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Champs-sur-Marne : le château attrape la trouille

Par Marc Blanc
Publié le 26 octobre 2026 à 15h37 – Temps de lecture : 4 minutes

On ne crie pas, d’ordinaire, dans les salons dorés du château de Champs-sur-Marne. Samedi 31 octobre, le monument s’autorise pourtant quelques frissons pour refermer en beauté les vacances d’automne. Le temps d’une journée placée sous le signe d’Halloween, la demeure du XVIIIe siècle troque ses visites savantes contre des rendez-vous taillés pour les familles, entre récit théâtralisé et atelier manuel. À quelques jours de la fin des congés de la Toussaint, qui courent jusqu’au 2 novembre, voilà une jolie raison de pousser la grille de l’un des plus beaux domaines de l’Est francilien.
Le matin, de 10 h 30 à 11 h 30, la visite contée et théâtralisée « Petite trouille ! » entraîne petits et grands à travers les pièces d’apparat, quelque part entre le conte et la frayeur douce. L’après-midi, de 14h à 16 h 30, l’atelier « Grande trouille ! » prend le relais pour les plus téméraires, invités à mettre la main à la pâte. Les deux animations se réservent à l’avance sur la billetterie du château, et mieux vaut s’y prendre tôt tant les places partent vite : comptez 9 € par participant, la gratuité s’appliquant aux moins de 26 ans.
Ces deux rendez-vous referment un programme qui aura animé toute la semaine de congé. Les jours précédents, le château avait déroulé la visite « Bienvenue Monsieur le Président ! », clin d’œil appuyé à son passé de résidence officielle, une promenade contée baptisée « Raconte-moi un mouton » et un atelier « Statues, rocaille et mignonnette » consacré aux décors du parc. Depuis sa réouverture, le monument mise volontiers sur ces formules vivantes pour séduire un public familial que les visites classiques rebutent parfois : comédiens, conteurs et médiateurs y font parler les pièces et les tableaux, transformant la découverte en jeu de piste. Les vacances scolaires, en particulier, sont l’occasion de décliner des thèmes que les enfants explorent à leur rythme – et la saison d’Halloween, avec ses histoires glissées dans les enfilades, s’y prête mieux que n’importe quelle autre.
Car le décor, ici, n’a rien d’anecdotique. Élevé au tout début du XVIIIe siècle par les architectes Pierre Bullet et son fils Jean-Baptiste Bullet de Chamblain, le château de Champs passe pour l’un des premiers domaines pensés pour l’agrément autant que pour le prestige. Enfilades commodes, pièces faciles à chauffer, salon à l’italienne ouvert sur le jardin, cabinet aux chinoiseries peintes par Christophe Huet : on y a inventé, dès la Régence, une autre manière d’habiter, plus intime et plus confortable, bien loin de la raideur des grandes demeures héritées du siècle de Louis XIV. L’édifice passe d’ailleurs pour une étape majeure dans l’histoire de l’art de vivre à la française.
Les lieux ont connu des hôtes de marque. La marquise de Pompadour y séjourna à la fin des années 1750 et marqua les décors de son goût ; plus tard, le duc de La Vallière y tint table ouverte, recevant volontiers les esprits des Lumières. À la fin du XIXe siècle, la famille Cahen d’Anvers rachète et restaure le domaine, puis confie aux paysagistes Henri et Achille Duchêne le soin de redessiner le jardin à la française, avec ses parterres de broderie. Donné à l’État en 1935, le château servira ensuite, une large part du XXe siècle, à recevoir les hôtes officiels de la République – d’où la fameuse visite « Monsieur le Président ».
Classé monument historique, l’édifice a pourtant bien failli perdre la partie. En 2006, l’effondrement d’un plafond précipite sa fermeture et le lancement d’un vaste chantier de restauration ; il ne rouvre qu’en 2013, boiseries et décors rendus à leur éclat d’origine. Géré aujourd’hui par le Centre des monuments nationaux, il déploie autour de lui un parc aux allées dessinées et aux perspectives si photogéniques qu’elles ont servi de décor à quantité de tournages de cinéma.