Améliorer l’air que l’on respire reste un enjeu de santé publique majeur sur le littoral varois, et la Métropole Toulon Provence Méditerranée en a fait l’un des fils conducteurs de sa politique portuaire. Depuis 2017, le territoire enregistre une baisse de l’ensemble des polluants atmosphériques et respecte les normes en vigueur. C’est dans ce sillage que s’inscrit la connexion électrique des navires à quai, désignée par l’acronyme CENAQ, un dispositif qui permet aux ferries et aux paquebots de couper leurs moteurs pendant les escales pour se brancher directement sur le réseau électrique du port. Engagé dès 2019 sur les quais Fournel, Minerve et de la Corse du terminal Toulon Côte d’Azur, ce chantier place désormais Toulon au rang de premier port de Méditerranée à électrifier l’ensemble de ses quais.
Le principe répond à un problème concret et bien identifié des riverains. Lorsqu’un navire reste à quai, il doit produire sa propre électricité pour alimenter ses équipements, et ses groupes électrogènes tournent parfois plusieurs heures durant, rejetant des particules fines et générant bruit et vibrations. En se branchant sur une alimentation à terre, le navire éteint ces moteurs et supprime d’un coup ces nuisances. La démarche prolonge le Plan de protection de l’atmosphère du Var et le programme Escales zéro fumée porté par la Région Sud, étendu depuis aux ports commerciaux de Marseille et de Nice. Les quais Fret de Brégaillon, à La Seyne-sur-Mer, bénéficieront à leur tour de ces technologies.
Derrière cette ambition se cache un véritable défi technologique. Pour fonctionner en toutes circonstances, l’installation s’appuie sur un mélange de plusieurs sources d’énergie, l’électricité acheminée par le réseau ENEDIS, celle produite par un champ photovoltaïque aménagé sur le parking du terminal, et à terme celle issue d’une pile à hydrogène encore à l’étude. Le système s’adapte à tous les types de navires de moins de 300 mètres, qu’ils répondent aux standards électriques français ou américains, en fournissant de l’énergie en 6 600 ou 11 000 volts et en distribuant de un à douze mégawattheures selon les besoins. Baptisé Smart Port, ce dispositif équipe les trois quais du port de convertisseurs électriques, de potences fixes et mobiles, d’une ombrière photovoltaïque et d’un système de pilotage centralisé.
L’ombrière joue elle-même un double rôle qui illustre bien la logique d’ensemble. Elle protège du soleil les sept à huit cents véhicules qui patientent avant l’embarquement pour la Corse et les autres îles de Méditerranée, des véhicules qui, auparavant, laissaient tourner leur moteur pour climatiser l’habitacle pendant l’attente. En offrant de l’ombre, elle supprime cette source d’émissions tout en produisant de l’électricité verte pour le terminal.
La mise en place s’est faite par étapes au fil d’un chantier engagé de longue date. Après l’extension des réseaux ENEDIS au début de l’année 2020, la construction du poste de conversion en 2021 et l’installation des câbles et des potences fin 2022, l’ombrière photovoltaïque a vu le jour début 2023. Les tests de l’usine électrique, lancés le 23 juin 2023, se sont achevés fin 2024 après une série d’essais sur des navires de La Méridionale et de Corsica Ferries. Depuis l’automne 2024, le terminal connecte électriquement l’ensemble des ferries sur ses trois quais, et l’opération a été menée avec succès dès le mois d’octobre de la même année. Les essais se sont poursuivis en 2025 jusqu’à la connexion simultanée d’un navire de croisière et de deux ferries, marquant la mise en service complète de l’équipement.
L’exploitation a depuis changé de main. Depuis le 13 février 2025, la Chambre de commerce et d’industrie du Var assure la gestion de l’installation et sa commercialisation auprès des armateurs, qui équipent progressivement leurs flottes. Un premier navire de Corsica Ferries, le Mega Regional, se branche désormais à chaque escale toulonnaise, et la compagnie prévoit de rendre ses dix navires connectables au cours de l’année 2026. Du côté des croisières, un premier essai a été validé en décembre 2024. Pour accélérer le mouvement, la Métropole a modifié le règlement portuaire afin que les navires capables de se connecter accèdent en priorité aux quais.
Représentant un investissement de 22 millions d’euros, soutenu par l’Europe à hauteur de 4,3 millions, par l’État pour 3,18 millions, par la Région pour 2,3 millions et par le Département du Var pour 3,6 millions, le projet affiche des résultats tangibles. La connexion réduit de 80 % le temps durant lequel un navire émet des polluants à quai, pour un coût de mise à niveau estimé à 1,1 million d’euros par bateau. En prenant de l’avance sur les obligations internationales, européennes et nationales, Toulon dessine un modèle d’escale plus respirable pour les habitants des communes riveraines de la rade.

