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Festival d’Automne à Paris

Par Assia Bedja
Publié le 10 septembre 2026 à 17h43 – Temps de lecture : 4 minutes

Fondé en 1972 sous l’impulsion de Michel Guy avec l’ambition d’offrir à la création contemporaine une vitrine internationale au cœur de la capitale, le Festival d’Automne à Paris est devenu, au fil de plus de cinq décennies d’existence, un monument du paysage culturel européen. Chaque année, de la mi-septembre jusqu’à la fin du mois de décembre, l’événement déploie une saison d’une ampleur exceptionnelle qui dépasse largement le cadre des salles traditionnelles pour irradier l’ensemble de Paris et de la région Île-de-France. Sa grande particularité réside dans son modèle de fonctionnement, unique en son genre : ne possédant ni théâtre ni centre d’art en propre, la manifestation repose entièrement sur un principe de partenariat et de coréalisation avec un réseau d’une soixantaine de structures d’accueil. Des grands théâtres nationaux aux Scènes nationales de la banlieue parisienne, en passant par des musées de premier plan, des édifices hospitaliers, des monuments historiques ou des espaces alternatifs, cette cartographie en perpétuel mouvement transforme le territoire métropolitain en un vaste plateau d’expérimentation à ciel ouvert. Pour le spectateur, le festival ne se résume donc pas à une simple suite de représentations, mais s’articule comme un véritable parcours itinérant où la découverte des œuvres va de pair avec la traversée de la ville et la fréquentation de lieux d’art aux architectures et aux histoires singulières.
Pour l’édition 2026, la programmation réunit plus de 120 artistes venus de tous les continents et propose une immersion totale dans les esthétiques d’aujourd’hui. Le théâtre, la danse chorégraphique, la musique contemporaine, les arts plastiques, le cinéma et la performance s’y côtoient et s’y mélangent sans contrainte disciplinaire ni hiérarchie de genre. Cette saison s’ouvre avec un temps fort emblématique : la carte blanche confiée à la chorégraphe, performeuse et musicienne d’origine zimbabwéenne nora chipaumire. Pendant près de trois semaines, l’artiste investit la Ménagerie de Verre, dans le 11e arrondissement, avec son projet « nhereraHUB ». Ce dispositif transforme l’espace en un atelier permanent et interactif où se succèdent des pièces scéniques, des ateliers de recherche ouverts au public, des salons consacrés à la mode et des temps d’échange théoriques. À travers cette occupation au long cours, nora chipaumire interroge les mémoires de la diaspora africaine, les rituels du corps et les flux culturels en traçant une ligne imaginaire entre les scènes de Harare, de Dakar et de Paris.
La force du Festival d’Automne réside également dans sa capacité à faire se rencontrer des figures majeures de la création mondiale et de jeunes signatures émergentes dont le travail est présenté pour la première fois sur le sol français. La diversité des propositions de la semaine d’ouverture illustre parfaitement ce grand écart esthétique : au Théâtre de la Cité internationale, le plasticien et metteur en scène chinois Tianzhuo Chen présente « Ocean Cage », une création totale à la frontière de la performance, du rituel mystique et de la culture populaire contemporaine. Dans un tout autre registre, la peintre britannique Lubaina Himid investit le cadre majestueux de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière pour y déployer des installations picturales en résonance avec la mémoire et la charge spirituelle du lieu. En parallèle, le festival confirme son attachement aux formes accessibles et gratuites en inscrivant des projets au cœur de l’espace public. C’est le cas de l’artiste américaine Christine Sun Kim, qui propose dans la rue une série d’interventions poétiques et politiques autour de la perception du son, du silence et de la langue des signes, venant directement à la rencontre des passants et des usagers du quotidien.
En s’étendant sur plus de trois mois jusqu’au cœur de l’hiver, le Festival d’Automne fait le pari du temps long, de l’immersion et de la fidélité aux artistes qu’il accompagne souvent de création en création sur plusieurs années. En proposant une vision de l’art exigeante mais résolument ancrée dans la cité, la manifestation réaffirme à chaque édition son rôle indispensable de défricheur de tendances, de passerelle entre les continents et de moteur de la vie culturelle francilienne.