Après près de deux semaines de lutte acharnée, les nouvelles venues du massif du Gros Bessillon sont enfin encourageantes. Dans son quarante-sixième point de situation, publié ce dimanche 2 août à 21 heures, la préfecture du Var fait état d’une amélioration de la situation opérationnelle sur cet incendie qui frappe le cœur de la Provence Verte depuis le mardi 21 juillet. L’accalmie reste toutefois fragile, puisque deux reprises de feu se sont encore produites dans la journée de dimanche, rappelant que le sinistre n’est pas totalement maîtrisé.
L’ampleur du phénomène donne la mesure du combat mené par les secours. Depuis la reprise virulente survenue le vendredi 31 juillet, les flammes ont parcouru près de 1 850 hectares de forêts et de collines. Cette relance brutale, après plusieurs jours d’un feu que l’on croyait contenu, illustre le comportement redoutable des incendies estivaux en région méditerranéenne, où la sécheresse de la végétation, le relief accidenté et le moindre coup de vent peuvent ranimer des foyers que l’on pensait éteints.
Pour les habitants de Correns, ce dimanche a marqué un tournant. La préfecture a annoncé la levée des mesures de protection qui pesaient sur la commune, ce qui a permis aux personnes évacuées de regagner leur domicile. La mesure de confinement du cœur de village a également été levée. Le retour à la normale se confirme aussi sur le plan des communications, puisque les liaisons téléphoniques ont été rétablies dans le centre du village à 18 h 42, les autres secteurs devant être reconnectés progressivement. Pour ce village niché dans la vallée de l’Argens, connu pour être le premier village entièrement bio de France, la fin de l’alerte ouvre le temps du soulagement, même si les stigmates du feu marqueront durablement les paysages alentour.
La journée de dimanche a par ailleurs donné lieu à un engagement aérien massif. Six Canadair, cinq hélicoptères bombardiers d’eau et trois avions Dash se sont relayés au-dessus du massif, réalisant 225 largages au cours de la seule journée. Ces rotations incessantes témoignent de la stratégie déployée pour étouffer les reprises dès leur apparition. Les Canadair, capables d’écoper en mer avant de déverser plusieurs milliers de litres d’eau sur les flammes, travaillent de concert avec les Dash, dont le retardant chimique freine la progression du feu, tandis que les hélicoptères interviennent avec précision sur les foyers les plus difficiles d’accès.
Au sol, la mobilisation demeure tout aussi impressionnante. Un millier et demi de sapeurs-pompiers restent engagés durant la nuit pour surveiller les lisières et noyer les points chauds. Depuis le début du sinistre, 25 kilomètres de pistes de défense des forêts contre l’incendie ont été créés. Ces ouvrages, taillés dans la végétation par les engins de génie civil, permettent aux colonnes de secours d’accéder aux zones enclavées et constituent autant de coupures de combustible destinées à briser l’élan des flammes. Le bilan matériel s’avère néanmoins lourd, avec 70 habitations impactées depuis le 21 juillet, dont 41 détruites.
La sécurisation du périmètre mobilise également les forces de l’ordre. Police et gendarmerie ont contrôlé près de 500 véhicules afin de garantir que seuls les secours et les riverains autorisés circulent dans les zones sensibles. Dans le même esprit de prévention, la préfecture a prolongé jusqu’au mercredi 5 août à 8 heures son arrêté interdisant notamment le transport de carburants en récipients transportables ainsi que celui de briquets. Cette mesure exceptionnelle vise à écarter tout risque de départ de feu volontaire ou accidentel dans un secteur où la végétation, desséchée par l’été, s’embrase à la moindre étincelle.
Si l’amélioration constatée ce week-end laisse entrevoir une sortie de crise, les autorités appellent chacun à la plus grande prudence. Le feu du Gros Bessillon restera comme l’un des épisodes les plus marquants de cet été 2026 dans le Var, par son étendue comme par la durée de la mobilisation qu’il a exigée. Pour les communes de la Provence Verte, l’heure viendra ensuite de panser les plaies, d’évaluer les dégâts et de reconstruire, tandis que les milliers de soldats du feu engagés depuis la mi-juillet auront démontré, une fois encore, le rôle essentiel qu’ils jouent chaque été dans la protection des territoires varois.

