Ce 20 juillet 2026, la Commission européenne a sanctionné la plateforme de vente en ligne AliExpress à hauteur de 550 millions d’euros. Cette décision, qui vise plusieurs violations du règlement européen sur les services numériques, connu sous le nom de Digital Services Act, place une nouvelle fois les plateformes de e-commerce au cœur du débat sur la protection des consommateurs. En France, les ministres chargés de l’économie et du numérique ont aussitôt salué une sanction qu’ils jugent à la mesure des risques.
Le montant, présenté comme record, s’inscrit dans une séquence désormais bien identifiée. En mai dernier, la plateforme Temu avait déjà écopé d’une amende de 200 millions d’euros pour des manquements comparables. Ainsi, en l’espace de deux mois, l’Union européenne a frappé deux fois deux poids lourds asiatiques du commerce en ligne. Cette répétition traduit une volonté claire de réguler l’activité des très grandes plateformes numériques, celles qui touchent chaque jour des millions d’acheteurs sur le continent.
Le règlement invoqué mérite qu’on s’y arrête. Entré pleinement en application en 2024, le Digital Services Act encadre l’ensemble des services numériques accessibles dans l’Union. Il impose des obligations renforcées aux plateformes les plus fréquentées, tenues d’évaluer les risques qu’elles font peser sur leurs utilisateurs et d’agir contre les contenus comme les produits illicites. Son principe directeur tient en une formule simple, souvent rappelée par les autorités. Ce qui est illégal hors ligne l’est tout autant en ligne. Concrètement, une plateforme ne peut plus se retrancher derrière son rôle d’intermédiaire pour laisser prospérer des offres dangereuses.
Cette surveillance ne s’applique pas à n’importe quel site. Le règlement réserve en effet ses obligations les plus lourdes aux très grandes plateformes en ligne, celles qui réunissent au moins quarante-cinq millions d’utilisateurs actifs chaque mois dans l’Union. À ce niveau d’audience, la Commission européenne supervise elle-même les acteurs concernés, sans passer par les autorités nationales. AliExpress, comme Temu, figure ainsi parmi ces plateformes de e-commerce placées sous l’œil direct de Bruxelles.
Les investigations menées par la Commission ont précisément montré qu’AliExpress n’avait pas mis en place les dispositifs nécessaires pour empêcher la mise sur le marché de produits illégaux, dangereux ou contrefaits. L’enquête pointe d’abord des équipes de modération sous-dimensionnées, sans rapport avec l’ampleur des risques repérés. Elle relève surtout que ces produits non conformes se trouvaient activement poussés vers les acheteurs, par le jeu des recommandations commerciales et de la publicité. En clair, la plateforme ne se contentait pas de tolérer ces offres, elle les mettait en avant.
Les défaillances ne s’arrêtent pas là. Selon la Commission, le système de détection d’AliExpress a connu des dysfonctionnements répétés. Des produits pourtant signalés sont restés accessibles pendant plusieurs semaines. Par ailleurs, la plateforme n’a pas sanctionné les vendeurs tiers mis en cause, tandis que ses propres contrôles pouvaient être contournés au moyen d’erreurs volontairement glissées par ces vendeurs. Autrement dit, les garde-fous existaient sur le papier, mais peinaient à protéger réellement le consommateur européen face à des articles électriques, des jouets ou des cosmétiques non conformes.
Du côté français, Roland Lescure, Serge Papin et Anne Le Hénanff ont mis en avant la question de l’équité économique. Les entreprises françaises, rappellent-ils, se plient à des exigences fortes de sécurité, de traçabilité et de conformité. Dès lors, elles ne sauraient affronter une concurrence affranchie des mêmes règles. À leurs yeux, la sanction adresse un signal favorable aux acteurs qui investissent, innovent et emploient en France comme en Europe, autant qu’aux consommateurs eux-mêmes.
La décision rappelle en effet une condition devenue centrale. L’accès au marché intérieur, fort de près de 450 millions de consommateurs, suppose le respect entier des normes qui garantissent la protection des acheteurs et la loyauté des échanges. Le gouvernement défend de longue date une régulation exigeante des plateformes de e-commerce, sans pour autant renoncer à une économie qu’il veut ouverte. Le respect des règles européennes n’a donc rien d’optionnel, il conditionne la présence sur ce marché.
Reste désormais la suite de la procédure. AliExpress devra présenter, avant le 20 octobre 2026, un programme de mise en conformité répondant aux insuffisances relevées. Faute de résultats tangibles, le cadre européen ouvre la voie à de nouvelles sanctions financières. Les autorités françaises annoncent qu’elles suivront ces suites avec attention, aux côtés de leurs partenaires. Au-delà du seul cas d’AliExpress, c’est bien la confiance de millions d’acheteurs qui se joue derrière ces contrôles, à l’heure où le commerce en ligne occupe une place quotidienne dans la vie des foyers.

