L’Hôtel de Ville de Paris accueille une rétrospective d’ampleur consacrée à Sebastião Salgado, photographe brésilien naturalisé français, dont le décès le 23 mai 2025 a suscité une émotion internationale dans le monde de l’image. L’exposition, pensée comme un véritable parcours rétrospectif, rassemble près de deux cents tirages, dont 114 proviennent des collections de la Maison européenne de la Photographie (MEP), qui entretient depuis près de quarante ans un dialogue privilégié avec l’œuvre de l’artiste. La scénographie, conçue par Lélia Wanick Salgado et le studio qui accompagne le photographe depuis longtemps, invite le public à suivre un parcours où se mêlent la dimension personnelle, l’engagement politique et la démarche écologique de l’artiste.
Les visiteurs peuvent ainsi découvrir certains des clichés les plus emblématiques de Salgado, mis en valeur par la hauteur et l’ampleur de la salle Saint‑Jean, qui permettent d’apprécier pleinement la puissance des compositions et la profondeur des noirs. L’exposition montre les travailleurs, les migrants et les populations marginalisées, mais également des paysages préservés de l’empreinte industrielle, témoignant de la beauté et de la fragilité de la planète. Parmi les temps forts figure un projet inédit consacré à Paris, réalisé en 2024 pour la carte de vœux municipale, qui offre un regard unique sur la capitale, à travers l’œil d’un photographe habitué aux territoires lointains et aux missions de longue durée. L’exposition se conclut avec les œuvres picturales de Rodrigo Salgado, le fils du couple, poursuivant à sa manière le dialogue entre image, mémoire familiale et préoccupations environnementales.
Lélia Wanick Salgado, née au Brésil et formée à l’architecture et à l’urbanisme à Paris, s’est très tôt associée à la démarche photographique de Sebastião Salgado. Dès les années 1980, elle assure la direction artistique des livres et des expositions de son mari, organisant la mise en page, le choix des textes et la scénographie. Son travail transforme chaque projet en expérience immersive cohérente, permettant au public de percevoir la force de l’œuvre dans sa globalité.
Au-delà de la photographie, le couple a cofondé à la fin des années 1990 l’Instituto Terra, une organisation non gouvernementale consacrée à la restauration de la forêt atlantique dans la vallée du Rio Doce, sur une ancienne exploitation familiale gravement dégradée. Après plus de vingt-cinq ans d’efforts, plusieurs centaines d’hectares de forêt ont été replantés, accueillant désormais une biodiversité retrouvée. Ce projet écologique ambitieux a valu à Lélia Wanick Salgado le prix Gulbenkian pour l’humanité en 2023, récompensant son engagement en faveur du climat et de la préservation de la planète.
L’œuvre de Sebastião Salgado se distingue par son regard humaniste et documentaire. Ses photographies en noir et blanc témoignent de la dignité des personnes qu’il photographie, qu’il s’agisse de mineurs, de réfugiés, de paysans ou de populations autochtones. Son parcours mêle engagement politique, réflexion économique et préoccupations environnementales, chaque dimension nourrissant sa manière de voir et de représenter le monde. Avec Lélia, il a partagé plus de soixante ans de vie commune, combinant vie familiale, création artistique et projet écologique.
La rétrospective parisienne présente les grandes séries qui ont jalonné son parcours, comme La Main de l’homme, entreprise entre 1987 et 1993 qui explore le travail humain dans vingt-six pays en photographiant ouvriers, paysans et mineurs dans leurs gestes quotidiens. Exodes, réalisé entre 1995 et 2000, documente les migrations contemporaines, les camps de réfugiés et les déplacements forcés. Gold / Serra Pelada montre la ruée vers l’or au Brésil, avec des foules de travailleurs dans un paysage bouleversé. Genesis célèbre les territoires encore largement préservés de l’exploitation industrielle, des régions polaires aux forêts primaires. Amazônia, projet plus récent, se consacre à la plus vaste forêt tropicale du monde et aux peuples autochtones qui y vivent. Chaque série est présentée pour mettre en valeur la puissance des compositions et l’impact des images, certaines étant agrandies pour correspondre aux volumes de la salle Saint‑Jean.
L’exposition inclut également la dernière commande réalisée de son vivant : la série sur Paris pour la carte de vœux municipale de 2024. Accompagné de son assistant de longue date, Jacques Barthélemy, Salgado a parcouru la ville pour observer les rues, les monuments et les gestes du quotidien, offrant une vision personnelle de la capitale. Une photographie issue de ce travail a été choisie par Anne Hidalgo pour illustrer la carte officielle, et l’ensemble est présenté pour la première fois dans le cadre de cette rétrospective.
Cette exposition s’inscrit également dans le bicentenaire de la photographie, célébrant les deux siècles de la discipline depuis les expériences de Nicéphore Niépce (1826‑1827) et soulignant le rôle de Paris comme laboratoire historique et contemporain de la photographie. La capitale conserve plus de treize millions d’images réparties dans différents établissements municipaux, témoignant de l’évolution de la ville, des grands travaux urbains et des transformations sociales et culturelles.
Parallèlement, la Ville de Paris mène des initiatives pour rapprocher la photographie des habitants, comme la campagne « Fragments », qui diffuse dans l’espace public une série d’images réalisées par les photographes de la ville, offrant un regard sensible et contemporain sur le quotidien parisien. Cette démarche complète l’exposition et invite les Parisiens à redécouvrir leur environnement à travers des images souvent discrètes mais riches en détail et atmosphères.
L’exposition « Hommage à Sebastião Salgado » est ouverte gratuitement au public du 21 février au 30 mai 2026, offrant une immersion complète dans le travail d’un photographe dont l’œuvre humaniste dialogue avec les grands enjeux contemporains. Elle célèbre la cohérence d’un destin où attention à la famille, création artistique et engagement écologique se rejoignent pour offrir une vision du monde profondément respectueuse des hommes et de la planète.
Hommage à Sebastião Salgado à l’Hôtel de Ville
Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 19 mars 2026 à 09h33 – Temps de lecture : 6 minutes
