Le ministère de la Justice donne une impulsion nouvelle et particulièrement ambitieuse à sa politique de prise en charge des mineurs délinquants en décidant d’intégrer de manière systématique, pérenne et structurelle la dimension sanitaire au cœur même du processus de réinsertion sociale. Dans le prolongement direct des arbitrages budgétaires et des réformes structurelles d’envergure validés par Gérald Darmanin, garde des Sceaux et ministre de la Justice, l’administration ouvre une campagne de recrutement nationale d’une ampleur inédite. Celle-ci porte sur l’intégration immédiate d’une soixantaine d’infirmiers et d’infirmières sur l’ensemble du territoire français, y compris dans les territoires d’outre-mer. Ces nouveaux personnels de santé auront pour mission d’exercer à temps plein au sein des toutes nouvelles Unités judiciaires à Priorité éducative, des structures innovantes appelées à transformer radicalement le quotidien et les méthodes de travail de la Direction de la Protection judiciaire de la Jeunesse dès l’automne prochain.
Ce renforcement massif et ciblé des effectifs paramédicaux répond à une refonte globale et profonde du réseau des établissements de la PJJ. À compter du 1er septembre 2026, pas moins de 85 établissements existants sur le territoire national seront officiellement et intégralement convertis en Unités judiciaires à Priorité éducative, avant qu’une seconde vague de déploiement et de transformation ne vienne compléter le maillage géographique tout au long de l’année 2027. Au sein de ces structures modernisées, chaque infirmier recruté sera pleinement intégré à une équipe pluridisciplinaire permanente et transversale. Ils travailleront au quotidien de concert avec des éducateurs spécialisés, des psychologues cliniciens ainsi que des professeurs techniques directement chargés de l’insertion scolaire, de l’alphabétisation et de la formation professionnelle des adolescents placés. Cette approche globale vise à traiter de front et de manière simultanée la marginalisation sociale, le décrochage scolaire et le renoncement chronique aux soins, deux problématiques presque systématiquement imbriquées chez les adolescents sous main de justice.
Les données statistiques de santé publique partagées par la direction de la PJJ, issues notamment des rapports d’observation de 2025, justifient amplement l’urgence absolue de cette présence médicale continue et rassurante auprès des jeunes. Près d’un quart des mineurs suivis par l’institution, soit précisément 24 %, déclare spontanément souffrir d’un problème de santé physique identifié ou d’une maladie chronique installée. Ces chiffres alarmants sont d’autant plus préoccupants qu’ils s’enracinent dans des parcours de vie précoces déjà profondément marqués par la grande précarité économique, les ruptures familiales à répétition, les violences physiques ou psychologiques subies, et le développement précoce de conduites addictives sévères à divers produits psychotropes.
De surcroît, la santé mentale de ces adolescents s’est considérablement dégradée au cours des derniers mois, s’inscrivant dans une crise globale de la jeunesse. Alors que les derniers indicateurs nationaux établis par l’agence Santé publique France estiment déjà que 14 % des collégiens et 15 % des lycéens français présentent aujourd’hui un risque majeur de dépression nécessitant une prise en charge, ces proportions s’envolent littéralement lorsqu’il s’agit de jeunes placés sous mandat judiciaire ou incarcérés. Pour ces derniers, la souffrance psychologique est souvent démultipliée par le sentiment d’isolement, le stress de la procédure pénale et le manque de repères affectifs stables.
Sur le terrain, au sein des UJPE, les infirmiers et infirmières assureront une présence indispensable en journée et durant toute la semaine afin de structurer et de coordonner globalement le parcours de soin des mineurs dès le premier jour de leur admission. Leur mission de confiance débutera systématiquement par une évaluation médicale et un bilan somatique complet, une étape cruciale pour identifier les pathologies physiques trop longtemps occultées, dépister les addictions de manière bienveillante et organiser rapidement les rendez-vous de consultation avec les spécialistes et les structures médicales du secteur local.
Au-delà de ce suivi purement clinique et curatif, ils piloteront également des ateliers collectifs réguliers de prévention et d’éducation à la santé. Ces moments d’échange aborderont de manière concrète des sujets essentiels à la reconstruction de soi, tels que l’hygiène de vie générale, la régulation des rythmes de sommeil souvent totalement déstructurés, l’équilibre alimentaire de base ainsi que l’accompagnement de la vie affective, relationnelle et sexuelle. Enfin, ces professionnels de santé joueront un rôle de conseillers techniques et de pairs ressources indispensables auprès des équipes éducatives pour les aider à décoder, appréhender et gérer au mieux les situations de crise comportementale, d’angoisse aiguë ou de décompensation psychologique.
Cette campagne nationale de recrutement s’adresse à un large public de professionnels du soin. Elle cible à la fois les infirmiers diplômés d’État issus du secteur privé ou associatif et les professionnels déjà titulaires de la fonction publique d’État, hospitalière ou territoriale, qui peuvent postuler par la voie avantageuse du détachement. Pour attirer les candidats, les grilles de rémunération proposées intègrent d’office le complément de traitement indiciaire et débutent entre 2 030 euros et 2 267 euros nets mensuels en tout début de carrière, pour évoluer et culminer jusqu’à 3 830 euros nets mensuels pour les profils en fin de parcours professionnel.
Afin de préparer au mieux ces soignants aux codes très spécifiques, aux subtilités juridiques et à la psychologie propre à la justice des mineurs, chaque recrue bénéficiera dès sa prise de fonction d’une formation d’adaptation sur mesure. Celle-ci sera dispensée directement sur le campus de l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse située à Roubaix, garantissant une intégration réussie. De plus, ce choix de carrière au sein de l’administration judiciaire ouvre de réelles perspectives d’évolution professionnelle à moyen terme, permettant notamment d’évoluer vers des postes à haute responsabilité de conseiller technique en promotion de la santé à l’échelle territoriale ou interrégionale.

