Le rêve s’est brisé au milieu de la Méditerranée. Gilles Rondy, ancien champion d’Europe de nage en eau libre et nageur olympique aux Jeux de Pékin 2008, a dû abandonner sa traversée Calvi-Nice ce lundi 24 août 2026. Après 24 heures de nage non-stop et 74 kilomètres parcourus, des orages violents ont forcé son équipe à interrompre l’aventure. Le Breton de 44 ans, installé à Boucau au Pays Basque, tentait pourtant une première mondiale.
Tout avait magnifiquement commencé. Dimanche 23 août à 10h06, Gilles Rondy s’est élancé depuis la base scientifique Stareso à Calvi. En simple maillot de bain et badigeonné de graisse à traire, il a plongé sous les applaudissements et les encouragements du public. La météo se montrait alors très favorable. La mer était calme et l’eau affichait 25 °C, une température idéale pour nager.
Dès les premières heures, le rythme impressionne. Le nageur avance à 4 km/h, bien au-dessus de sa moyenne cible de 3 km/h. Son staff se montre enthousiaste. La technique est bien présente, le temps magnifique, la mer très belle. Rien ne semble pouvoir arrêter l’athlète dans sa quête.
Les règles de la nage en eau libre imposent toutefois des conditions draconiennes. En effet, aucune combinaison n’accompagne le nageur. De plus, il ne peut jamais toucher le bateau ni s’appuyer sur quoi que ce soit. Même les ravitaillements se font sans contact humain. Des gourdes accrochées à des perches lui permettent de boire et de manger sans sortir de l’eau. Trois caméras filment en permanence pour garantir une transparence totale.
Le projet dépasse par ailleurs le simple exploit sportif. Gilles Rondy porte un message écologique à travers l’association Défi, Nage, Mer et Océan. Il souhaite alerter sur l’urgence de protéger la Méditerranée. Cette mer se réchauffe en effet 20 % plus vite que la moyenne mondiale. La pollution plastique y constitue également un fléau croissant. Le nageur le résume simplement : plus on aime quelque chose, plus on essaie de le protéger.
La traversée a d’ailleurs offert des rencontres marines exceptionnelles. Dauphins, tortues, raies manta, rorqual, méduses, calamars et même du plancton bioluminescent ont accompagné le nageur pendant ses 24 heures en mer. Son équipe souligne que ces découvertes renforcent la nécessité absolue de préserver ces écosystèmes.
Cependant, la situation météo s’est brutalement dégradée lundi matin. Météo-France a émis un bulletin spécial (BMS) imposant le retour immédiat de tous les navires au port. De graves orages approchaient en effet de la zone. En mer ouverte, ces phénomènes désorientent les systèmes de prévision. Ils font par conséquent courir un risque majeur à l’équipage et au nageur.
À 10h06, exactement 24 heures après le départ, l’équipe a donc pris la décision d’arrêter. Gilles Rondy est remonté à bord du catamaran qui assurait sa sécurité. Il avait alors parcouru 74 km dans une mer devenue particulièrement houleuse. Un clapot de travers défavorable rendait en outre la nage très éprouvante depuis plusieurs heures.
Malgré la déception, le bilan reste remarquable. En effet, 74 km en 24 heures sans assistance ni combinaison dans la Méditerranée constituent une performance exceptionnelle. Gilles Rondy possédait déjà l’expérience des longues distances. En mai 2026, il avait notamment franchi 80 km en Martinique entre La Trinité et Fort-de-France en 22 heures et 7 minutes. Ce galop d’essai avait justement servi de préparation au défi Calvi-Nice.
Le nageur n’a pas encore communiqué sur une éventuelle nouvelle tentative. Les 180 km entre la Corse et le continent restent donc un défi inachevé. Toutefois, cette première tentative a démontré que l’exploit est physiquement réalisable. Seule la météo a empêché Gilles Rondy de poursuivre son rêve vers la plage de l’Opéra à Nice.

