Tout au long de l’été, une présence discrète mais constante a veillé sur le littoral entre Six-Fours-les-Plages et La Seyne-sur-Mer. La garde régionale marine, déployée sur les sites Natura 2000 du cap Sicié, entre l’archipel des Embiez et les plages seynoises, dresse en ce début de septembre 2026 le bilan d’une saison placée sous le signe de la prévention. Sensibilisation des plaisanciers, patrouilles en mer et suivis de fréquentation ont rythmé les semaines de ces jeunes gardes, au service d’un littoral aussi fréquenté que fragile.
Le dispositif, porté par la Région depuis 2023 et financé par le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture, a été rejoint par la Métropole Toulon Provence Méditerranée en 2025. Il repose sur une conviction simple. La protection du milieu marin passe d’abord par le dialogue avec ceux qui le fréquentent, avant toute logique de contrôle ou de sanction. Les gardes racontent d’ailleurs un accueil généralement très positif de la part des usagers, qui multiplient les questions sur les réglementations liées à la navigation ou à la pêche. Une présentation du fonctionnement de cette garde régionale marine est proposée par la Région Sud.
Le terrain d’action de ces sentinelles du littoral n’a rien d’anodin. Les périmètres Natura 2000 qui entourent le cap Sicié appartiennent à un réseau européen de sites naturels remarquables, désignés pour la rareté ou la vulnérabilité de leurs habitats et de leurs espèces. Ici, l’enjeu majeur porte sur l’herbier de posidonie, cette plante marine endémique de Méditerranée qui oxygène l’eau, abrite une multitude d’espèces et protège les plages de l’érosion. Or cet écosystème essentiel souffre directement de l’ancrage des bateaux, dont les chaînes labourent les fonds. Les gardes constatent que beaucoup de plaisanciers connaissent la posidonie de nom, mais que peu mesurent réellement son importance écologique.
Pour porter ce message, les jeunes du dispositif ont choisi un mode d’approche original. À bord de leurs kayaks, ils accostent facilement les bateaux au mouillage et engagent la conversation avec leurs occupants. L’échange permet de rappeler les règles en vigueur, mais surtout de proposer des solutions concrètes, comme repérer les zones sableuses où jeter l’ancre sans endommager les herbiers. Les plaisanciers sont également invités à utiliser l’application Donia, qui cartographie les fonds marins et permet de choisir son lieu de mouillage en visualisant les zones de sable et les herbiers protégés.
La sensibilisation s’étend à des comportements en apparence anodins. Jeter des restes de repas à la mer pour nourrir les poissons peut ainsi modifier leurs comportements naturels, créer une dépendance envers l’homme et fragiliser certaines populations. Les gardes alertent aussi sur les risques de collision avec les cétacés, régulièrement observés au large des côtes varoises, et sur les règles à respecter pour limiter le dérangement de la faune marine.
L’action ne se limite pas au contact direct. Depuis douze points d’observation, dont l’ancien sémaphore du cap Sicié qui domine la mer à près de 350 mètres d’altitude, les gardes ont suivi la fréquentation maritime et repéré les zones de mouillage susceptibles d’impacter les herbiers. Ces relevés de terrain permettent de mieux comprendre les usages et les pressions exercées sur le milieu marin, et viennent nourrir la connaissance des gestionnaires des sites.
Cette mission s’inscrit enfin dans un travail collectif à l’échelle du territoire. La garde régionale marine agit en complémentarité avec les écogardes de la Métropole, qui interviennent principalement à terre et apportent leur connaissance du terrain et de sa réglementation. Des patrouilles communes ont été menées avec la police municipale de La Seyne-sur-Mer dans le cadre d’une convention en cours, tandis que des échanges ont eu lieu avec l’association Initiative Petite Île de Méditerranée, gestionnaire de l’île du Grand Rouveau, au large des Embiez.
Les chiffres de la saison témoignent de l’ampleur du travail accompli. En vingt-cinq jours d’observation et seize patrouilles, les gardes ont accosté 68 bateaux et sensibilisé 210 personnes directement en mer. À terre, quatre stands installés notamment dans les campings et à la capitainerie de Saint-Elme ont touché 64 personnes supplémentaires, portant le total à 274 personnes sensibilisées au cours de l’été.
Au-delà des statistiques, c’est une certaine idée de la protection du littoral qui se dessine sur les rivages de l’ouest varois. En privilégiant la pédagogie et le contact direct, le dispositif parie sur des usagers mieux informés, donc plus respectueux d’un patrimoine naturel dont dépendent l’attractivité des plages, la qualité des eaux de baignade et la richesse des fonds marins que chacun vient chercher ici, été après été.

