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Le suédois Scania choisit la France pour se réindustrialiser

Par Marc Blanc
Publié le 31 mai 2026 à 08h40 – Temps de lecture : 3 minutes

À la veille du grand sommet Choose France, véritable vitrine de l’attractivité économique de l’Hexagone, le gouvernement enregistre un signal fort pour sa stratégie de souveraineté et de réindustrialisation verte. Philippe Tabarot, ministre des Transports, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, ont officialisé l’annonce d’un investissement de 70 millions d’euros par le constructeur suédois Scania. Cette enveloppe financière sera intégralement fléchée vers son site de production historique situé à Angers, en Maine-et-Loire, afin d’amorcer le virage de la motorisation lourde 100 % électrique.

Le projet industriel dévoilé prévoit une transformation en profondeur des capacités du site d’Angers. L’investissement va permettre la construction d’une extension de l’usine actuelle via l’édification d’un tout nouveau bâtiment industriel, ainsi qu’une restructuration lourde des lignes d’assemblage existantes. Ces installations modernisées seront spécifiquement configurées pour intégrer les chaînes de traction électriques et les packs de batteries haute capacité. Le complexe angevin, qui emploie actuellement près de 1 500 salariés et affiche une capacité de production annuelle variant entre 20 000 et 30 000 poids lourds, s’impose comme l’un des trois poumons industriels de Scania en Europe, aux côtés de ceux basés en Suède et aux Pays-Bas. Selon les projections ministérielles et de la direction, cette montée en puissance technologique pourrait générer la création de plusieurs centaines d’emplois qualifiés à moyen terme, en fonction de la réactivité du marché.

Ce virage stratégique intervient à un moment critique pour le marché français du fret. L’adoption des motorisations propres dans le secteur des transports lourds y est encore marginale. Les camions électriques ne représentent actuellement que 2 % des ventes globales de poids lourds en France, alors que cette part atteint déjà 7 % en Allemagne et s’envole à près de 18 % aux Pays-Bas. Pour combler cet écart et inciter les transporteurs routiers à renouveler leurs flottes, l’État a récemment musclé les leviers de son plan national d’électrification.

L’aide financière directe de l’État à l’acquisition d’un poids lourd électrique a d’abord été fortement revalorisée, passant d’un plafond de 60 000 euros à un montant maximal de 100 000 euros pour les silhouettes de véhicules les plus lourdes. Pour lever le frein majeur de l’autonomie sur les longs trajets logistiques, le ministère des Transports s’est également engagé sur un plan d’action visant à installer 8 000 points de recharge rapide exclusivement dédiés aux poids lourds sur l’ensemble du réseau routier national au cours des dix prochaines années. Enfin, les obligations de verdissement des flottes professionnelles et la stimulation de l’achat public de véhicules lourds à zéro émission seront durcies par le biais de l’article 18 du projet de loi-cadre pour les transports défendu par l’exécutif.

Pour le gouvernement, le choix de Scania valide la pertinence du modèle de croissance fondé sur la décarbonation industrielle. En fabriquant les futurs outils logistiques du fret routier directement sur le sol national, la France entend réduire l’empreinte carbone globale du secteur logistique, tout en sécurisant l’emploi industriel local et en limitant l’exposition de l’économie aux chocs sur les importations d’énergies fossiles.