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Le verger expérimental de Roquebrune-sur-Argens livre sa première récolte

Abricots mûrs illustrant le verger expérimental de Roquebrune-sur-Argens
Par Jonathan Caron
Publié le 11 août 2026 à 11h41 – Temps de lecture : 4 minutes

C’est une étape que les techniciens attendaient depuis cinq ans. Le verger expérimental de Roquebrune-sur-Argens vient de livrer sa première véritable récolte d’abricots et de cerises, annonce Estérel Côte d’Azur Agglomération ce mardi 11 août 2026. Lancé en 2021 par l’intercommunalité en partenariat avec la Chambre d’agriculture du Var, ce site d’un genre particulier ne cherche pas à produire pour vendre. Il teste, saison après saison, des variétés fruitières capables de résister à la sécheresse, aux épisodes climatiques extrêmes et aux nouveaux ravageurs qui gagnent du terrain sur le pourtour méditerranéen.

Depuis sa plantation, le verger était avant tout un terrain d’observation. Les équipes y suivaient la croissance des jeunes arbres, leur enracinement et leur adaptation aux conditions locales, entre sols varois, étés brûlants et hivers de plus en plus doux. Ce travail patient, peu spectaculaire, était pourtant indispensable. Un arbre fruitier met plusieurs années avant d’entrer en production, et il faut au moins autant de temps pour juger sérieusement de son comportement face au manque d’eau ou aux coups de chaleur. Les cinq premières saisons ont donc servi à écarter les sujets trop fragiles et à repérer ceux qui s’accommodent le mieux du terroir de l’est varois.

L’année 2026 marque le passage à une phase beaucoup plus concrète, celle des premières productions significatives. Les fruits cueillis cet été ne sont pas qu’une satisfaction symbolique. Ils constituent la matière première d’une évaluation en règle. Qualité gustative, rendements, régularité de la production d’une année sur l’autre, chaque critère sera passé au crible afin d’identifier les variétés les plus solides face aux défis du réchauffement climatique. À terme, ces enseignements doivent permettre de recommander aux producteurs locaux des espèces réellement taillées pour le climat qui s’annonce, et de sécuriser ainsi leurs futurs investissements, car planter un verger engage une exploitation pour plusieurs décennies.

Le choix de l’abricotier et du cerisier n’a d’ailleurs rien d’anodin. Ces arbres, emblématiques des vergers provençaux, comptent parmi les plus sensibles aux dérèglements du climat. Ils ont besoin d’un certain nombre d’heures de froid en hiver pour fleurir correctement, redoutent les gelées tardives du printemps et souffrent du stress hydrique en été. Or le Var enchaîne depuis plusieurs années les épisodes de sécheresse et les vagues de chaleur précoces, un cocktail qui fragilise l’arboriculture traditionnelle. Trouver des variétés qui fleurissent, nouent leurs fruits et mûrissent malgré ces conditions devient un enjeu de premier ordre pour la filière fruitière méditerranéenne, mais aussi une piste de diversification pour un territoire où la vigne domine largement le paysage agricole.

Cette expérimentation s’inscrit dans la compétence agricole qu’exerce Estérel Côte d’Azur Agglomération à l’échelle de ses cinq communes. À ce titre, la collectivité accompagne les exploitants dans leur adaptation aux évolutions climatiques et aux nouveaux enjeux de production, qu’il s’agisse de la ressource en eau, du choix des cultures ou de la protection contre les ravageurs émergents. Le partenariat noué avec la Chambre d’agriculture du Var donne à la démarche son assise technique. L’organisme consulaire, qui suit au quotidien les agriculteurs du département, apporte son expertise agronomique et assure que les résultats obtenus sur le site profitent ensuite à l’ensemble de la profession.

Le verger de Roquebrune-sur-Argens ne travaille pas seul. Un second site expérimental, implanté à Fréjus, complète le dispositif. Ensemble, ces deux parcelles fonctionnent comme de véritables laboratoires à ciel ouvert où se prépare, en conditions réelles, l’agriculture méditerranéenne de demain. Les observations qui y sont menées ne se limitent pas à la théorie. Elles s’effectuent dans les sols, sous le soleil et avec les contraintes d’eau que connaissent les producteurs voisins, ce qui donne aux conclusions une valeur immédiatement transposable dans les exploitations du secteur.

Derrière la portée scientifique de cette première récolte se dessine un enjeu très concret pour les habitants du territoire. Voir mûrir des abricots et des cerises à Roquebrune-sur-Argens, c’est entrevoir la possibilité de fruits locaux dans les assiettes de demain, de circuits courts consolidés et d’exploitations qui trouvent les moyens de se maintenir malgré un climat de moins en moins clément. En misant dès 2021 sur l’expérimentation, l’agglomération s’est donné une longueur d’avance dont les fruits, au sens propre comme au figuré, commencent tout juste à se cueillir.