Éric Ciotti met fin à une mesure phare de son prédécesseur. Le maire de Nice a annoncé la suppression des kits de fournitures scolaires gratuits pour la rentrée 2026. Ce dispositif concernait 22 000 élèves des écoles élémentaires publiques et privées sous contrat. Christian Estrosi l’avait lancé en 2025, quelques mois seulement avant les élections municipales. La décision suscite une vive polémique à moins d’un mois de la reprise des classes.
La municipalité avance deux arguments principaux pour justifier ce choix. D’une part, le coût du programme atteignait 440 000 euros par an, soit environ 20 euros par élève, livraison et logistique comprises. D’autre part, le contenu des kits ne répondait pas aux besoins réels des familles. Éric Ciotti décrit un trousseau particulièrement limité : quelques stylos, feutres, crayons, une règle, de la colle et une ardoise. Selon lui, cet ensemble ne couvrait absolument pas les besoins d’une année scolaire complète.
L’entourage du maire va encore plus loin dans la critique. Il qualifie le dispositif de mesure électoraliste décidée par Estrosi juste avant le scrutin municipal. Cette suppression s’inscrit d’ailleurs dans un plan d’économies plus large. En avril dernier, la nouvelle municipalité a présenté un programme de réduction des dépenses de 60 millions d’euros. Les fournitures scolaires gratuites figuraient parmi les postes ciblés.
En contrepartie, la mairie promet de renforcer les moyens directement alloués aux écoles. Plus d’un million d’euros de crédits pédagogiques seront distribués aux enseignants pour la rentrée 2026-2027. Ces enveloppes permettront aux professeurs d’acheter eux-mêmes le matériel qu’ils jugent nécessaire pour leurs classes. Selon la municipalité, cette approche garantit un meilleur ciblage des achats par rapport à un kit standardisé.
La mairie rappelle également que d’autres aides existent déjà. L’allocation de rentrée scolaire, versée par la CAF sous conditions de ressources, atteint 426,87 euros par enfant âgé de 6 à 10 ans en 2026. La municipalité considère donc que le kit de fournitures faisait doublon avec ce dispositif national.
L’opposition ne l’entend toutefois pas de cette oreille. Le groupe « Tous pour Nice, union de la droite et du centre », issu de l’ancienne majorité d’Estrosi, dénonce une mesure d’économie injuste. Selon ces élus, le maire fait payer aux familles le prix de ses arbitrages budgétaires. Ils exigent par ailleurs une transparence absolue sur les montants réellement réinjectés dans les établissements scolaires.
À gauche, Patrick Allemand, du groupe Unis pour Nice, condamne lui aussi cette décision. Il la qualifie de brutale et estime qu’elle imposera une facture supplémentaire aux familles au pire moment. En effet, le coût de la vie continue d’augmenter et la rentrée scolaire pèse déjà lourdement sur les budgets des ménages.
Les critiques soulignent aussi une dimension symbolique importante. La gratuité des fournitures offrait une base commune à tous les élèves, quelle que soit la situation financière de leurs parents. En supprimant ce dispositif, la municipalité renvoie chaque famille à ses propres moyens. Pour les foyers les plus modestes qui ne remplissent pas les conditions de l’allocation de rentrée, la charge supplémentaire sera réelle.
Ce débat ne concerne d’ailleurs pas uniquement Nice. Partout en France, les collectivités font face à des tensions budgétaires qui les obligent à trancher. À Saint-Denis, la municipalité LFI a au contraire choisi de distribuer des fournitures gratuites pour la rentrée 2026. À Vaulx-en-Velin, une autre mairie LFI a pourtant pris la décision inverse en supprimant ses propres kits.
La rentrée de septembre permettra de mesurer concrètement l’impact de cette décision sur les familles niçoises. En attendant, le sujet alimente une guerre politique entre l’ancienne et la nouvelle majorité municipale, sur fond de bras de fer budgétaire.

