La décision rendue le 15 avril 2026 par le tribunal judiciaire de Paris dans l’affaire d’une société civile immobilière (SCI) marquant une étape importante dans la politique parisienne de lutte contre la transformation illégale de logements en meublés de tourisme. La Ville de Paris considère cette condamnation comme une forme de victoire pour la toute nouvelle Brigade de protection du logement, qu’elle a officiellement annoncée lors du Conseil de Paris exceptionnel du 14 avril. Le jugement impose à la SCI une amende totale de 585 000 euros, un montant qualifié de record pour ce type d’infraction dans la capitale, ce qui renforce symboliquement la réponse judiciaire face aux pratiques de détournement de logements.
L’immeuble concerné se trouve dans le 9e arrondissement, un secteur déjà fortement affecté par la présence de locations touristiques. Sur un parc d’environ 41 000 logements, près de 2 250 sont actuellement proposés à la location via la plateforme Airbnb, soit environ 5,5 % du total, dont une part importante relève de logeurs professionnels. Le bâtiment incriminé avait été acquis fin 2022 alors qu’il abritait une résidence sociale destinée à recevoir des personnes en situation de précarité, offrant ainsi un usage de logement social et de longue durée. À la fin de l’année 2023, l’intégralité des locaux a été reconvertie en 11 meublés de tourisme, exploités sur la plateforme, sans que la SCI ne demande l’autorisation officielle de changement d’usage, pourtant prévue par la réglementation parisienne. Ce changement de destination, qui retire définitivement 11 logements du parc résidentiel, constitue la base de l’amende principale de 445 000 euros, jugée particulièrement lourde par le tribunal.
Au-delà de cette infraction centrale, les investigations municipales et le travail de la Brigade de protection du logement ont révélé plusieurs autres manquements. La société a été reprochée de ne pas avoir inscrit correctement certains de ses meublés touristiques, avec notamment l’absence de numéro d’enregistrement sur certaines annonces, un élément de traçabilité obligatoire pour les locations de courte durée. Elle a également été pointée pour ne pas avoir transmis à un contrôleur assermenté les documents demandés lors de ses interventions, privant la Ville de données indispensables pour vérifier la régularité de l’activité. Ces éléments ont ajouté 140 000 euros à la sanction, portant la somme totale à 585 000 euros, ce qui, à lui seul, dépasse le cumul de toutes les amendes prononcées dans le 9e arrondissement entre 2020 et 2025 pour des cas similaires, soulignant la fermeté accrue des autorités.
Le tribunal n’a pas seulement infligé une amende, il a aussi pris une mesure coercitive destinée à mettre fin à l’activité illégale dans les meilleurs délais. La SCI est tenue de cesser immédiatement l’exploitation de l’ensemble des 11 meublés touristiques, sous peine de devoir payer une astreinte de 1 000 euros par logement et par jour tant que la clause ne serait pas respectée. Cela représente, au total, 11 000 euros par jour si la société décidait de poursuivre son activité, créant ainsi une pression financière considérable pour la pousser à la régularisation ou à la remise en location de droit commun. Par ailleurs, la décision prévoit le versement de 22 000 euros à la Ville de Paris au titre des frais d’avocat, ce qui renforce encore le coût global de la sanction et traduit la volonté de la collectivité de ne pas laisser à la charge du contribuable les dépenses liées à la défense de l’intérêt général.
Dans un contexte de forte tension sur le marché du logement parisien, où la Ville diagnostique des fraudes récurrentes et un retrait croissant de résidences du parc de longue durée, cette affaire illustre la stratégie volontariste de la municipalité. Les meublés de tourisme illégaux, souvent gérés par des acteurs professionnels, retirent des unités de logement abordables aux habitants tout en accentuant la pression sur les prix et la rareté de l’offre.
Immobilier illégal : une amende record à Paris
Par Gilbert Caron
Publié le 30 avril 2026 à 10h43 – Temps de lecture : 4 minutes
