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Hôpital Henri-Mondor : 25 M€ aux urgences de Créteil

Par Assia Bedja
Publié le 30 juin 2026 à 17h11 – Temps de lecture : 5 minutes

L’hôpital Henri-Mondor de Créteil, centre hospitalier universitaire rattaché à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), vient d’obtenir le financement de l’extension de son service des urgences. L’enveloppe, estimée à 25 millions d’euros, est mobilisée dans le cadre du plan d’investissement issu du Ségur de la santé, le vaste effort national engagé pour moderniser les établissements publics et rattraper le retard accumulé sur leurs infrastructures. Pour l’un des plus gros pôles hospitaliers du Val-de-Marne, l’annonce marque l’aboutissement d’un dossier suivi de longue date par la direction de l’établissement, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France et les collectivités du territoire.
Le service des urgences actuel, conçu il y a une quarantaine d’années, n’est plus adapté à l’activité qu’il accueille. Pensé pour une affluence et des pratiques médicales d’une autre époque, il souffre de locaux exigus, de circulations encombrées et d’une organisation qui peine à séparer correctement les différents flux de patients. Les équipes soignantes décrivent depuis plusieurs années un bâtiment saturé, où la prise en charge se fait parfois dans des conditions dégradées, faute d’espace pour installer dignement les malades en attente d’examens ou d’hospitalisation.
Les chiffres traduisent cette tension. Le service enregistre plus de 70 000 passages par an, soit près de 200 personnes accueillies chaque jour. Cette moyenne masque de fortes variations saisonnières : les périodes de canicule estivale et les épidémies hivernales, grippe, bronchiolite ou gastro-entérites, provoquent des pics d’activité qui mettent l’équipe et les locaux sous une pression maximale. Lors de ces épisodes, l’afflux simultané de patients fragiles, souvent âgés ou très jeunes, allonge les délais et complique l’organisation interne, un phénomène désormais bien documenté à l’échelle nationale.
Le projet financé prévoit la construction d’un nouveau bâtiment de 4 000 mètres carrés, dimensionné pour absorber cette activité et anticiper sa progression. L’AP-HP y prévoit notamment une unité dédiée aux enfants et aux adolescents, afin de leur offrir un parcours distinct de celui des adultes, des salles de décontamination pour faire face aux situations sanitaires exceptionnelles, ainsi qu’une unité de médecine intensive post-urgences. Cette dernière doit permettre de surveiller, dans de meilleures conditions, les patients dont l’état nécessite une attention soutenue avant une orientation vers les services spécialisés de l’hôpital.
Au-delà des murs, l’établissement et la Ville de Créteil expérimentent une réponse en amont de l’hôpital. Un dispositif d’avant-urgences a été installé en ville, au sein du centre de santé municipal, ouvert sans rendez-vous et doté d’horaires élargis. L’objectif est de proposer une porte d’entrée pour les soins non programmés qui ne relèvent pas d’une véritable urgence vitale, et d’éviter ainsi que ces situations ne se reportent systématiquement vers le service hospitalier. Selon les premiers retours, environ 200 patients par semaine y sont réorientés, autant de passages soustraits à l’engorgement des urgences.
Cette articulation entre la ville et l’hôpital illustre une orientation devenue centrale dans les politiques de santé. Faute de médecins disponibles en nombre suffisant, en particulier en soirée et le week-end, de nombreux habitants se tournent vers l’hôpital pour des problèmes qui pourraient être traités en amont. La création de relais de proximité, pilotée en lien avec l’ARS, vise à reconstruire une chaîne de soins lisible, depuis le cabinet de médecine générale jusqu’à l’établissement de recours, en passant par des structures intermédiaires accessibles rapidement.
L’enjeu dépasse le seul cas cristolien. Les services d’urgences français connaissent depuis plusieurs années une crise structurelle, alimentée par le vieillissement de la population, la difficulté d’accès aux soins non programmés et une démographie médicale tendue, marquée par les départs en retraite et l’inégale répartition des praticiens sur le territoire. Le Val-de-Marne, département de plus de 1,3 million d’habitants, concentre ces tensions : une population nombreuse et diverse, des besoins de santé importants et une offre libérale qui ne suit pas toujours le rythme de la demande.
Le calendrier annoncé fixe le démarrage des travaux au dernier trimestre 2026, pour une livraison attendue au premier semestre 2028. D’ici là, l’hôpital devra conduire le chantier sans interrompre l’accueil des patients, un exercice délicat dans un service en fonctionnement continu. Pour l’AP-HP, la Ville de Créteil et le conseil départemental du Val-de-Marne, cette extension constitue un investissement durable, censé sécuriser l’accès aux soins urgents pour une part importante de la population du territoire et conforter Henri-Mondor dans son rôle d’établissement de référence pour l’est francilien.