En 2025, les montants identifiés et redressés dans le cadre de la lutte contre les fraudes fiscales et sociales en France ont franchi pour la première fois la barre symbolique des 20 milliards d’euros, attestant d’une intensification exceptionnelle des efforts menés par l’État et les organismes sociaux. Le volet fiscal représente 17,1 milliards d’euros de droits et de pénalités notifiés, tandis que le secteur social enregistre un peu plus de 3 milliards d’euros de préjudices évités, détectés ou récupérés. Ces résultats s’appuient sur des stratégies de détection plus fines, une meilleure coordination entre les administrations fiscales et les caisses de sécurité sociale, ainsi que des outils de contrôle plus performants, le tout en veillant au respect des droits des contribuables et des assurés.
Sur le plan de la fiscalité, les services de la Direction générale des finances publiques ont constaté un renforcement de l’efficacité de leurs contrôles, avec 17,1 milliards d’euros d’impositions supplémentaires notifiées l’année dernière, soit une progression de 3% par rapport à 2024. Sur cette somme, environ 11,4 milliards d’euros ont été effectivement encaissés, ce qui témoigne non seulement de la capacité à détecter les manquements, mais aussi à les traduire concrètement en ressources pour le budget de l’État. Les actions de ciblage se sont diversifiées, combinant analyses de données, signalements internes et coopération avec des acteurs extérieurs, afin de perturber les schémas opaques utilisés par les fraudeurs.
Dans le champ social, la dynamique est tout aussi marquée. Près de 3,1 milliards d’euros de fraudes ont été détectées, évitées ou redressées en 2025, soit une hausse de 4,1% par rapport à l’année précédente et plus du double du niveau observé en 2021. Cette progression s’explique par un durcissement progressif des dispositifs de contrôle, une meilleure harmonisation des bases de données entre les différentes branches de la Sécurité sociale et une plus grande mobilisation des équipes de vérification. Les ajustements portent tant sur les bénéficiaires individuels que sur des structures professionnelles, certaines devenues des cibles prioritaires.
La branche Famille a notamment décelé 509 millions d’euros de fraudes au seul régime général, une hausse de 13% par rapport à 2024. Les montants moyens mis en cause ont augmenté, en partie grâce à des contrôles mieux ciblés et à l’exploitation de données issues des plateformes numériques pour repérer des revenus non déclarés. Plus d’un tiers des montants détectés concernent des cas de dissimulation de ressources ou de fausses déclarations, tandis que plus d’un quart des erreurs portent sur la résidence, ce qui met en avant des anomalies dans les déclarations de domicile ou de situation familiale.
La Caisse nationale d’assurance maladie a, elle, vu ses montants de fraude détectée ou évitée progresser de plus de 15%, atteignant 723 millions d’euros, dont 286 millions ont été évités, soit plus du double du niveau de 2019. Les actions menées touchent notamment le secteur des transports sanitaires, où les sommes mises en causes sont passées d’environ 42 à 61 millions d’euros, ainsi que les centres de santé, dont les redressements ont augmenté de 39 à 138 millions d’euros. Les fournisseurs de dispositifs médicaux connaissent également une forte hausse, avec des préjudices passés de 18 à 33 millions d’euros. La détection des fraudes liées aux arrêts de travail, qui ont progressé de 42 à 49 millions d’euros, devrait encore se renforcer avec le déploiement d’un formulaire Cerfa sécurisé en fin d’année. Parmi les montants identifiés, à peu près la moitié des cas proviennent de comportements irréguliers d’assurés, mais 84% des sommes visées proviennent des professionnels de santé, soit 621 millions d’euros de préjudices.
La Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) a, pour sa part, permis d’éviter ou de détecter 255 millions d’euros de préjudices en 2025, en hausse de 18% par rapport à 2024 et de 59% par rapport à 2019. Sur cette somme, 223 millions d’euros ont été évités, ce qui illustre l’effet préventif de certaines démarches, tandis que 31 millions d’euros de manquements, déjà caractérisés comme frauduleux ou fautifs, ont été placés en recouvrement. Les dysfonctionnements les plus fréquents portent encore sur la résidence, les ressources, les paiements et la situation familiale, des domaines où les écarts entre les déclarations des ayants droit et la réalité peuvent être importants.
Les Urssaf, chargées de lutter contre le travail dissimulé, ont procédé à des redressements atteignant 1,503 milliard d’euros, légèrement en retrait par rapport à 1,586 milliard en 2024 mais presque doublés par rapport à la situation de 2022. Les montants réellement recouvrés se stabilisent autour de 100 millions d’euros, à quoi s’ajoutent près de 847 millions d’euros régularisés dans le cadre de contrôles comptables sur les bases de cotisation, dont 667 millions d’euros imputables aux employeurs et 50 millions d’euros liés à une campagne de fiabilisation des auto‑entrepreneurs. Ces résultats soulignent l’importance des contrôles de masse sur les déclarations de revenus et de prestations, même en l’absence de soupçons ciblés.
À l’échelle de la mutualité sociale agricole, les contrôles ont également produit des résultats notables, avec près de 67 millions d’euros de fraudes détectées ou recouvrées. Plus de la moitié de ces montants provient de manquements aux cotisations et de travail illégal, s’élèvant à 36 millions d’euros, soit une hausse de 19%. Les fraudes liées aux prestations progressent d’un quart, pour atteindre 31 millions d’euros, répartis presque équitablement entre retraites, santé et prestations familiales. Ces performances s’expliquent notamment par une augmentation de 27% du nombre de contrôles réalisés, ce qui montre l’effet multiplicateur d’une mobilisation accrue des équipes de terrain.
Jean‑Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, a souligné que la fraude sociale, estimée à environ 14 milliards d’euros par an, constitue une atteinte majeure au contrat de solidarité nationale, d’autant que les efforts demandés aux citoyens coûtent déjà beaucoup. Selon lui, le fait que plus de 3 milliards d’euros de fraudes aient été détectés ou redressés en 2025, soit un montant doublé depuis 2021, montre que les dispositifs mis en place fonctionnent, mais que des ajustements restent indispensables. Le projet de loi relatif à la fraude sociale et fiscale vise à mieux cibler les fraudeurs professionnels, protéger les personnes qui respectent les règles et préserver le modèle de protection sociale.
Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, a rappelé que lutter contre la fraude sociale, c’est garantir que chaque euro de solidarité atteigne réellement les personnes concernées. Les résultats de 2025, selon elle, illustrent l’efficacité accrue des actions menées, notamment grâce à de nouveaux outils de détection et de traçabilité. Le projet de loi porté au sein du Parlement cherche à aller plus loin, en permettant une intervention plus rapide et plus robuste face à une fraude qui évolue constamment, et en renforçant l’équité du système de santé et de protection sociale.
David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, a pour sa part souligné que la fraude, qu’elle soit fiscale ou sociale, constitue une atteinte directe au pacte républicain, en privant la collectivité de ressources nécessaires au fonctionnement des services publics. Selon lui, les progrès obtenus démontrent que les moyens alloués à la lutte anticorruption portent leurs fruits, mais ils appellent à une intensification des efforts. Le projet de loi vise notamment à attaquer le « business de la fraude », en renforçant les sanctions pour les cas les plus graves, en dotant les agents de moyens d’action plus adaptés et en modernisant les procédures de recouvrement, afin de mieux préserver les finances publiques tout en limitant la marge de manœuvre des fraudeurs professionnels.

