Le nom des Menier est indissociable de Noisiel, où la célèbre dynastie de chocolatiers a bâti, au XIXe siècle, son usine et sa cité ouvrière, aujourd’hui encore parmi les fleurons du patrimoine industriel francilien. C’est un chapitre plus lointain, et largement méconnu, de cette saga familiale que la ville s’apprête à mettre en lumière. À partir du 16 septembre, elle présente l’exposition « Anticosti, terre d’aventure et d’utopie », installée à l’ancienne mairie, place Gaston-Menier. Accessible gratuitement et ouverte à tout public, la manifestation se tiendra jusqu’au 2 octobre. Le service municipal du patrimoine et du tourisme, qui en assure l’organisation, entend y raconter une histoire pour le moins inattendue : celle de l’achat, en 1895, par l’industriel Henri Menier, d’une île tout entière, située au large des côtes canadiennes, dans le golfe du Saint-Laurent, au Québec.
Vaste et sauvage, l’île d’Anticosti devint alors la propriété privée d’un chocolatier français, qui nourrissait le projet d’en faire un domaine façonné à son idée. Henri Menier était alors à la tête de l’une des plus importantes chocolateries de son époque, dont l’usine, au bord de la Marne, faisait la renommée de Noisiel. Cet héritier d’une fortune industrielle voulut y bâtir un territoire modèle, mêlant chasse, exploitation des ressources et aménagement du sol. L’exposition invite ainsi à un voyage pour le moins dépaysant, de la vallée de la Marne aux rives du Saint-Laurent, sur les traces d’un homme dont les ambitions ne s’arrêtaient pas aux portes de sa chocolaterie. Elle offre l’occasion de mesurer combien la réussite d’une maison née à quelques kilomètres de Paris put ouvrir des horizons insoupçonnés jusqu’aux confins de l’Amérique du Nord. Plus d’un siècle plus tard, cet épisode continue d’intriguer, tant il tranche avec l’image d’un simple fabricant de tablettes de chocolat.
Le parcours évoque la réserve de chasse et de pêche qu’Henri Menier fit aménager sur l’île, l’exploitation de ses ressources naturelles, mais aussi la naissance d’un village conçu de toutes pièces, Port-Menier, et l’édification d’un château, résidence depuis disparue. À travers ce récit se dessine une forme d’utopie industrielle et paternaliste, à l’image de ce que la famille avait déjà mis en œuvre à Noisiel même : là, l’usine, les logements ouvriers, l’école et les équipements formaient un ensemble pensé comme un tout, où la vie des salariés était en grande partie organisée par l’employeur. En reliant les deux rives de l’Atlantique, la ville éclaire la manière de voir d’une dynastie qui entendait maîtriser aussi bien la fabrication du chocolat que le cadre de vie de ceux qui la faisaient prospérer.
La commune, qui veille aujourd’hui à la préservation et à la transmission de ce passé, inscrit cette exposition dans le travail de mémoire qu’elle mène autour des Menier et de leur empreinte, encore très visible dans le paysage local. Autour de l’ancienne mairie, le visiteur retrouve d’ailleurs, à ciel ouvert, les traces de cette histoire : les logements de la cité ouvrière, les bâtiments de l’ancienne chocolaterie et jusqu’aux noms des rues rappellent partout le rôle joué par la famille dans l’essor de la ville.
Côté pratique, la galerie de l’ancienne mairie sera ouverte du mercredi au vendredi, de 14h à 17h. Un temps d’ouverture élargi est par ailleurs prévu le week-end des 19 et 20 septembre, de 10h à 18h. L’entrée étant libre, chacun pourra, au fil du parcours, mesurer la distance qui sépare la petite ville de la Marne des immensités canadiennes, tout en la rapprochant le temps d’une visite.
Noisiel : l’aventure d’Anticosti
Par Renaud Morelli
Publié le 11 septembre 2026 à 12h48 – Temps de lecture : 4 minutes
