Dans les Yvelines, la question de l’usage détourné du protoxyde d’azote s’est imposée comme un enjeu majeur de sécurité publique et de santé au fil des derniers mois. Ce phénomène, longtemps cantonné à des usages marginaux, s’est progressivement installé dans l’espace public, au point de susciter une réponse ferme de l’État. Face à cette situation jugée alarmante, le préfet des Yvelines a décidé de renforcer significativement les mesures de prévention et de protection de la population par la prise d’un arrêté préfectoral encadrant strictement la vente, la détention et la consommation de ce gaz sur l’ensemble du département.
La progression de ces usages détournés est particulièrement marquée dans les Yvelines. Les services de l’État et les forces de l’ordre constatent une banalisation de la consommation de protoxyde d’azote, souvent associée à des rassemblements festifs ou à des usages nocturnes. Cette évolution s’accompagne de troubles récurrents à l’ordre public, qui mobilisent de plus en plus les services de police et de gendarmerie. Violences, dégradations de biens publics et privés, infractions au Code de la route ou encore comportements dangereux sur la voie publique sont régulièrement signalés dans des contextes liés à la consommation de ce produit.
Les chiffres recensés pour l’année 2025 illustrent de manière très concrète l’ampleur du phénomène. Au total, 268 interventions des forces de l’ordre ont été enregistrées dans le département en lien direct avec l’usage de protoxyde d’azote. Ce chiffre représente une hausse de près de 72 % par rapport à l’année 2024, traduisant une aggravation rapide de la situation. Ces interventions concernent plus particulièrement les soirées et les week-ends, périodes durant lesquelles la consommation est la plus élevée et où les risques pour la sécurité publique et la sécurité routière sont particulièrement importants.
Au-delà des atteintes à l’ordre public, les conséquences environnementales et matérielles de ces pratiques sont également préoccupantes. L’abandon de cartouches et de bonbonnes sur la voie publique est devenu un phénomène fréquent. Ces déchets génèrent une pollution visible, dégradent le cadre de vie des habitants et présentent des risques spécifiques, notamment en raison de leur caractère sous pression, pouvant aller jusqu’à des dangers d’explosion. Ces comportements contribuent à un sentiment d’insécurité et d’incivilité dans de nombreuses communes du département.
Les risques sanitaires liés à l’usage détourné du protoxyde d’azote constituent un autre volet majeur de l’inquiétude des autorités. Ce gaz, lorsqu’il est consommé en dehors de tout cadre médical ou professionnel, expose les usagers à des dangers réels et parfois graves, en particulier lorsque la consommation est répétée ou réalisée à fortes doses. Les effets sur la santé peuvent être multiples : atteintes neurologiques sévères, troubles cardiovasculaires, pertes de connaissance ou encore troubles psychiatriques figurent parmi les complications observées. La diminution des réflexes et l’altération des perceptions augmentent fortement le risque d’accident, notamment lors de la conduite de véhicules.
Dans certaines situations, les dommages provoqués par ces consommations peuvent être irréversibles. Les autorités sanitaires alertent sur la possibilité de séquelles durables, touchant plus particulièrement des publics jeunes, souvent moins conscients des dangers encourus. Cette dimension sanitaire renforce la nécessité d’une action publique forte, combinant prévention, réglementation et contrôle.
C’est dans ce contexte que le préfet des Yvelines a pris un arrêté préfectoral visant à encadrer strictement l’usage du protoxyde d’azote. Ce texte, applicable du 1er février 2026 au 1er mars 2026 inclus, prévoit une série de mesures destinées à limiter l’accès à ce produit et à en restreindre les usages dangereux. La vente de protoxyde d’azote aux particuliers est ainsi interdite sur l’ensemble du département. La commercialisation reste autorisée uniquement à destination des professionnels, dans des conditions strictes, entre 8h et 20h, et sous réserve de la présentation d’un justificatif professionnel accompagné d’une pièce d’identité.
L’arrêté instaure également une interdiction claire de la détention et de la consommation de protoxyde d’azote sur la voie publique, quelle que soit la forme du contenant. Cartouches, bonbonnes, bouteilles ou tout autre récipient sous pression sont concernés par cette interdiction. Le dépôt ou l’abandon de ces contenants sur la voie publique est également prohibé, afin de lutter contre les nuisances, la pollution et les risques pour la sécurité des personnes et des biens. Il est toutefois précisé que les cartouches dont le poids individuel est égal ou inférieur à 8,6 grammes ne sont pas concernées par certaines dispositions de l’arrêté.
Ces mesures locales viennent renforcer un cadre légal national déjà strict. La loi du 1er juin 2021 encadre en effet la vente et l’usage du protoxyde d’azote sur l’ensemble du territoire. Elle interdit notamment la vente ou l’offre de ce produit aux mineurs, ainsi que toute incitation visant à encourager un mineur à détourner un produit afin d’en obtenir des effets psychoactifs, une infraction passible d’une amende pouvant atteindre 15 000 euros. La vente de protoxyde d’azote dans les débits de boissons et de tabac est également interdite. L’arrêté préfectoral pris dans les Yvelines s’inscrit dans cette continuité, en adaptant la réponse de l’État aux réalités locales et en annonçant des contrôles renforcés.
Par cette décision, le préfet des Yvelines réaffirme sa volonté de faire de la sécurité de tous une priorité absolue. L’objectif affiché est de protéger la population, et plus particulièrement les plus jeunes, de lutter contre la banalisation d’usages dangereux et de préserver durablement la tranquillité publique.
Préfecture : lutte renforcée contre le protoxyde d’azote
Par Renaud Morelli
Publié le 3 février 2026 à 13h52 – Temps de lecture : 6 minutes
