Les vacances de la Toussaint sont rarement l’occasion de se pencher sur le labeur. À Suresnes, elles tombent pourtant en pleine ouverture d’une exposition qui en fait son sujet. Depuis la mi-octobre, le MUS, musée d’histoire urbaine et sociale, consacre le grand rendez-vous de sa saison aux femmes et aux hommes au travail, saisis entre 1850 et 1939. Une plongée dans un siècle de bouleversements, à l’heure où la ville des bords de Seine troquait ses guinguettes et ses coteaux de vigne contre l’usine, l’atelier et les premières cheminées. Un sujet qui, dans cette commune longtemps tournée vers l’industrie, tient presque de l’album de famille.
Intitulée « Le Corps au travail, 1850-1939 », la proposition n’a rien d’anecdotique. Elle a décroché le label « Exposition d’intérêt national », décerné par le ministère de la Culture : une distinction qui ne récompense chaque année qu’une poignée de musées en région, et qui place d’emblée le rendez-vous suresnois parmi les temps forts culturels de l’automne. Ouverte depuis le 14 octobre, elle restera visible jusqu’au 20 juin 2027. De quoi la découvrir sans se presser, même si les congés offrent un créneau tout trouvé pour en franchir la porte en famille, un jour de pluie comme un après-midi désœuvré.
Le parti pris tient en une idée simple : observer comment l’art a représenté le geste de travail. Dans l’élan du réalisme, puis du naturalisme, peintres, sculpteurs, dessinateurs et photographes ont fait du corps à la tâche un véritable motif, délaissant les héros et les dieux pour la couturière, l’ouvrier ou le paysan. Le musée réunit ces œuvres et les confronte aux outils eux-mêmes, ceux que l’on empoignait à l’atelier, à la fabrique ou aux champs. On y lit l’effort, la fatigue, l’usure des mains, mais aussi une forme de dignité ouvrière que le XIXe siècle finissant a cherché à mettre en lumière. Pour une commune façonnée par son passé industriel, de l’automobile à l’aéronautique, le propos sonne juste et concret.
Les plus jeunes ne seront pas oubliés pour autant. Le samedi 31 octobre, le MUS troque l’ambiance feutrée de ses salles contre un décor de circonstance : pour sa « Halloween party », le musée se laisse hanter par des créatures monstrueuses, de 14h à 19h. Le principe tient de la chasse au trésor, avec des énigmes à résoudre au fil du parcours, les plus petits s’appuyant sur l’aide des grands pour venir à bout des épreuves. L’entrée est libre et gratuite, sans réservation : une sortie toute trouvée pour occuper un après-midi de vacances sans entamer le budget, et une manière de pousser la porte d’un musée que l’on n’oserait pas toujours franchir le reste de l’année.
Au-delà de cette parenthèse costumée, le musée tient son rythme habituel pendant les congés. Il accueille le public du mercredi au dimanche, de 14h à 18h, ce qui laisse de la marge pour enchaîner la découverte de l’exposition et, pour les familles, le jeu de piste d’Halloween. Et pour qui voudrait prolonger l’expérience, le MUS a prévu la suite dès le 5 novembre, avec une soirée consacrée à la vigne d’hier et d’aujourd’hui, entre conférence et dégustation : un clin d’œil au passé viticole des coteaux suresnois, longtemps couverts de ceps avant que les usines ne gagnent la colline. Le MUS, lui, n’a rien d’un musée des beaux-arts classique : installé au cœur de la cité-jardins, ce quartier modèle imaginé dans l’entre-deux-guerres pour loger dignement les familles ouvrières, il raconte d’ordinaire l’histoire sociale de la ville, son logement, ses écoles et ses ateliers. L’exposition du moment s’inscrit dans ce sillage naturel.
Le rendez-vous se tient place Michel-Colucci, dit Coluche, à deux pas du centre-ville et du tramway. Entre une exposition saluée au niveau national et une après-midi costumée pour les enfants, le musée joue sur les deux tableaux : offrir aux adultes une vraie matière à réflexion sur le monde du travail et son histoire, et aux plus jeunes un prétexte à frissonner pour rire. De quoi transformer un après-midi gris de Toussaint en escapade utile, à quelques stations seulement de Paris, et sans jamais passer par la caisse pour la journée d’Halloween.
Suresnes : le travail s’invite au musée
Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 26 octobre 2026 à 19h08 – Temps de lecture : 4 minutes
