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Journée nationale Coramavi : renforcer la résilience face aux crises sanitaires majeures

Par Gilbert Caron
Publié le 19 mars 2026 à 11h42 – Temps de lecture : 6 minutes

Le 19 mars 2026 marque une étape importante dans l’organisation du système de santé français face aux situations d’urgence extrême. À cette date, la mission nationale de coordination opérationnelle de la réponse à l’afflux massif de victimes, connue sous le nom de Coramavi, tient sa première journée nationale au Conseil de l’Europe à Strasbourg. Placée sous la responsabilité des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg et de l’Agence régionale de santé Grand Est, sous l’autorité du ministère de la Santé, cette initiative vise à structurer une réponse collective plus efficace face à des événements générant un nombre exceptionnel de blessés.

Cette mission, mise en place en 2025, repose sur un réseau de 18 établissements de santé identifiés comme structures de référence pour gérer des situations de surcharge massive. Elle intervient dans des contextes variés, allant d’accidents collectifs à des événements intentionnels comme des attentats. En parcourant l’ensemble du territoire et en rencontrant les sites concernés, la Coramavi a permis d’harmoniser les pratiques et de diffuser des protocoles adaptés aux situations critiques. Ce travail a notamment conduit à la création de formations spécifiques destinées aux responsables médicaux appelés à piloter des dispositifs de crise, renforçant ainsi leur capacité de décision dans des contextes particulièrement contraints.

La rencontre organisée à Strasbourg constitue un moment d’échange et de réflexion autour des enjeux opérationnels liés à ces situations exceptionnelles. Parmi les thématiques abordées figurent la gestion des blocs opératoires en contexte de saturation, la prise en charge psychologique des victimes et des équipes soignantes, ainsi que l’analyse des retours d’expérience issus de crises passées. L’objectif est de tirer des enseignements concrets afin d’améliorer les dispositifs existants et d’assurer une réponse plus rapide et coordonnée lorsque les capacités hospitalières sont mises à rude épreuve.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre du plan Orsan Amavi, dispositif national conçu pour organiser la mobilisation des ressources médicales lors d’événements dépassant les capacités habituelles des structures de soins. Ce plan prévoit une montée en charge progressive des moyens, permettant de répartir les patients entre différents établissements, de mobiliser des renforts au niveau interrégional et d’adapter les priorités médicales en fonction de la gravité des cas. Il vise ainsi à éviter les phénomènes de saturation observés lors de crises antérieures, notamment lors des attentats de 2015 ou de catastrophes impliquant de nombreux blessés.

La Coramavi s’inscrit dans un ensemble plus large de missions nationales spécialisées dans la gestion des risques sanitaires. À l’image de la Coreb, dédiée aux menaces infectieuses, d’autres structures comme Cortox ou Corrad se concentrent respectivement sur les risques chimiques et radiologiques. Cette organisation permet de couvrir l’ensemble des scénarios possibles et de proposer des réponses adaptées à chaque type de crise. Les travaux menés au sein de ces réseaux contribuent à l’élaboration de recommandations pratiques, à l’identification des besoins en formation et à l’amélioration continue des dispositifs existants.

Les établissements de référence jouent un rôle central dans cette stratégie. Souvent dotés d’équipements de pointe et de compétences spécialisées, ils constituent les pivots d’un dispositif capable de faire face à des afflux massifs de patients. La mission nationale recense leurs besoins en matière de ressources humaines, de matériel et de formation afin d’optimiser leur préparation. Des exercices réguliers, organisés sous l’autorité des agences régionales de santé, permettent de simuler des situations réalistes et d’entraîner les équipes à gérer des volumes de patients bien supérieurs à leur activité habituelle.

La prise en compte de la dimension psychologique constitue un axe majeur de cette préparation. Les professionnels de santé, confrontés à des situations de forte intensité émotionnelle, peuvent bénéficier de dispositifs de soutien visant à prévenir les conséquences à long terme. De leur côté, les victimes ont accès à une prise en charge intégrant un accompagnement psychologique dès leur admission, afin de limiter les impacts durables des traumatismes. Ces approches, inspirées de pratiques internationales, participent à une prise en charge globale des crises sanitaires.

Les blocs opératoires, au cœur du dispositif en cas d’afflux massif de blessés, font également l’objet d’une attention particulière. Des protocoles de priorisation sont mis en place pour optimiser l’utilisation des ressources disponibles et garantir une prise en charge rapide des cas les plus graves. Parallèlement, des stocks stratégiques de matériel médical et de produits essentiels sont constitués pour faire face à une augmentation soudaine de la demande. La coordination entre établissements permet également de transférer certains patients vers des structures moins sollicitées, afin de préserver les capacités des centres les plus exposés.

Cette première journée nationale illustre une évolution vers une approche plus anticipatrice de la gestion des crises sanitaires. Les établissements impliqués ont déjà élaboré des plans spécifiques intégrant des capacités d’accueil supplémentaires en cas de situation dégradée. Des exercices d’ampleur, mobilisant plusieurs milliers de professionnels, permettent de tester ces dispositifs et d’intégrer des innovations technologiques, comme l’utilisation de systèmes automatisés pour le tri des patients ou le déploiement de moyens logistiques avancés.

Les perspectives d’évolution portent notamment sur une meilleure mutualisation des ressources rares et sur l’intégration de nouveaux types de risques, en particulier ceux liés aux événements climatiques extrêmes. Des coopérations transfrontalières sont également développées afin de renforcer la coordination avec les pays voisins, notamment dans les régions frontalières.

À travers cette initiative, le système de santé français affirme sa volonté de renforcer sa capacité de réponse face aux crises majeures. La structuration de réseaux spécialisés, la diffusion de bonnes pratiques et l’organisation d’exercices réguliers contribuent à construire une réponse collective plus robuste. Dans un contexte marqué par l’incertitude et la multiplication des risques, cette démarche vise à garantir que chaque établissement soit en mesure de faire face efficacement à des situations exceptionnelles, au bénéfice direct des populations.