Le ministère des Transports lance une enquête nationale inédite pour dresser un portrait complet de la mobilité en France. À compter du 1er avril 2026, le Service des données et études statistiques mobilise 45 000 personnes résidant en France métropolitaine afin de documenter les pratiques de déplacement et de projeter leur évolution jusqu’en 2050. Cette initiative, menée tous les dix ans, offre une vision exhaustive des comportements dans des contextes très variés, allant des centres urbains denses aux territoires ruraux dispersés. Elle vise à fournir aux décideurs des bases factuelles solides pour orienter politiques publiques et investissements dans les infrastructures.
Les habitudes de déplacement ont fortement évolué ces dernières années, avec l’essor du télétravail, la généralisation des modes alternatifs tels que covoiturage, vélos en libre-service et autopartage, ainsi que l’adoption croissante des véhicules électriques grâce à l’expansion des réseaux de recharge. L’enquête cherche à quantifier la place respective de chacun de ces modes de transport dans les déplacements quotidiens et occasionnels, locaux ou longue distance, tout en prenant en compte les dynamiques spécifiques à chaque type de territoire.
Les participants sont interrogés sur un large éventail de sujets : la composition et les moyens de transport disponibles au sein du foyer, les abonnements aux transports collectifs, les trajets effectués sur une journée représentative, la situation professionnelle et familiale, ainsi que les contraintes physiques ou sensorielles. L’étude inclut également l’accès aux bornes de recharge ou aux stations de vélos partagés et enregistre les voyages récents dépassant plusieurs centaines de kilomètres, afin de saisir les choix multimodaux de chacun. Cette approche complète permet de dresser un portrait précis et nuancé des mobilités actuelles.
Pour garantir la fiabilité des résultats, le recueil s’étend sur une année, du 1er avril 2026 au 31 mars 2027, afin d’intégrer les variations saisonnières et d’assurer une représentativité statistique optimale. L’échantillon, défini par l’Insee sur une base aléatoire, reflète fidèlement la population métropolitaine de 67 millions de personnes, avec une répartition équilibrée entre zones urbaines, périurbaines et rurales. La réalisation de l’enquête est confiée à l’institut Ipsos-BVA, reconnu pour son expertise dans les études sociétales à grande échelle.
Les participants sont prévenus par courrier avant d’être contactés par téléphone par des interviewers formés, les entretiens durant environ quarante-cinq minutes pour permettre un recueil détaillé et spontané. Les données collectées respectent strictement les principes du service statistique public : anonymat garanti, confidentialité assurée et usage limité à des indicateurs agrégés, sans aucune conséquence individuelle ou administrative.
Cette enquête s’inscrit dans une tradition de suivi des mobilités initiée en 1967, retraçant l’essor de l’automobile, le retour progressif des transports collectifs et des modes actifs, et désormais l’intégration des nouvelles pratiques. Dans la perspective de neutralité carbone à l’horizon 2050, les résultats permettront d’orienter les investissements dans les infrastructures routières, ferrées ou cyclables, en tenant compte des besoins spécifiques des citadins, des habitants périurbains et des populations rurales souvent peu desservies.
Les transformations récentes rendent cette étude particulièrement pertinente. La crise sanitaire a renforcé le télétravail, réduisant fortement les pics de circulation, tandis que la mobilité partagée s’est développée dans les centres urbains. Les véhicules électriques représentent désormais environ un cinquième des immatriculations de véhicules neufs, mais leur répartition reste inégale, avec une forte concentration en zones urbaines et une pénétration plus limitée à la campagne. L’enquête permettra de mesurer ces écarts, ainsi que les pratiques des différentes catégories socioprofessionnelles.
Les collectivités locales pourront utiliser ces données pour hiérarchiser leurs projets, qu’il s’agisse de sécuriser les infrastructures cyclables ou d’améliorer la fréquence des transports périphériques. Au niveau national, ces informations guideront la répartition des financements France 2030, en veillant à l’inclusion des publics fragiles, tels que les personnes âgées, les jeunes en insertion ou les personnes à mobilité réduite. L’étude nourrira également les réflexions européennes sur l’optimisation énergétique et la densité urbaine.
La méthodologie adoptée garantit une couverture large, incluant les populations non connectées ou isolées, souvent absentes des panels numériques. Les ajustements statistiques tiennent compte d’un taux d’abstention d’environ 40 %, assurant une image fidèle des trente millions d’actifs en mouvement. Les recoupements par âge, revenu et type d’habitat permettront de mettre en évidence les préférences générationnelles, des jeunes utilisateurs de trottinettes électriques aux seniors privilégiant les bus locaux.
Au-delà d’un simple instantané, l’étude fournit un outil de prospective pour évaluer l’impact des innovations futures, des capsules hyperloop aux bus à hydrogène, et pour anticiper la vulnérabilité des infrastructures face aux aléas climatiques. Elle identifiera également les leviers pour réduire la dépendance à la voiture individuelle, tout en encourageant des pratiques partagées et durables.
Enfin, l’inclusion reste un axe majeur. L’enquête chiffrera la proportion de personnes contraintes de limiter leurs déplacements par manque de moyens ou d’accessibilité, alimentant les politiques de tarification sociale et la planification de solutions adaptées, comme les minicars électriques pour les zones isolées. Elle permettra également d’estimer l’empreinte carbone individuelle et de définir des trajectoires de réduction, en optimisant les itinéraires et la planification des transports.
En synthèse, cette enquête nationale constitue un outil stratégique pour la planification d’une mobilité plus équitable, efficace et respectueuse de l’environnement. Les informations recueillies auprès de 45 000 citoyens fourniront un socle solide pour guider les décisions publiques et construire des systèmes de transport adaptés aux défis du futur.

