Dans un contexte macroéconomique alourdi par les tensions géopolitiques mondiales, la question du pouvoir d’achat des travailleurs reste au centre des priorités gouvernementales. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, a réuni l’ensemble des partenaires sociaux (Medef, CPME, U2P pour le patronat ; CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC pour les syndicats) ainsi que les organisations multiprofessionnelles observatrices pour faire le point sur l’état du dialogue social dans les 179 branches professionnelles du secteur général. Cette session du comité de suivi a servi à la fois de bilan pour les efforts passés et de caisse de résonance pour les nouveaux dispositifs de soutien aux ménages modestes, particulièrement touchés par l’inflation induite par la crise au Moyen-Orient.
Le ministre a profité de cette tribune pour rappeler les arbitrages budgétaires récemment validés en faveur des salariés les plus exposés aux hausses de prix. Dès le 1er juillet 2026, trois millions de foyers bénéficieront d’une revalorisation de la prime d’activité à hauteur de 50 euros par mois. En parallèle, l’exécutif déploie une série de mesures d’urgence, notamment l’augmentation à 100 euros de l’aide destinée aux professionnels gros rouleurs, le doublement du plafond légal d’exonération fiscale de la prime transport et une revalorisation ciblée des indemnités kilométriques pour les aides à domicile. Ces filets de sécurité financiers visent à amortir les coûts de transport et du quotidien en attendant que les grilles salariales conventionnelles s’ajustent à la réalité économique.
L’ordre du jour était principalement dicté par l’annonce d’une hausse mécanique du SMIC de 2,41 % programmée pour le 1er juin 2026. Avant cette échéance, le diagnostic partagé par le comité montre que 149 branches professionnelles (soit 83 % du total, couvrant 14,6 millions de salariés) présentaient des minima conformes ou supérieurs au salaire minimum de référence. Néanmoins, 30 branches affichaient encore des grilles en retard par rapport au SMIC du début d’année, dont dix depuis plus de douze mois. Si le gouvernement salue les avancées des derniers mois, la hausse du SMIC au 1er juin va mécaniquement bousculer cet équilibre transitoire : 126 branches professionnelles vont se retrouver instantanément en situation de non-conformité technique, le temps que leurs propres négociations internes aboutissent.
Face à ce décrochage récurrent lors de chaque revalorisation légale, le ministre du Travail a rappelé la sévérité du cadre légal en vigueur. Le Code du travail impose aux branches concernées d’ouvrir de nouvelles négociations salariales dans un délai maximal de 45 jours après la hausse du salaire minimum. Surtout, le gouvernement s’apprête à actionner un levier coercitif majeur issu de l’article 20 de la loi de financement de la Sécurité sociale. À l’avenir, les entreprises rattachées à une branche structurellement non conforme sur toute une année civile risquent de voir leurs allègements généraux de charges patronales rabotés, à moins de prouver qu’elles rémunèrent individuellement leurs salariés au-dessus du salaire minimum. Le projet de décret d’application de cette mesure de sanction sera très prochainement présenté aux partenaires sociaux.
Enfin, les discussions ont mis en lumière le vaste chantier de la révision des classifications professionnelles, indispensable pour garantir de réelles perspectives de carrière et éviter le tassement des bas salaires. Le constat statistique reste sévère, bien qu’en amélioration : sur les 179 branches suivies, 97 s’appuient sur un accord de classification vieux de plus de cinq ans, et 63 d’entre elles n’ont pas révisé leur grille depuis plus d’une décennie. Jean-Pierre Farandou a insisté sur la nécessité d’accélérer la dynamique de modernisation de ces grilles, affirmant sa confiance dans la négociation collective pour sceller des accords équilibrés capables de concilier la viabilité économique des entreprises et l’attractivité des métiers.

