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La mission de la préfecture face aux feux de forêt

Par Samy Abtroun
Publié le 10 juin 2026 à 09h43 – Temps de lecture : 6 minutes

Le département des Bouches-du-Rhône se positionne aujourd’hui comme l’un des territoires les plus exposés aux risques d’incendies de forêt en France métropolitaine. Cette situation géographique et climatique particulière, caractérisée par des épisodes de fortes chaleurs, des vents fréquents et une sécheresse marquée des sols, rend la végétation extrêmement vulnérable au moindre incident. Face à ces enjeux, la Préfecture des Bouches-du-Rhône coordonne une stratégie de prévention et de protection qui s’appuie sur un cadre réglementaire précis, dont l’objectif est d’assurer la sécurité des personnes, des biens et des espaces naturels. Les statistiques communiquées par les services de l’État font état d’environ deux cent cinquante départs de feux chaque année, entraînant la destruction de près de mille neuf cents hectares de forêt. Un constat majeur guide l’action administrative : environ 90 % de ces départs de feux sont d’origine humaine, et la moitié d’entre eux résultent d’imprudences ou de comportements évitables.

Afin de limiter ces risques durant la période la plus sensible, qui s’étend du 1er juin au 30 septembre inclus, la Préfecture a mis en œuvre un arrêté préfectoral spécifique daté du 22 avril 2025. Ce texte réglemente de manière proportionnée l’accès, la présence et la circulation dans les massifs forestiers du département. L’approche retenue par l’autorité préfectorale n’est pas celle d’une interdiction systématique, mais plutôt d’une gestion adaptée au niveau de danger réel évalué quotidiennement. En collaboration avec Météo France, les services de l’État analysent chaque jour les paramètres météorologiques et l’état de sécheresse de la végétation pour déterminer le niveau de risque incendie par massif et par commune. Cette information est actualisée chaque soir aux alentours de 18 heures pour la journée du lendemain, permettant ainsi aux résidents et aux visiteurs de s’informer en temps réel via des cartes interactives accessibles sur smartphone ou par le biais d’applications dédiées.

Une part importante de la réglementation préfectorale concerne la réalisation de travaux susceptibles de générer des étincelles ou des échauffements thermiques, comme le travail des métaux, l’usage d’engins thermiques ou le débroussaillement. Ces activités sont identifiées comme des causes fréquentes de départs de feux accidentels. Les restrictions s’appliquent non seulement à l’intérieur des massifs forestiers, mais également dans une zone tampon de deux cents mètres tout autour de ces espaces protégés. En fonction de la sévérité du risque, la Préfecture peut limiter ces travaux à certaines tranches horaires ou les interdire totalement en cas de risque très sévère ou extrême. Ces mesures concernent de la même manière les entreprises opérant sur des chantiers et les particuliers réalisant des travaux d’entretien à proximité des zones boisées. Pour les situations exceptionnelles où certains travaux ne peuvent être différés, notamment pour des motifs de sécurité publique ou d’intérêt général, un système de déclaration et de dérogation par voie électronique a été mis en place par l’administration.

La gestion préfectorale encadre également l’organisation des manifestations publiques et des tournages audiovisuels professionnels prévus dans les zones exposées durant les mois d’été. Les organisateurs sont tenus de déclarer leurs projets aux services préfectoraux, à la direction départementale des territoires et de la mer, ainsi qu’aux services d’incendie et de secours au moins deux mois avant la date de l’événement. Cette procédure de déclaration préalable est indispensable ; à défaut, la manifestation ou le tournage sont considérés comme interdits. Elle permet au Préfet d’évaluer les dispositifs de sécurité prévus et, si nécessaire, de réglementer ou d’interdire l’activité si le niveau de risque incendie le jour J présente un danger trop important pour les participants ou l’environnement. Cette vigilance administrative vise à prévenir toute situation où des personnes pourraient se retrouver exposées à des flammes ou à des fumées toxiques dans des secteurs difficiles d’accès.

Au-delà des aspects purement restrictifs, la Préfecture insiste sur une approche basée sur la responsabilité partagée et la solidarité. L’objectif est de protéger un bien commun riche en biodiversité, mais aussi de préserver la sécurité des sapeurs-pompiers et des forces de secours qui interviennent souvent dans des conditions périlleuses. L’administration rappelle que des gestes de sécurité élémentaires, tels que l’interdiction stricte de fumer, de faire des feux de camp ou des barbecues en forêt, sont des mesures de bon sens essentielles pour éviter des conséquences dramatiques. La réglementation est présentée comme un outil permettant aux services d’incendie et de secours de concentrer leurs moyens de lutte directement sur les fronts de flammes plutôt que sur l’évacuation préventive de personnes imprudentes.

La transparence de l’information est un pilier de cette politique préfectorale. Les arrêtés en vigueur, les guides pratiques concernant les travaux et les modalités de dérogation sont rendus publics et accessibles à tous sur les portails officiels de l’État dans les Bouches-du-Rhône. En facilitant l’accès à ces informations par divers canaux numériques, la Préfecture souhaite instaurer une culture de la prévention où chaque acteur, qu’il soit professionnel, riverain ou touriste, peut adapter son comportement en fonction du risque du jour. Cette vigilance collective, encadrée par une autorité publique attentive, constitue le rempart le plus efficace pour assurer la pérennité des massifs forestiers face aux défis climatiques croissants. Chaque décision prise par la préfecture s’inscrit ainsi dans une volonté de maintenir un équilibre entre la liberté d’usage des espaces naturels et l’impératif absolu de sécurité publique et environnementale.