du Pougnois, parmi lesquelles des poireaux, des pommes de terre, des aubergines, des courgettes, des figues et des grenades. Autrement dit, l’assiette des habitants pourrait bientôt se colorer de produits nés à quelques minutes du centre-ville.
Avant les premières récoltes, un travail de fond reste à mener sur les sols. Comme l’explique Léa Broucaret, la première étape consiste à fertiliser des terres longtemps laissées à l’abandon. Ce chantier a déjà commencé en amont. La Métropole est en effet intervenue pour défricher les terrains, dans le cadre de la lutte contre les incendies, une opération qui sécurise aussi les parcelles voisines. La préparation des sols proprement dite, co-financée par la Ville et le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, se déroulera à l’automne. Par ailleurs, la municipalité va réaliser un forage afin d’irriguer les cultures à l’eau brute, une ressource moins coûteuse et plus adaptée à un usage agricole que l’eau potable. Elle a également réhabilité le logement dans lequel la famille d’agriculteurs va vivre sur place.
Ce dénouement couronne une ambition portée de longue date par la commune. Aidée par la chambre d’agriculture, la Ville a lancé un appel à projet en décembre dernier, assorti d’un cahier des charges très précis. C’est la candidature de Léa et Enis qui a été retenue. Le couple ne devient pas propriétaire du domaine mais en sera locataire, un montage qui permet à la collectivité de garder la maîtrise de ces terres tout en confiant leur exploitation à des professionnels.
Pour les deux agriculteurs, l’opportunité est rare. Ils confient se sentir chanceux, car le foncier agricole se fait de plus en plus difficile à trouver, surtout aux portes d’une ville. Ils disent avoir tout de suite perçu que la municipalité souhaitait les inscrire dans une politique plus large autour de l’alimentation durable et qu’elle les accompagnerait dans la durée. Concrètement, ils se voient comme un maillon d’une chaîne locale destinée à mieux nourrir les Miramasséens. La vente se fera en direct, selon des modalités qui restent encore à préciser.
Le domaine Saint-Désiré ne s’arrête pas à ces six premiers hectares. Une autre partie est aujourd’hui occupée par les brebis de Mme Reynes. Enfin, une dernière portion, constituée d’herbe en sec, fera l’objet d’un nouvel appel à candidature à l’automne 2026. Elle sera proposée en priorité à un agriculteur ou à un éleveur déjà installé à proximité, de façon à conforter les exploitations du secteur plutôt qu’à disperser les efforts.
Ces terres ont une longue histoire. Le nom de la ferme renvoie à l’un de ses anciens propriétaires, Désiré Allemand, qui rachète le domaine à la famille Leydet en 1867. Ce professeur de littérature exploite alors huit hectares plantés d’oliviers, de vignes, de mûriers et d’arbres fruitiers, où cohabitent chevaux, cochons, poules et lapins. Il agrandit ensuite le domaine en acquérant quinze hectares de pâturages du côté de Cabasse. Plusieurs propriétaires se succèdent par la suite, jusqu’à ce que la municipalité de l’époque en fasse l’acquisition en 1982 pour constituer une réserve foncière, louée de temps à autre à des agriculteurs.
L’arrivée de Léa et Enis s’inscrit dans une démarche plus vaste de territoire nourricier. La commune entend favoriser une alimentation de qualité pour ses habitants et pour leur santé, en s’appuyant sur une agriculture respectueuse de l’environnement, sur les jardins familiaux et partagés et sur les circuits courts. Dans cette logique s’ajoutent d’autres projets, comme la future halle des marchés et des producteurs locaux, prévue sur la place Jourdan, ainsi que la construction d’une unité de préparation culinaire. Le potentiel est réel, puisque soixante-cinq pour cent du territoire de Miramas reste naturel, dont vingt-deux pour cent de terres agricoles, soit environ cinq cent soixante-cinq hectares. En remettant en culture le domaine Saint-Désiré, la Ville transforme ainsi une friche en ressource durable pour ses habitants.
Crédit photo : Ferme Saint-Désiré

