Face à la persistance et à la complexité des problématiques liées à la toxicomanie de rue dans la capitale, l’État et la Ville de Paris ont franchi une nouvelle étape dans leur stratégie de coopération. Le 6 mai dernier, une réunion de haut niveau s’est tenue à l’Hôtel de Ville, rassemblant les figures de proue de la préfecture de région, de la préfecture de Police, du parquet de Paris, de l’Agence régionale de santé (ARS) Île-de-France ainsi que de la municipalité. Ce sommet avait pour vocation de dresser un état des lieux exhaustif et de définir les perspectives du « Plan crack », un dispositif cadre lancé en 2019 qui coordonne désormais l’action publique. L’objectif réaffirmé par l’ensemble des participants est de maintenir une pression constante sur les réseaux de trafic tout en densifiant les filets de sécurité sanitaire pour les usagers les plus marginalisés.
Les autorités ont tenu, en préambule, à rendre un hommage appuyé à l’engagement sans faille des associations spécialisées. Ces acteurs de terrain constituent le pivot central de la lutte contre l’exclusion, assurant quotidiennement un travail de médiation et d’accompagnement social indispensable. Sans leur intervention, l’accès au soin, à l’hébergement d’urgence et aux processus de réinsertion resterait hors de portée pour une population souvent en rupture totale avec les institutions classiques.
Une intensification sans précédent de la prise en charge médico-sociale
Le renforcement du volet sanitaire s’articule désormais autour de dispositifs mobiles et fixes dont la capacité a été largement revue à la hausse. Pour aller au-devant des consommateurs là où ils se trouvent, dix équipes de maraudes spécialisées sillonnent désormais les rues chaque jour, fruit d’un financement conjoint entre l’État, la Ville et l’ARS. Cette présence proactive est complétée par un élargissement substantiel des horaires d’ouverture des centres d’accueil, permettant d’offrir une solution de mise à l’abri et un accompagnement humain à des publics qui, autrement, resteraient livrés à l’errance nocturne.
L’année 2024 a marqué un tournant avec l’inauguration par l’État de trois structures d’accueil supplémentaires, dont une unité pionnière exclusivement dédiée aux femmes, particulièrement exposées aux violences en milieu de rue. En parallèle, l’ARS a musclé les dispositifs hospitaliers et médico-sociaux, notamment via le programme Assore (Accompagnement social et aux soins pour une orientation ensemble). Ce dispositif permet de mobiliser environ 700 places d’hébergement chaque nuit pour sécuriser les parcours de sevrage. L’innovation se poursuit également sur le plan clinique avec l’ouverture, prévue au 1er juin 2026, d’un second dispositif d’observation et d’orientation (D2O) au sein du service d’addictologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, visant à stabiliser les patients présentant des comorbidités psychiatriques sévères.
Un maillage judiciaire et policier pour reconquérir l’espace public
La lutte contre l’insécurité et les nuisances subies par les riverains constitue l’autre pilier majeur de cette mobilisation. La préfecture de Police déploie une stratégie de harcèlement des points de deal afin d’asphyxier l’offre de stupéfiants. Cette action répressive a porté ses fruits avec le démantèlement de 89 « cuisines » de transformation du crack au cours des quatre dernières années, dont 26 interventions majeures pour la seule année 2025. L’enjeu est de neutraliser les lieux de production artisanale pour briser la chaîne d’approvisionnement locale.
Sur le terrain judiciaire, le Parquet de Paris a instauré une architecture de coordination de plus en plus fine. Outre la présidence du Groupe local de traitement de la délinquance depuis 2018, la procureure de Paris a mis en place une Cellule opérationnelle de coordination judiciaire (COCJ). Après un déploiement réussi dans le quartier des Halles, cet outil a été étendu au secteur de Rosa Parks en mars 2026. Cette structure permet un partage d’informations en temps réel entre les différents services d’enquête, garantissant une réponse pénale plus rapide et mieux structurée, notamment par le biais de défèrements systématiques pour les trafiquants.
La recherche d’un équilibre entre sanction et injonction de soins
L’une des singularités de la stratégie parisienne réside dans sa capacité à lier indissociablement la réponse pénale à l’exigence thérapeutique. En 2025, sur les 1 000 procédures liées au crack traitées par le parquet, une part significative a été orientée vers des alternatives au tout carcéral pour les consommateurs. Ainsi, 420 individus ont fait l’objet d’injonctions aux soins, une mesure qui s’appuie sur la présence constante d’une équipe de psychologues du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences au sein même du tribunal. Ce dispositif a permis d’accompagner 226 usagers durant l’année écoulée, facilitant une prise en charge immédiate dès la sortie de l’audience.
En conclusion de cette réunion du 6 mai, les partenaires institutionnels ont réaffirmé leur engagement à ne pas relâcher l’effort. Si les résultats statistiques témoignent d’une activité intense, la nécessité d’innover et de renforcer les moyens communs demeure une priorité absolue. L’objectif final reste inchangé : apaiser durablement le quotidien des Parisiens tout en offrant aux usagers de drogues un chemin vers la dignité et le rétablissement, transformant ainsi une crise sanitaire complexe en une politique de protection sociale et sécuritaire globale.

