À Sèvres, octobre a des airs de parenthèse urbaine. Depuis le 6 octobre et jusqu’au 24, la médiathèque accroche à ses cimaises « Le pas suspendu », une exposition de l’artiste visuel Patrick Muller consacrée à la ville et à ses passants. Pour les Sévriens qui ne l’auraient pas encore vue, il reste une poignée de jours, cette semaine et la suivante, pour s’y arrêter – et l’entrée est libre. Quelques marches, une porte poussée, et l’on passe du trottoir aux cimaises : l’exposition joue précisément de ce glissement entre le dehors et le dedans. Nichée au cœur de la commune, la médiathèque profite de l’automne pour faire de la rue, du mouvement et du quotidien le fil rouge de sa programmation, et invite le public à poser un autre regard sur l’espace familier qu’il traverse chaque jour sans toujours le voir.
Le titre dit déjà beaucoup : « Le pas suspendu », c’est cet instant où l’on s’arrête, où le mouvement se fige et où la ville se laisse enfin regarder. Patrick Muller photographie la rue avec ce qu’il appelle un regard oblique, attentif aux jeux de lumière, aux matières et aux silhouettes qui composent, sans cesse recomposée, la scène urbaine. Le visiteur y croisera des scènes saisies au fil des déambulations de l’artiste : une flaque qui renverse le ciel, une façade striée de soleil, un passant pris dans son élan. Autant d’images qui tiennent moins du reportage que de la rêverie. Sa démarche, dit-il, est née « par curiosité et par jeu », comme un exercice de renouvellement du regard. L’artiste aime citer le chercheur Michael Sheringham, pour qui les habitants d’une ville en inventent une seconde, métaphorique, à l’intérieur de la première. Ce travail photographique dialogue avec son journal filmé, baptisé « Des jours », où il consigne au fil du temps la matière du quotidien. De quoi transformer une simple visite en invitation à ralentir.
L’exposition s’inscrit dans un mois entièrement tourné vers les cultures urbaines à la médiathèque. Après un atelier de graffiti numérique proposé en début de mois, l’établissement donnera rendez-vous le samedi 17 octobre, de 15h à 16 h 30, pour un atelier de beatbox ouvert au public, où petits et grands pourront s’essayer aux percussions vocales. Cet art du rythme fait à la bouche, né dans la culture hip-hop, prolonge joliment le propos de l’exposition : rendre à la ville ses images et ses sons. La médiathèque confirme ainsi son rôle de lieu de cultures au cœur de la cité, où l’on vient autant pour emprunter un livre que pour découvrir une exposition, suivre un atelier ou simplement se poser. Les horaires d’ouverture et le détail des rendez-vous sont à vérifier auprès de l’équipe avant de s’y rendre.
Au-delà de l’événement, la proposition fait écho à une ville qui cultive volontiers son rapport à l’image et à la création. En donnant à voir la rue – la nôtre, celle de n’importe quelle ville – Patrick Muller rappelle que le spectacle est parfois sous nos pieds, dans un reflet, une ombre portée ou une passante qui hésite. Comme beaucoup de médiathèques, celle de Sèvres ne se limite pas au prêt de livres : expositions, ateliers et rencontres y rythment la saison et rappellent qu’un tel lieu demeure, à l’ère des écrans, un refuge ouvert à tous, gratuit et sans condition. On y entre pour un roman, on en ressort avec une exposition en tête. L’exposition se termine le 24 octobre : les retardataires ont tout intérêt à profiter des deux prochaines semaines pour pousser la porte de la médiathèque. Gratuite et sans réservation, la visite se glisse facilement entre deux courses ou à la sortie de l’école. Entre les images de Patrick Muller et les rythmes du beatbox, Sèvres offre, à qui veut bien s’y attarder, une jolie manière de regarder – et d’écouter – la ville autrement, le temps d’un automne.
Sèvres : la rue s’expose à la médiathèque
Par Assia Bedja
Publié le 12 octobre 2026 à 16h55 – Temps de lecture : 4 minutes
