Depuis le printemps 2024, l’île de Porquerolles, au large d’Hyères, reçoit de l’eau potable venue du continent. Une canalisation sous-marine, baptisée Sealine, relie désormais la presqu’île de Giens à l’île. Mise en service en mai 2024, elle vient compléter les captages d’eau souterraine déjà présents sur place. Son rôle est d’assurer l’approvisionnement de l’île lors des pics de fréquentation estivaux, quand la demande explose.
Le défi est de taille. Hors saison, Porquerolles ne compte qu’environ 300 habitants permanents, mais en plein été l’île peut accueillir jusqu’à 15 000 visiteurs par jour. Cette explosion de la population fait bondir la consommation d’eau, qui atteint alors 800 mètres cubes par jour, soit 34 mètres cubes par heure en moyenne. Jusque-là, l’île dépendait presque entièrement de forages puisant dans une nappe locale limitée, exposée en été au risque d’intrusion d’eau salée lorsque l’on pompe trop. La nouvelle liaison vise donc à garantir l’eau potable en toute saison, sans épuiser cette ressource fragile.
La prouesse est avant tout technique. La conduite mesure 5,2 kilomètres de long pour un diamètre de 20 centimètres, et elle descend jusqu’à 18 mètres sous la surface de la mer. Fait notable, le système fonctionne entièrement par gravité, sans aucune station de pompage. L’eau provient de la nappe alluviale du Gapeau, sur le continent. Cette solution gravitaire évite de consommer de l’énergie pour acheminer l’eau, un atout à la fois économique et écologique.
La pose de la canalisation a exigé un soin tout particulier. Sur les fonds sableux, elle est maintenue par des ancres à vis, tandis que sur les herbiers de posidonie des ancres en spirale ont été privilégiées afin de ne pas les endommager. Ce choix technique illustre la volonté constante de préserver un milieu marin d’une grande fragilité.
Rien n’a d’ailleurs été laissé au hasard. Cinq années d’études ont précédé le chantier, portant sur l’environnement, la santé publique et le domaine maritime. Trois espèces protégées ont été identifiées sur le tracé, la posidonie, la cymodocée et la grande nacre. La posidonie, en particulier, joue un rôle essentiel, car cette plante marine abrite une faune abondante, produit de l’oxygène et stocke le carbone. Le projet a donc été conçu pour cohabiter avec cette biodiversité remarquable plutôt que pour la menacer.
Les travaux se sont déroulés en deux temps. Une première phase s’est tenue de janvier à avril 2023, et la seconde a suivi d’octobre 2023 à avril 2024. Pour limiter la gêne et protéger le milieu, les périodes estivales, les week-ends et les jours fériés ont été exclus du chantier. L’inauguration est finalement intervenue en mai 2024.
Le coût de l’opération s’élève à un peu plus de 4,65 millions d’euros. La Métropole Toulon Provence Méditerranée en a assumé la plus grande part, avec près de 2,33 millions. La Région Sud a apporté 1,32 million et l’État un peu plus d’un million, tandis que le Département du Var a complété le financement à hauteur de 300 000 euros. Ce tour de table partenarial est classique pour ce type d’infrastructure d’intérêt général.
Au-delà de l’eau potable, le projet accompagne une gestion plus durable de l’île. Une zone de mouillages écologiques et organisés, d’une cinquantaine de places, doit voir le jour dans les cinq prochaines années. Ces mouillages remplaceront peu à peu l’ancrage sauvage des bateaux, qui abîme les herbiers en été. Pour Porquerolles, joyau du littoral varois et du Parc national de Port-Cros, la Sealine représente une sécurité précieuse. Elle garantit désormais aux habitants comme aux nombreux visiteurs une eau fiable, même au plus fort de la saison touristique.

