La Toussaint ouvre, chaque automne, une longue saison de mémoire qui court jusqu’au 11 novembre. À Champigny-sur-Marne, le Musée de la Résistance nationale l’aborde cette année sous un angle encore trop rare : celui des combattants venus d’ailleurs. Jusqu’au 30 mai 2027, il consacre une vaste exposition à ces femmes et ces hommes qui ont pris les armes pour la France sans en être citoyens. Deux ans après un hommage national très remarqué, le sujet n’a rien perdu de son actualité. Le titre, à lui seul, résume le propos : « Résistants d’ailleurs… et pourtant oubliés ».
Le point de départ est tout proche. Deux ans après l’entrée au Panthéon de Missak et Mélinée Manouchian, le 21 février 2024, le musée élargit la focale. Derrière le poète arménien, figure de proue de l’Affiche rouge fusillé au Mont-Valérien en 1944, se tiennent des milliers d’anonymes : Italiens antifascistes, Espagnols républicains, Juifs d’Europe centrale, apatrides et exilés de toutes origines. Beaucoup ont payé leur engagement de leur vie, et la plupart sont restés dans l’ombre de l’Histoire. Sur la célèbre affiche placardée par l’occupant en 1944, ces visages d’étrangers devaient incarner la menace ; ils sont devenus, depuis, un symbole du courage partagé. L’exposition entend leur rendre un visage et un nom, loin des rares figures que la mémoire nationale a fini par retenir.
Pour raconter ces destins, le parcours fait une place centrale à l’art. Les documents d’archives inédits – tracts clandestins, faux papiers, photographies – y dialoguent avec des œuvres issues des collections du musée, au premier rang desquelles celles d’Ernest Pignon-Ernest. Les mots des poètes s’y invitent aussi : on y croise des écrits de Paul Éluard et de Louis Aragon, dont les vers ont accompagné la Résistance avant d’en forger le souvenir. C’est à Aragon que l’on doit les strophes sur l’Affiche rouge, plus tard mises en musique et chantées. Cette rencontre entre pièces d’époque et création artistique donne au propos une résonance qui dépasse la seule leçon d’histoire.
Le lieu n’a rien d’anodin pour un tel sujet. Installé sur les bords de Marne, au quai Victor-Hugo, le Musée de la Résistance nationale conserve l’une des plus riches collections consacrées en France à la lutte clandestine. Ses réserves nourrissent naturellement le parcours, en prêtant aux visiteurs des objets rarement montrés. En reliant ces archives à des noms venus d’Arménie, de Pologne, d’Italie ou d’Espagne, l’institution campinoise poursuit un travail de fond : empêcher que ne s’efface la part étrangère d’un combat que l’on a longtemps préféré croire tout national. Centre de ressources autant que lieu d’exposition, le musée conserve, étudie et transmet les traces de ces engagements, et accueille volontiers scolaires et familles pour un travail de mémoire qui se veut vivant plutôt que figé dans la pierre.
Au fil de la visite se dessine un double récit : celui de l’engagement, d’abord, avec ses réseaux, ses filières et ses sacrifices ; celui de la reconnaissance, ensuite, souvent tardive, parfois posthume de plusieurs décennies. En suivant ces combattants de l’étranger jusqu’à leur lente entrée dans la mémoire collective, l’exposition pose, sans jamais l’asséner, une question très actuelle : qui la nation choisit-elle de célébrer, et qui laisse-t-elle de côté ? Le choix de l’art pour y répondre n’a rien d’un hasard : une œuvre, parfois, grave un nom là où les manuels l’avaient laissé en blanc.
L’exposition s’offre pendant les vacances de la Toussaint, un moment propice pour une sortie en famille. Le musée se visite au 40 quai Victor-Hugo, à une dizaine de minutes à pied de la gare du RER A « Champigny ». Il ouvre du mardi au vendredi, de 14h à 18h, puis le samedi et le dimanche de 14h à 19h. Attention toutefois : fermé les jours fériés, il n’ouvrira pas le dimanche 1er novembre, jour de la Toussaint. Mieux vaut donc caler sa venue sur un autre jour. À l’approche des commémorations de novembre, Champigny rappelle ainsi que la liberté fut défendue par des gens d’ici et d’ailleurs – et que l’oubli, lui aussi, est une façon de trahir.
Champigny-sur-Marne : place aux résistants oubliés
Par Gilbert Caron
Publié le 27 octobre 2026 à 15h21 – Temps de lecture : 4 minutes
