Le verdict est tombé dimanche soir dans les Alpes-Maritimes. Éric Ciotti remporte le second tour des élections municipales à Nice. Il obtient 48,54 % des suffrages. Christian Estrosi, son ancien mentor, ne recueille que 37,20 %. La candidate écologiste Juliette Chesnel-Le Roux ferme la marche avec 14,26 %. Nice devient ainsi la plus grande ville de France dirigée par un élu allié au Rassemblement national.
Ce résultat ne surprend guère. Dès le premier tour, Ciotti dominait déjà le scrutin avec 43,43 % des voix. Estrosi ne recueillait alors que 30,92 %. En effet, l’écart entre les deux hommes n’a cessé de se creuser tout au long de la campagne. Ciotti préside l’Union des droites pour la République. Allié à Marine Le Pen depuis 2024, il s’est imposé comme le favori naturel. L’électorat de droite niçois était en pleine recomposition.
Estrosi, maire sortant depuis dix-huit ans, a tout tenté pour inverser la tendance. Il a multiplié les appels aux électeurs de gauche, qualifiant Ciotti de « candidat de l’extrême droite ». Par ailleurs, il a demandé à Juliette Chesnel-Le Roux de se retirer pour former un « front républicain ». Des appels de l’Élysée et de Matignon ont relayé cette pression sur la candidate écologiste. Celle-ci a néanmoins refusé de quitter la course. Elle a accusé Estrosi d' »années de banalisation d’idées racistes et xénophobes ». Selon elle, les deux rivaux défendaient en réalité la même politique depuis des années. Cette dernière a même demandé au maire sortant de quitter la vie politique en raison de ses affaires.
La campagne a rapidement viré à l’affrontement total. Les accusations ont fusé de toutes parts. Petites phrases assassines, bilans noircis à l’envi, transfuges d’une équipe à l’autre, tweets incendiaires. En février, Estrosi a convoqué la presse un samedi matin. Il souhaitait démentir des rumeurs le disant atteint de Parkinson, certificat médical à l’appui. Fin février, une tête de porc et des insultes antisémites sont apparues devant son domicile. Les soupçons d’un complot interne ont aussitôt circulé. L’enquête n’a pas établi d’implication directe de l’équipe Ciotti. Plusieurs personnes mises en cause gravitaient toutefois dans son entourage. La justice en a écroué trois.
Même au sein de la droite classique, Estrosi a perdu des soutiens cruciaux. Bruno Retailleau, patron des Républicains, a fini par prendre ses distances. Officiellement allié du maire sortant, l’ancien ministre de l’Intérieur a dénoncé sur BFMTV « l’appel à la gauche » d’Estrosi. Il a également pointé une « atmosphère délétère de campagne ». Dès lors, le camp Estrosi se trouvait isolé. Une gauche hostile d’un côté, une droite qui lui tournait le dos de l’autre.
Dimanche soir, Ciotti a déclaré avoir remporté une « immense victoire ». Devant ses partisans, il a promis d’être « un maire à plein temps ». Cet engagement vaut selon lui même si l’extrême droite remportait la présidentielle de 2027. Fait notable, Ciotti n’a pas prononcé le nom de Christian Estrosi une seule fois dans son discours. En retour, Estrosi n’a pas davantage cité le nom de son adversaire.
Estrosi a reconnu sa défaite les larmes aux yeux. « Ce soir je vous dis au revoir, mais pas adieu », a-t-il lancé à ses soutiens réunis en permanence de campagne. Après dix-huit ans à la tête de Nice, il renonce à ses mandats municipal et métropolitain. Seul mandat restant : celui de président délégué de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pour lui, cette campagne a été « délétère » et n’a « pas été à la hauteur » de ce qu’il a accompli. Il dénonce par ailleurs les « mensonges » qui ont émaillé ces semaines. Enfin, il fustige le refus de Chesnel-Le Roux de s’unir, dénonçant « une alliance objective avec le RN ». Selon lui, « le front républicain est mort à Nice ».
Nice compte plus de 350 000 habitants. La ville devient par conséquent la plus grande commune française dirigée par un allié du RN. Le taux de participation s’est établi à 55,92 % au second tour. C’est une légère hausse par rapport au premier tour, où il atteignait 53,58 %. Ciotti prend désormais la tête d’une ville symbole pour la recomposition de la droite nationale.

