À Antibes, certaines rues racontent encore le passé, même lorsqu’elles ont changé de nom. C’est le cas de l’actuelle rue Ernest-Macé, située en bordure du Vieil Antibes. Avant le milieu du XXe siècle, les habitants la connaissaient sous un autre nom : la rue des Remparts. Cette appellation ne désignait pourtant pas la promenade aujourd’hui très fréquentée qui longe les fortifications face à la mer.
Pour comprendre cette confusion, il faut remonter le temps. Contrairement aux idées reçues, la rue des Remparts ne se trouvait pas sur les murs dominant la Méditerranée. Elle suivait en réalité le tracé intérieur des anciennes fortifications de la ville. Son nom faisait directement référence à ces remparts, longtemps visibles dans ce secteur.
Les archives municipales d’Antibes Juan-les-Pins permettent de localiser précisément cette voie disparue. Un plan aéro-photographique datant de 1932 montre clairement son parcours. À l’époque, la rue des Remparts débutait à l’actuelle avenue du 24 Août. Elle reliait la place Guynemer à la rue Vauban, deux noms toujours utilisés aujourd’hui. Ensuite, elle longeait l’avenue Pasteur en dessinant un arc de cercle autour de la vieille ville.
Progressivement, cette rue a changé de visage. Sa partie orientale porte désormais le nom d’Ernest Macé. Ce choix ne doit rien au hasard. Architecte reconnu, Ernest Macé s’est installé à Antibes à la fin du XIXe siècle. En 1895, la municipalité lui confie une mission délicate : la démolition des remparts qui séparaient la vieille ville des quartiers en développement. Cette opération marque un tournant dans l’histoire urbaine d’Antibes.
Ainsi, le nom de rue des Remparts s’explique facilement. La voie suivait exactement le tracé des fortifications aujourd’hui disparues. Le relief du terrain en apporte encore la preuve. Sous l’avenue Pasteur, le dénivelé rappelle l’ancien fossé situé à l’intérieur des remparts. Même sans murs visibles, le paysage conserve donc la mémoire de ces constructions militaires.
Fait notable, la rue des Remparts a survécu plus longtemps que les fortifications elles-mêmes à cet endroit. Pourtant, en 1954, la municipalité décide de tourner la page. Le 26 février, le conseil municipal se réunit pour examiner une pétition adressée à la mairie. Celle-ci demande officiellement de débaptiser la rue des Remparts.
Dans sa délibération, le conseil souligne une ambiguïté. Selon les élus, le nom de la rue peut laisser croire qu’elle mène aux fortifications encore visibles en bord de mer, notamment vers la courtine et les remparts conservés. En parallèle, la ville estime qu’elle ne rend plus hommage à Ernest Macé, dont le rôle dans le développement urbain a pourtant été déterminant.
Le conseil municipal tranche alors à l’unanimité. Il adopte le nouveau nom de rue Ernest-Macé. La délibération officielle rappelle que l’architecte, malgré des avis parfois partagés, a favorisé l’essor de la ville en permettant son extension au-delà des anciens murs. Cette décision marque un choix clair : mettre en avant l’homme qui a accompagné la transformation d’Antibes plutôt que les fortifications disparues.
Enfin, la rue des Remparts s’étendait autrefois jusqu’à l’actuelle avenue du 24 Août. Cette dernière a elle aussi changé de nom pour commémorer un moment clé de l’histoire locale. Le 24 août 1944 correspond à la Libération d’Antibes, un événement toujours présent dans la mémoire collective.
Aujourd’hui, le nom de rue des Remparts n’existe plus. Pourtant, son tracé, son relief et les archives continuent de raconter une page essentielle de l’histoire antibois.

